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Et si l’on considérait les bovins comme des collègues de travail ?

Être éleveur, c’est travailler au contact des animaux, mais encore faut-il les comprendre pour en assurer leur sécurité et celle de l’homme. Comprendre son bovin est aussi gage de performance et de satisfaction au travail. Décryptage des modes de communication des bovins avec la Chambre d’agriculture de la Somme.

Pauline Garcia, comportementaliste animalier et éleveuse de 110 vaches Salers dans le Cantal.
Pauline Garcia, comportementaliste animalier et éleveuse de 110 vaches Salers dans le Cantal.
© D. R.

L’inflation et le contexte de cette année 2022 est particulièrement anxiogène. On connaît et sommes tous sensibles aux astreintes et aux difficultés que connaît le monde de l’élevage. Nous ne parlerons pas ici d’alimentation, d’alternatives aux concentrés, de fourrages résilients, de réglementation où même de nouvelles contraintes ! Revenons à la source du métier d’éleveur, ce pourquoi vous faites ce travail au quotidien. Lorsque l’on vous questionne sur ce qui vous a poussé à faire cette profession, vous nous dites généralement que c’est un métier de passion et d’ambition. Un métier d’extérieur au cœur de la nature et surtout au contact des animaux.

Alors c’est sûr, qu’au-delà de la passion, il faut aussi faire tourner la boutique. Un éleveur est un chef d’entreprise. Il faut en effet établir une stratégie pour son exploitation, raisonner les investissements, être attentif aux tendances du marché. Être éleveur, c’est aussi un chef d’entreprise qui travaille avec du vivant, ses animaux. En contact avec ses animaux, il veille à la bonne santé, au bien-être de ses bêtes en apportant une bonne alimentation afin de veiller à une retombée économique intéressante pour la production. L’éleveur est en quelque sorte un manager et ses bovins des collègues de travail. Le bovin s’adapte en permanence aux environnements que propose l’humain : la stabulation, le pré, le changement de bâtiment, l’attache au cornadis, etc. La pratique de l’élevage demande aux animaux et aux humains de se côtoyer et travailler ensemble. 

On dit souvent que si l’éleveur est bien dans ses bottes ça se ressent dans son troupeau et inversement. Cette relation Homme-Animal doit être travaillée pour qu’elle apporte :

- Une sécurité pour l’homme et l’animal

- Une confiance et baisse du stress réciproque

- Une facilité de manipulation

- Un gain de temps avec des soins ou interventions facilités

- Une meilleure santé des animaux : immunité, qualité du lait et de la viande

- Et du plaisir, ceux pour quoi vous faites ce métier ! 

Cette pratique s’appelle l’éthologie. C’est la compréhension du comportement des animaux, dont le but est le gain de temps, la productivité et la sécurité. 

 

Voici quelques exemples concrets de ce concept :

En été, lors des fortes chaleurs, on se demande toujours pourquoi les vaches sont toutes agglutinées et couchées les unes aux autres alors qu’elles disposent d’un grand espace… C’est un mécanisme de protection contre les mouches, nombreuses à cette période. Afin de les éloigner, elles se ventilent avec la queue, les oreilles, et cette ventilation profite à toutes !

Lorsque vous rentrez vos animaux en bétaillère, le premier voyage se passe généralement bien. Vous êtes parti pour toute la journée. Et là, les choses se gâtent. Certaines vaches refusent de monter quand d’autres montent pour aussitôt redescendre… C’est normal vous nous direz, ce sont les animaux qui sont les plus craintifs qui restent à monter au deuxième tour ! Et si c’était à cause des substances véhiculées par les urines et les bouses déposées par les animaux précédents qui amènent les autres animaux à fuir ?

À l’approche d’une flaque d’eau, les animaux sont souvent à l’arrêt. Cette dernière est perçue comme un trou par le bovin. Chez le bovin, le temps de réactivité de l’œil face à des changements d’éclairement est cinq à dix fois plus long que chez l’homme. Cette particularité sensorielle explique que les vaches qui rentrent de pâturage s’arrêtent souvent devant l’entrée sombre de l’étable. L’alternance des zones d’ombre et de lumière ainsi que, les flaques d’eau sont perçues comme des obstacles pour l’animal. 

Au final, la connaissance du comportement normal d’un animal est le meilleur instrument pour adapter sa pratique et gagner du temps. C’est ce que vous faites au quotidien avec vos animaux, mais le comprendre et anticiper les gestes à faire ou à ne pas faire est plus sécuritaire qu’avec l’instinct.

«Comprendre ses animaux pour mieux les manipuler», c’est le thème de la journée départementale de l’élevage organisée par la Chambre d’agriculture de la Somme, le Jeudi 1er décembre 2022 à Domart-en-Ponthieu. Elle sera animée par Pauline Garcia, à la fois éleveuse de bovins allaitants de race Salers dans le Cantal depuis plus de huit ans et comportementaliste animalier pour les bovins. Pauline plaide pour une meilleure connaissance du monde sensoriel et comportemental des bovins, un atout pour bien travailler avec ses animaux, améliorer la relation avec l’animal pour être en sécurité, et retrouver du plaisir dans son métier. 

Lorsque vous voyez les vidéos ou les photos de carottes de chantier dans des cases à veaux, vous pensez que l’éleveur veut entrainer ses animaux au cirque ou vous le prenez simplement pour un hurluberlu. Si ça vous intrigue et souhaitez comprendre comment, avec quelques accessoires, il est possible de travailler sur plusieurs animaux en peu de temps pour en profiter tout le long de la carrière de l’homme et de l’animal, rendez-vous le jeudi 1er décembre à Domart-en-Ponthieu pour la journée départementale de l’élevage.

Inscriptions et renseignements auprès de Catherine Brandicourt au 03 22 33 69 00 ou par mail à accueil@somme.chambagri.fr

 

 

L’éleveuse et comportementaliste, Pauline Garcia s’explique sur le sujet : 

© D. R.

«Je travaille avec mes animaux en liberté, en gagnant leur confiance. Je motive l’animal à avoir envie de venir vers moi. Si j’ai un soin négatif à faire, je le compense avant et après par du positif, afin que l’animal retienne le positif. Plus on multiplie les interactions positives envers le bovin, plus la vision de l’homme sera positive. Pour exemple, lors d’une échographie, je reste toujours attentive aux réactions de la vache et la récompense par un peu d’aliment. L’acte n’est pas douloureux mais stressant, puisque l’inséminateur est placé derrière, dans l’angle mort de la vache donc la situation est génératrice de stress pour lui.»
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