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Face au conseiller de l’Élysée, la profession tire la manette d’alarme

Profitant d’un déplacement dans la Somme du président de la République, fin de semaine dernière, FDSEA et JA ont échangé avec le conseiller agricole d’Emmanuel Macron sur différents sujets… avant de le rencontrer fortuitement. 

Alors que le président de la République retrouvait l’école où sa grand-mère maternelle a enseigné à Poix-de-Picardie pour y parler «éducation», le 17 juin, c’est dans la salle des fêtes qu’une délégation d’agriculteurs parmi lesquels la FDSEA, les JA et la Chambre départementale d’agriculture a été reçue par Paul Delduc, le conseiller énergie, environnement, transports et agriculture de l’Élysée. L’entrevue qui devait durer une heure s’est éternisée un peu plus, preuve que les sujets étaient nombreux. 

 

Egalim, toujours le débat

Parmi ces sujets, le premier d’entre eux a été l’installation : «Pour avoir des installations durables, l’accompagnement de l’État doit être fort», a ainsi défendu Guillaume Clop, président des Jeunes agriculteurs de la Somme. Chiffres à l’appui, il indique que le système actuellement en place (DJA) a largement fait ses preuves et qu’il doit être conforté : «92 % des jeunes qui en bénéficient sont toujours installés au bout de cinq ans. La DJA doit être maintenue et, dans l’idéal, il faudrait pouvoir la prolonger». Pour Édouard Brunet, président des JA Hauts-de-France, la juste rémunération du métier d’agriculteur reste un vaste sujet auquel la loi Egalim est loin d’avoir répondu : «On y a tous cru, a-t-il ainsi souligné devant le conseiller de l’Élysée. À l’heure où une loi Egalim 2 est en train d’être votée, il faut absolument que celle-ci prenne en compte le coût de production. Si on ne fait pas cela, Egalim 2 sera Egalim 1. C’est-à-dire qu’elle ne servira pas à grand-chose…» 

 

L’urgence du sujet foncier

Président de la FDSEA 80, Denis Bully renchérit, partageant le sentiment d’inachevé : «Tous les ingrédients étaient présents dans Egalim 1, mais force est de constater que les choses ne sont pas allées au bout. Il est dommage d’avoir consacré autant de temps à la loi Egalim pour si peu et je crains que si rien ne change, Egalim 2 ne résoudra pas nos problèmes». À l’issue de l’entretien, Paul Delduc semble reconnaître que «tout n’a pas marché» avec la loi Egalim. «Egalim 2 doit aller plus loin. Mais il est difficile de garantir que tout va être réglé, même si le rapport de force va changer», a-t-il encore souligné. Au passage, le conseiller du président de la République vante les efforts faits par le gouvernement pour rendre le territoire français plus attractif : «On a levé un certain nombre de freins avec la réduction de l’impôt sur les sociétés (IS) par exemple, en baissant les impôts de production, en simplifiant les procédures. Nous avons mis en place des conditions pour rendre notre pays plus accueillant. Cela ne fait pas venir des usines tout de suite, mais on a un contexte favorable.» Autour de la table à laquelle sont assis les représentants de la profession agricole, quelques doutes subsistent et l’impatience de voir des projets se concrétiser est palpable. Sur le plan législatif, profession et gouvernement semblent partager la volonté de voir la loi Sempastous sur le contrôle des transferts de parts sociales être adoptée, après que Marie-Françoise Lepers (FDSEA 80) en ait rappelé les enjeux et l’urgence : «À chaque fois qu’il y a une mutation de parts sociales, il y a un risque de simplification des systèmes», a-t-elle défendu.

 

En faveur des retenues d’eau 

Interrogé sur le futur arrêté abeille et le plan pollinisateur associé – lesquels ne satisfont personne, tant du côté des apiculteurs que du monde agricole -, Paul Delduc assure que ces textes ont fait l’objet d’une «négociation intense entre les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique». «L’idée, a-t-il défendu, c’est de ne pas laisser un agriculteur sans solution» alors qu’Édouard Brunet relaie les craintes d’agriculteurs de voir se réduire encore le champ de l’utilisation de certains produits phytosanitaires.

Alors que le Varenne de l’eau a été lancé il y a quelques semaines, que plusieurs Sdage sont en consultation publique ou encore que les Hauts-de-France attendent désormais avec impatience le début des travaux du Canal Seine Nord Europe, la profession agricole a ensuite rappelé que la gestion de l’eau est plus que jamais un sujet majeur de préoccupation. En ce qui concerne le projet de Canal Seine Nord, la demande du monde agricole de pouvoir créer des bassines – ou réserves d’eau – le long du tracé pour servir à l’irrigation pourrait être entendue : «Le ministre Denormandie semble plutôt favorable, avance Françoise Crété, mais nous voulons être sûr que cela sera aussi accepté par le ministère de la Transition écologique…» Sans se prononcer sur la capacité d’arbitrage de l’Élysée, le conseiller énergie, environnement, transports et agriculture tend néanmoins à aller dans le sens de la profession agricole : «Créer des bassines, c’est quelque chose qui peut être soutenu, indique M. Delduc. Et ce dernier de s’appuyer sur une expérimentation similaire dans le département du Tarn. On peut soutenir à condition qu’il s’agisse de petits ouvrages et s’il y a un vrai sens à le faire. Pour cela, nous n’avons pas besoin du Varenne de l’eau pour avancer.» Satisfaite de la réponse, la profession attend désormais plus qu’une déclaration, craignant «que l’on détricote d’un côté ce que l’on a construit de l’autre», dixit Françoise Crété, sous-entend des relations complexes entre les ministères de l’Agriculture et celui de la Transition écologique. 

 

Agriculture et biodiversité sont compatibles

Toujours selon la présidente de la Chambre d’agriculture de la Somme, «il faut arrêter de nous combattre sur le terrain de la biodiversité», rappelant le rôle des agriculteurs dans son entretien et sa préservation. À titre d’exemple, elle cite en vrac les opérations de plantation de haies auxquelles participent le monde agricole ou encore les trois prix décrochés par des agriculteurs de la Somme lors de la dernière édition du Concours général agricole, dans la catégorie des pratiques agroécologiques. Un engagement salué il y a quelques semaines par… Julien Denormandie, le ministre de l’Agriculture en personne. 

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