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Filière équine : dépreciée du milieu agricole, mais riche de ressources

Malgré un contexte difficile, la filière équine semble doucement prendre de l’importance dans le paysage économique de la Région, notamment dans la Somme.

Pour Emmanuel Biallais, «le cheval peut être un acteur majeur du développement des territoires». 
Le Henson et son importance dans le tourisme en est la preuve.
Pour Emmanuel Biallais, «le cheval peut être un acteur majeur du développement des territoires».
Le Henson et son importance dans le tourisme en est la preuve.
© A.P.

Lorsque l’Etat a officiellement reconnu le statut agricole de la filière équine, en 2005, les professionnels ont espéré de réelles avancées de leurs conditions. «Douze ans plus tard, rien n’a changé. Les installations aidées sont très rares et l’accès à l’achat du foncier, indispensable pour des structures équestres, est quasiment impossible», constate amèrement Emmanuel Biallais, secrétaire général du Conseil des chevaux des Hauts-de-France. Pourtant, les chevaux persistent dans une région historiquement liée à l’utilisation des chevaux, pour le travail des champs et dans les mines. «Du rouge vif, indicateur d’une économie très compliquée, on passe même au orange», assure Emmanuel Biallais. Une augmentation de 5,7 % du chiffre d’affaires total, soit 405 millions d’euros, a été observée entre 2009 et 2013, malgré une baisse des entreprises équines (de 1678 en 2009 à 1478 en 2013, soit une diminution de 11 % en Picardie).
Dans la Somme, la filière équine est essentiellement dominée par l’équitation sportive, avec 89 clubs adhérents à la FFE (Fédération française d’équitation), pour 1 980 licenciés en 2017. Des centres équestres qui ont dû encaisser l’équitaxe en 2015 : les activités d’enseignement de l’équitation, les pensions, le dressage et les ventes sont passés d’une taxe à 7 % à une taxe à 20 %. «Cette année, le retour aux anciens rythmes scolaires va faire du bien, parce que les enfants vont pouvoir retourner à l’équitation le mercredi matin, explique Emmanuel Biallais. Les bons résultats des équipes de France (médailles d’or par équipes en saut d’obstacles et en concours complet aux Jeux olympiques de Rio, ndlr) ont également impulsé une envie de monter à cheval.»

Les courses en berne
«Le secteur des courses, lui, est «en chute libre» en Hauts-de-France. Phénomène lié à la baisse des entrées dans les hippodromes. Les deux de la Somme, à Abbeville et à Amiens, n’échappent pas à la règle. Même le pôle de Chantilly (60), troisième site mondial en termes de courses de galop, perd de sa grandeur : 114 emplois y ont disparu entre 2009 et 2013. Même constat au niveau du trot, avec une chute de 30 % du nombre de salariés et un pourcentage équivalent pour le nombre de chevaux. Et l’avenir ne semble pas meilleur, car les entraîneurs du secteur prennent de l’âge et les jeunes peinent à s’installer, du fait de la rareté du foncier.
«La féminisation de la filière est aussi un facteur de décroissance de l’emploi dans les courses.» Sans vouloir faire dans le machisme, Emmanuel Biallais a une explication rationnelle à apporter : «Le turnover est encore plus important. Un homme travaille dans le milieu jusqu’à 40 ans en moyenne, car les tâches sont difficiles physiquement. Une femme, elle, va en moyenne jusqu’à 30 ou 35 ans, car l’activité est difficilement compatible avec une vie de famille.»

Le tourisme, en revanche, semble tirer son épingle du jeu. Surtout dans le département : «Quand on parle de tourisme dans la Somme, la première image qui nous apparaît est un Henson sur la plage.» La race, créée dans les années soixante-dix, s’est développée à une vitesse folle. Trois cents chevaux occupent quatre sites picards et promènent 12 000 touristes par an sur leur dos (lire page 7). «Preuve que le cheval peut être un acteur majeur du développement des territoires.»
En termes d’emploi, tout d’abord, car «lorsqu’un cheptel augmente de sept chevaux, un emploi non délocalisable est créé». Emmanuel Biallais ajoute : «Le cheval est un ascenseur social. Beaucoup de jeunes en rupture ou en difficulté scolaire ont trouvé un nouvel intérêt dans les études par le biais du cheval, qu’ils peuvent poursuivre jusqu’au niveau bac+3, voire bac+5.» Les chevaux sont aussi une source de diversification pour l’agriculture, car consommateurs de foin, de paille, de céréales... Ils sont enfin une vraie réponse à l’amélioration du bilan carbone : débardage, transport en hyper-centre, services... Un attelage utilisé pour le ramassage des ordures, par exemple, coûterait 60 % moins cher qu’un camion pollueur. «En plus, l’animal crée du lien social. Les passants vont facilement discuter avec quelqu’un qui travaille avec les chevaux, alors qu’ils ne vont pas voir un chauffeur de poids-lourd. Quelques expériences individuelles ont été menées (dont au Crotoy et à Amiens), mais il faudrait une réflexion de fond.»
Pour le spécialiste qui croit «dur comme fer» à l’expansion de la filière, une réelle reconnaissance agricole avec l’accès aux aides et à l’acquisition du foncier est indispensable. Il souhaite aussi se rapprocher des voisins belges, dont le dynamisme est exemplaire : «Nous venons de monter un dossier inter-régional avec la Wallonie et les Flandres. Le début d’un maillage plus qu’intéressant pour les Hauts-de-France.»

La filière équine dans la Somme, en chiffres*
127 établissements équestres (12 % des établissements équestres de la région)
195 éleveurs (14 % des éleveurs)
20 entraîneurs (10 % des entraîneurs)
7 cavaliers professionnels et marchands (9 % des cavaliers pro)
2 sociétés de courses (18 % des sociétés de courses)
13 maréchaux-ferrants (9 % des maréchaux-ferrants)
39 vétérinaires ayant effectué au moins un acte sur les équins (16 % des vétérinaires)
11 entreprises industrielles et de services (13 % des entreprises)
5 entreprises diverses (15 % des éleveurs)
En tout : 419 entreprises, 1 107 emplois et 6 742 chevaux.

*Source OER 2013

L’emploi dans la filière équine
57 000, c’est le nombre d’emplois de la filière équine, exercés en activité principale en 2016, en France, selon l’Observatoire d’Equi-ressources. 7 730 d’entre eux sont recensés dans les Hauts-de-France, avec plus de 60 % en Picardie. 55 % de ces employés sont des femmes (+ 12 % en dix ans). Sept métiers sont les plus répandus :
• Enseignant d’équitation : 24 % de l’emploi
• Palefrenier - garçon de cour : 21 %
• Cavalier d’entraînement : 10 %
• Cavalier soigneur : 10 %
• Lad driver / Lad jockey : 7 %
• Assistant d’élevage : 5 %
Leur statut est relativement précaire :
• 54 % des salariés sont en CDD
• 78 % des salariés travaillent à temps complet
• Un turnover de 28 % (emplois saisonniers notamment dans les centres équestres).
Age moyen : la population salariée est jeune : 32 ans en moyenne

 

Les formations
Pour former aux métiers du cheval, un panel de formations est proposé dans la Somme, du Capa (Niveau 5) au baccalauréat.
Niveau 4e et 3e technologiques avec support «cheval»
Maison familiale rurale de Villers-Bocage
Capa soigneur d’équidés
Maison familiale rurale de Villers-Bocage (en apprentissage)
CFPPA de la Haute-Somme, antenne de Péronne, au site de Ribemont-sur-Ancre (en apprentissage ou continue)
Bac Pro Conduite et gestion de l’exploitation agricole spécialité production du cheval
Lycée agricole de la Haute-Somme, site de Ribemont-sur-Ancre (formation initiale)
BPJEPS (Brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport) - mention équitation
CFPPA de la Haute-Somme, Antenne de Péronne, au site de Ribemont-sur-Ancre (en apprentissage ou continue), Ateliers du Val de Selle à Conty (continue)

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