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Excès d’eau : quelles conséquences sur les céréales d’hiver ?

Les perturbations qui se succèdent depuis le début de l’année peuvent localement engorger les sols. Pour l’instant, les céréales sont à des stades suffisamment robustes, mais la séquence climatique de ces prochaines semaines sera déterminante.

Evolution simulée de la résistance au froid d’un blé moyennement résistant (note = 5), semé le 10/10/2017 (RU = 120 mm) pour la station de Boigneville (91).
Evolution simulée de la résistance au froid d’un blé moyennement résistant (note = 5), semé le 10/10/2017 (RU = 120 mm) pour la station de Boigneville (91).
© LDD

Après un automne en deux temps (septembre humide et octobre-novembre secs), ces dernières semaines sont marquées par la multiplication des épisodes pluvieux. Entre le 1er septembre et le
10 janvier, l’excès de précipitations n’est sensible que sur le tiers Nord de la France, et dans une moindre mesure dans le Sud-Ouest (carte 1). A l’inverse, le Centre-Ouest et le quart Sud-Est sont en tendance plus secs que d’habitude.

La séquence climatique de cette semaine a cependant été humide partout, et des pluies plus modérées sont encore prévues la semaine prochaine. Les excès d’eau ont donc eu tendance à prendre de l’ampleur ces derniers jours. En conséquence, des flaques, voire des zones inondées apparaissent localement dans les parcelles, et les sols les moins drainants sont engorgés en eau.

En parallèle, les cumuls de températures sont restés proches de la normale jusqu’à Noël environ. Les écarts régionaux à la médiane pluriannuelle restent faibles : au Nord, le cumul est un peu plus élevé que la moyenne (environ
50 à 100°Cj en excès depuis le 1er septembre) alors que le cumul est plus faible au Sud-Ouest notamment (carte 2).

Des excès d’eau de plus en plus répandus

Les excès d’eau actuels se produisent le plus souvent sur des céréales déjà installées, proches de la phase de tallage. Cette phase physiologique est remarquablement robuste à ce type d’accidents. Si la croissance est pénalisée, voire arrêtée en situation d’excès d’eau, seule l’immersion totale et durable entraîne une disparition des plantes. La situation actuelle n’a donc pas encore de conséquence irréversible. Il est évident que les pluies significatives à répétition de ces derniers jours empêchent tout assainissement des sols. Cependant, il est important que les sols puissent s’assainir dès que possible pour permettre aux racines de devenir fonctionnelles et absorber l’azote qui sera bientôt requis par les parties aériennes pour maintenir le tallage et accompagner la croissance des feuilles. Il faut espérer que les prévisions plus sèches des prochains jours se concrétisent et laissent drainer les parcelles.

Les excès d’eau entraînent, par ailleurs, une lixiviation des nitrates, notamment dans les sols les plus superficiels. Il est actuellement trop tôt pour évaluer l’équilibre entre les pertes dues au passage de lames d’eau drainantes et la minéralisation sans doute abondante de septembre (températures douces, sols humides). Les mesures de reliquats azotés sont le meilleur outil pour évaluer les conséquences de ces séquences climatiques pour chaque contexte cultural.

Et en cas de gel ?

Du côté du nombre de jours de gel, il a été plutôt faible depuis le début de la campagne : les gelées de fin novembre/début décembre ont cédé la place à des températures anormalement douces, avec des températures moyennes supérieures de 3, 4 voire 5°C aux normales saisonnières depuis quinze jours. Ce manque de petites gelées, et surtout l’occurrence de températures moyennes dépassant les 5°C, se traduisent par une perte de résistance au froid (figure 1). Evidemment, dans l’immédiat, les plantes restent tout à fait capables de se réendurcir rapidement dès l’arrivée de températures gélives. Cependant, une chute brutale du thermomètre en dessous de
- 10 ou - 15°C pourrait engendrer des dégâts. La séquence climatique du mois à venir doit donc être surveillée.

Une année précoce ?

Il est évidemment beaucoup trop tôt pour annoncer une tendance de précocité des cultures pour ce printemps. D’une part, le cumul de températures s’éloigne peu de la médiane, d’autre part, on a pu observer, lors des années précédentes, le poids très fort du scénario thermique de la période février-mars, lorsque le frein «durée du jour» est levé et ne bride plus les plantes vers la transition florale et la montaison. Néanmoins, des excès d’eau durables (comme observés localement en 2014) engendrent un retard de croissance de la culture. Là encore, un retour à des conditions plus saines dans les prochaines semaines pourrait faire disparaître cette tendance.

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