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Ferme la bio-diversité : le choix du croisement de races bovines

Dans la suite logique de la mise en commun des exploitations de Simon Lenoir et de Mathieu Devienne, puis de leur conversion en bio, de nouveaux choix ont été faits pour l’élevage bovin.

Il y a ceux qui croisent les doigts pour attirer les faveurs du destin, et ceux qui croisent leurs destins et leurs expériences pour aller au plus loin du chemin qu’ils se sont fixé. Ainsi en ont fait Mathieu Devienne et Simon Lenoir, en juillet 2017, en intégrant leurs exploitations respectives dans le Gaec de La Ferme de la bio-diversité, à Gouy-l’Hôpital. Et le tiret entre bio et diversité ne doit pas être omis, puisqu’il reflète précisément ce qu’est leur exploitation, à savoir convertie entièrement au bio et jouant la carte de la diversité.
Bio donc, puisque les cultures comme l’élevage de vaches allaitantes sont en bio. Et diversité, tant en termes de cultures (vergers, légumes de plein champ, blé, orge, féverole, colza, lentille verte en association avec de la cameline, lentillon de champagne en association avec de l’épeautre ou du seigle, méteils et surfaces fourragères) que par la présence de l’élevage.
Retour en arrière. Les frères Devienne, Mathieu et Damien, s’installent sur l’exploitation familiale, située à Gouy-l’Hôpital, en mai 2012, et la convertissent en bio dans la foulée. L’exploitation, de 115 ha, dont environ 70 ha consacrés aux surfaces fourragères et un peu moins de 40 ha dédiés aux cultures traditionnelles, dispose aussi d’un élevage de porcs, de bovins et de volailles pour lequel ils assurent la vente directe afin de créer un revenu supplémentaire permettant aux deux frères de vivre de l’exploitation.

Naissance d’une collaboration étroite
Dès leur installation, les deux frères ont pour projet de travailler avec un troisième associé. S’appuyant sur l’ABP (Agriculture biologique en Picardie) pour mener à bien leur exploitation en bio, ils rencontrent Simon Lenoir, chargé de mission, qui projette de reprendre l’exploitation de ses parents. «L’idée de s’associer avec Simon est née en décembre 2013», raconte Mathieu Devienne. Mais parce qu’une association, mêlant les deux exploitations, est un exercice plus que délicat compte tenu des risques encourus, ils travaillent durant trois ans avant de sceller leur «pacte». Au programme : un travail d’une année avec un intervenant extérieur sur les attentes des uns et des autres, et les points d’intolérance possibles entre eux ; puis un travail sur la partie technico-économique avant de se lancer.
Bien que Damien Devienne décide, en cours de route, de réorienter son projet de vie, et quitte l’agriculture, l’union des deux exploitations est portée sur les fonts baptismaux en juillet 2017, et d’autant que les deux exploitations ne sont pas éloignées l’une de l’autre, ce qui permet de faciliter le travail qui doit y être réalisé. La répartition des tâches s’impose d’elle-même par le profil et l’historique des exploitations respectives. A Mathieu Devienne la conduite du troupeau et la gestion administrative, à Simon Lenoir, les légumes de plein champ, les vergers et la main-d’œuvre. Quant à la gestion des surfaces de céréales et d’oléoprotéagineux, elle se fait à deux.
Ce qu’ils partagent également ? L’évidence de produire en bio. «Pour moi, comme pour mon frère et Simon, le bio, c’est une agriculture qui est dans les conventions. Il faut tout le temps anticiper, même si cela n’empêche pas de se planter parfois. Tout l’intérêt est dans le travail agronomique que cela implique sur le plan des cultures, ainsi que le travail de prévention à mener en élevage, et l’absence d’usage de produits phytosanitaires. Travailler en bio, c’est bien plus intéressant que de bâtir un programme phytos pour toute l’année, selon moi. Enfin, nous nous devons de répondre aux attentes sociétales. Cela ne sert vraiment à rien de s’obstiner à faire d’une manière qui ne correspond plus à la demande», détaille Mathieu Devienne.

Le choix de l’Aubrac
Reste que le départ de Damien Devienne pose la question de la poursuite de l’élevage, car c’est lui l’éleveur. La réflexion est brève, «car les surfaces en herbe et luzerne sont importantes dans notre rotation. Et, pour les cultures qui suivent, cela permet d’avoir un sol très riche en azote, et donc favorable à la pousse des cultures. Comme il fallait conserver des surfaces fourragères, garder l’élevage s’imposait de lui-même», explique Mathieu Devienne. Si l’arrêt des porcs et volailles, ainsi que celui de la vente directe sont décidés, l’élevage de vaches allaitantes, lui, est conservé, mais réorienté, en cohérence avec le système mis en place.
Vendre tout le troupeau de Blondes d’Aquitaine pour racheter des Aubrac aurait pu être une option. Ils y renoncent très vite en raison des risques sanitaires que représente l’achat de bovins de race Aubrac du fait des mélanges incontournables des provenances, mais aussi parce qu’ils connaissent bien leur troupeau et son comportement. Ils s’orientent donc vers le croisement des races. «On obtiendra un troupeau d’Aubrac en croisement par absorption. Certes, nos bovins auront toujours un gène de Blonde d’Aquitaine, mais, au niveau du registre bovins, le troupeau sera officiellement Aubrac à partir de la quatrième génération», détaille Mathieu Devienne.
Mais, au fait, pourquoi l’Aubrac ? «Nous avons décidé de partir sur de l’Aubrac pour sa rusticité, la facilité des vêlages, puis c’est une race qui valorise bien l’herbe, soit la base de l’alimentation de notre troupeau. Enfin, c’est également un choix personnel, car c’est une race qui nous plaît, même si d’autres races auraient pu convenir. C’est vraiment un choix du cœur», ajoute Mathieu Devienne. Deux taureaux ont été achetés en 2017, et les premiers veaux ont été croisés il y a un an.
En termes d’alimentation, outre l’herbe et la luzerne, un complément est apporté avec quelques grains, surtout l’hiver, «mais cela va diminuer de plus en plus avec le changement de race», commente l’éleveur. Enfin, quelques compléments minéraux vitaminés et du sel complètent la ration alimentaire des animaux. Une attention a été également apportée au bâtiment d’élevage, qui peut accueillir une quarantaine de mères et leur suite (les vingt autres mères sont placées dans un bâtiment de location, faute de place, ndlr). Initialement ouvert et fermé, le bâtiment est désormais entièrement fermé, en maintenant de la ventilation par des claires-voies, ce qui a permis de réduire les problèmes respiratoires dont pouvaient souffrir les animaux. Les veaux, quant à eux, ont un accès libre au parc qui leur est dédié et, au moment de l’alimentation, les bêtes sont bloquées par un cornadis, de telle sorte à ce qu’aucune vache ne vienne importuner celle qui est en train de manger.
«En passant en bio, et quasiment tout en herbe pour l’alimentation des bêtes, cela a simplifié la conduite de l’élevage, et nous n’avons recours au vétérinaire qu’une fois par an. Nous avons atteint l’autonomie alimentaire. Nous sommes même en excès, piuisque nous avons trop de foin. Comme il est difficile de le vendre en bio, on prévoit, de ce fait, de développer le troupeau et de passer à quatre-vingt mères. L’élevage est incontestablement une nécessité sur l’exploitation, comme toutes les autres productions que nous avons. On garde donc le cap», indique Mathieu Devienne. Et qui dit développement, dit besoin de main-d’œuvre, plus précisément un mi-temps pour l’élevage. A bon entendeur…

Chiffres clés

250 ha : c’est la superficie de l’exploitation, une partie à Gouy-L’Hôpital, l’autre à Quevauvillers, Bergicourt, Guignemicourt et Arquèves
40 ha de vergers dédiés à la fabrication de cidre
40 ha de légumes de plein champ
80 ha de surfaces fourragères
90 ha de Scop (surfaces de céréales et d’oléoprotéagineux)
60 mères de Blondes d’Aquitaine et achat de deux taureaux en 2017

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