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Agro-Industrie
Eurolysine : ce que les attaques contre Avril ne racontent pas

En critiquant sur X les résultats du groupe Avril, le représentant de la Coordination rurale (CR) dans la Somme, Patrick Legras, semble ignorer le rôle de l’entreprise dans le sauvetage d’Eurolysine, le fabricant d’acides aminés installé à Amiens. 

usine Eurolysine et groupe Avril Coordination rurale critique
© M.B.

Les critiques contre les « bénéfices records » du groupe Avril reviennent régulièrement dans le débat agricole. La publication le 15 avril dernier des résultats d’Avril pour l’exercice 2025 n’a pas échappé à la « tradition ». Et parmi les voix les plus offensives figure Patrick Legras. 

Agriculteur à Beauval (80), élu de la Coordination rurale à la Chambre d’agriculture de la Somme, il dénonce le 16 mai 2026 sur le réseau social X (ex-Twitter) le modèle agro-industriel porté par Avril, en regrettant que ce modèle « concentre la valeur au détriment des producteurs. » 

Pour Patrick Legras, « avec plus de 8 milliards d’euros, l’entreprise Avril est à l’image de Total, une des entreprises françaises les plus performantes dans les biocarburants avec des achats au Brésil et en Roumanie. Pour la France, le consommateur comme l’agriculteur n’aura pas droit à l’intérêt des biocarburants. »

Patrick Legras Coordination rurale Eurolysine

Ne pas confondre chiffre d’affaires et bénéfices

Mais avant de crier au loup comme le fait l’agriculteur de Beauval en avançant le chiffre de 8 milliards d’euros, encore faut-il regarder l’ensemble des faits. Car dans le cas d’Avril, si le chiffre de 8 milliards existe bien, il s’agit du chiffre d’affaires global du groupe, comme ce dernier l’explique dans un communiqué du 15 avril. Le chiffre d’affaires 2025 d’Avril est d’ailleurs en hausse par rapport à 2024 (+6%). Cette augmentation, détaille le groupe, « est portée par des acquisitions réalisées en 2024, dont Eurolysine, Oleon Brasil et Tellus, ainsi que par des hausse de volumes. » L’EBITDA du groupe Avril est lui aussi en hausse (+15%) par rapport à 2024 « grâce à la belle performance de Sofiprotéol

Des investissements réguliers et conséquents

Ces « bons résultats », Avril les assument et explique la manière dont elles les valorisent. Comme le rappelle l’entreprise, son ambition est de pratiquer « une politique d’investissements ambitieuse », ce qu’elle a fait en 2025. « Fort de son modèle qui prévoit de réinvestir tous les bénéfices dans le développement du groupe et des filières agricoles, Avril a investi 538 millions en 2025, dont 396 millions en France. »

De Metex à Eurolysine, gros sous pour un sauvetage 

En 2024, c’est l’entreprise Metex, basée à Amiens, qui a bénéficié de cette contribution. Cette année-là, Avril reprend l’activité de production d’acides aminés et relance la marque historique Eurolysine. Le groupe Avril investit massivement dans une activité pourtant déjà sous pression mondiale. Le pari est stratégique : maintenir en France et en Europe la seule production européenne d’acides aminés par fermentation destinée à la nutrition animale. Car Eurolysine n’est pas une usine quelconque. L’entreprise d’Amiens produit des composants indispensables à l’alimentation animale — lysine, valine, tryptophane — dans un marché aujourd’hui dominé par des producteurs chinois capables d’écraser les prix. Selon toute vraisemblance, sans le soutien financier massif d’Avril, Eurolysine aurait probablement déjà disparu.

Eurolysine Avril critique Coordination rurale Patrick Legras

Avril continue d’investir malgré les pertes

Aujourd’hui, la situation toujours délicate d’Eurolysine pèse lourd dans la rentabilité du groupe Avril, notamment sur le résultat de la branche « Avril Solutions pour l’agriculture ».  Dans ses comptes 2025, Avril reconnaît explicitement que la filiale enregistre « des pertes substantielles » malgré l’augmentation de la production et les investissements réalisés depuis le rachat. Pour autant, pas question de tourner le dos. 

Autrement dit : les bénéfices globaux d’Avril servent aussi à absorber les pertes d’une activité industrielle française stratégique. Défendre davantage de souveraineté alimentaire et industrielle a un coût. En l’occurrence, s’agissant de l’activité de production d’acides aminés pour l’élevage, c’est aujourd’hui Avril et ses « gros » bénéfices qui en supportent le coût. 

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