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France carbone agri : au-delà de la phase de test

Fin 2019, la Commission européenne donnait son feu vert au régime d’aide proposé par la France pour le paiement de services environnementaux (PSE) aux agriculteurs. Aujourd’hui, France carbone agri association (FCAA) lance son second appel à projets alors que 391 fermes sont déjà entrées de plain-pied dans la démarche. L’enjeu défendu par FCAA : restituer de la valeur à ceux qui façonnent le paysage et réduisent les émissions de CO2 et en augmentent le stockage.

«La production de viande est souvent décriée. Entrer dans la démarche nous permet de montrer au grand public la vertueusité de nos pratiques», affirme Franck Seguignier éleveur de la Nièvre.
«La production de viande est souvent décriée. Entrer dans la démarche nous permet de montrer au grand public la vertueusité de nos pratiques», affirme Franck Seguignier éleveur de la Nièvre.
© Pixabay



391 éleveurs se sont engagés lors du premier appel à projets de FCAA lancé en novembre 2019. Répartis sur le territoire national, ces éleveurs sont accompagnés par vingt-deux porteurs de projet (OP, coopérative, Chambre d’agriculture…) dans la mise en œuvre des réductions de CO2. «Nous sommes heureux d’avoir su mobiliser des agriculteurs et des acheteurs sur la question essentielle du stockage de carbone. Il est temps de rémunérer les agriculteurs pour leurs contributions environnementales», se réjouit Marie-Thérèse Bonneau, à la tête de l’association.

Donner un cap
En pratique, les 391 exploitations ont réalisé un diagnostic Cap’2ER et établissent un plan d’action pour limiter leurs émissions de gaz à effet de serre. Marc Pontillé, cinquante-huit ans, éleveur laitier à Parigny dans la Loire, prépare activement sa succession et estime que «le plan carbone nous a permis, avec mon futur associé, de voir comment être plus performants sur le plan économique et environnemental tout en améliorant nos conditions de travail. Nous avons choisi les leviers en fonction de nos besoins et de notre capacité à les mettre en œuvre. Le suivi avec la technicienne n’est pas du tout une contrainte pour moi, c’est la garantie de mener le projet au bout et de poursuivre notre démarche de progrès. Il faut toujours aller de l’avant !».
Suite au diagnostic, l’exploitation a mis en place de nouvelles pratiques (baisse des concentrés à l’auge, implantation de légumineuses, abaissement de l’âge au vêlage, valorisation des effluents d’élevage…). Bilan un an après : + 800 kg de lait/vache et 9 €/1 000 l économisé sur le coût de production. «Les marges de manœuvre existaient sur l’exploitation et le diagnostic a permis de pointer du doigt les axes de travail. Les éleveurs ont aussi repensé la cohérence globale de leur système», explique la technicienne qui suit l’élevage pour Loire conseils élevage.

Deux scénarios possibles
Les exploitations dont le diagnostic révèle des marges de progrès substantielles sont amenées à suivre le scénario spécifique qui mesure, au bout des cinq ans d’engagement, l’amélioration des émissions de carbone par rapport à leur propre exploitation. Pour ceux dont l’approche environnementale est déjà très présente, il est possible de suivre le scénario générique permettant de se comparer à une note moyenne, de référence, des fermes de sa région. Franck Seguinier, installé en bovins allaitants avec ses parents en Gaec à Montigny-en-Morvan, dans la Nièvre, s’interrogeait sur sa capacité à entrer dans le dispositif tout en restant dans une démarche de progrès. «Nous sommes dans une région très bocagère, l’exploitation compte 38 km de haies, beaucoup de prairies permanentes, très peu de cultures…, j’avais du mal à percevoir comment réduire mon impact
En travaillant étroitement avec la technicienne de sa coopérative Sicarev, porteuse de projet, l’agriculteur a enclenché de nombreux leviers d’amélioration. Valorisation de l’herbe via un ensilage d’herbe précoce, implantation de méteils, rajeunissement du troupeau pour une meilleure valorisation des jeunes bovins, semi-direct, mise en place d’une gestion des haies en vue d’une valorisation du bois déchiqueté, construction d’un bâtiment permettant le réhivernage des animaux… «Tous ces projets sont à doubles gains. Nous nous y retrouvons directement sur un plan économique, mais aussi sur le plan du carbone. Les animaux en bâtiment l’hiver éviteront des aller-retour en tracteur pour l’affouragement, l’ensilage d’herbe précoce permet d’accélérer la rotation du pâturage et améliore le stockage de carbone… Pour nous, la mise en place du plan carbone a permis d’accélérer ces transitions.»

Un engagement multi-rémunérateur
Les gains technico-économiques sont bien présents dès la première année de mise en œuvre des nouvelles pratiques. «En général, nous regardons toujours les mêmes données pour gagner en productivité. Pour nous, qui accompagnons les éleveurs au quotidien, il n’y a pas de révolution. En revanche, l’angle environnemental permet une autre approche, donnant une vue d’ensemble de l’exploitation. Ne plus travailler pôle par pôle donne une plus grande cohérence et permet aux agriculteurs de se poser des questions plus globales sur ce qu’ils veulent pour demain. On prend de la hauteur et on se concentre sur les détails dans un deuxième temps», explique la technicienne de Loire conseils élevage. Outre le gain immédiat en lien avec les résultats technico-économiques, le plan carbone garantit une rémunération en lien avec la réduction des émissions de CO2.Concrètement, un premier versement sera effectué à mi-parcours et complété à la fin de la démarche. Le montant moyen attendu oscille entre 6 000 à 12 000 € par exploitation suivant leurs capacités à réduire le carbone. «Si au bout des cinq ans on arrive à l’objectif, il y aura une rémunération en crédit carbone. C’est une reconnaissance de notre travail et c’est motivant pour les générations futures. Les budgets et la rémunération des exploitations sont souvent très serrés, c’est aussi en passant par le financement qu’on avance», indique Marc Pontillé pour qui la transmission d’une exploitation viable, et vertueuse est une de ses plus belles réussites.

Le sens de l’histoire
La remise du diagnostic environnemental sensibilise les éleveurs quant à leurs émissions de carbone, mais aussi leur capacité à être vertueux pour l’environnement. «La production de viande est souvent décriée. Entrer dans la démarche nous permet de montrer au grand public la vertueusité de nos pratiques. C’est plus facile d’expliquer et de convaincre quand on a des chiffres, qu’on peut quantifier nos efforts», affirme Franck Seguinier. Même son de cloche du côté de Sicarev, sa coopérative. François Chaintron, directeur développement filière bovine pour qui «s’associer à FCAA a un sens d’avenir. Aujourd’hui, on ne peut pas faire sans ces notions environnementales, notamment dans notre région qui vient de subir trois sécheresses de suite. Nous sommes sensibilisés au changement climatique».
Au-delà de l’intérêt général, il y a aussi celui de l’entreprise. Ainsi, François Chaintron reconnaît vouloir «avoir une longueur d’avance sur ces sujets innovants. Ce sont des outils pour communiquer demain auprès de nos clients via des étiquetages ou des exploitations labellisées. En tant que coopérative, nous ne pouvons pas être les derniers, nous devons être les premiers à emmener nos adhérents vers demain».

FCAA, c’est quoi ?

C’est un changement de paradigme qui s’opère. À l’inverse des politiques actuelles, qui compensent des manques à gagner, le dispositif des paiements pour services environnementaux (PSE) finance les agriculteurs pour les bénéfices de leur travail. La FNPL avec la FNB, la FNEC et la FNO, rejoint par les JA ont créé «France Carbon agri association» (FCAA), pour que les producteurs puissent en bénéficier. L’association a obtenu le label Bas carbone du ministère de l’Agriculture en faisant valider la méthode de calcul du CO2 des émissions évitées et séquestrées via le diagnostic Cap’2ER. 30 €/t minimum. Alors que de nouvelles sociétés s’emparent de la vente de crédits carbone, pas toujours labellisé, France carbone agri association rappelle «avoir déjà vendu environ 25 % des 70 000 tonnes estimées pour le premier appel à projets. Le montant global doit être atteint au terme de la période (cinq ans)». Marie-Thérèse Bonneau, présidente de l’association assure : «Nous ne vendrons pas de carbone à moins de 30 €/t. C’est une décision politique assumée qui doit permettre de reconnaître la valeur de nos engagements.»


Haute valeur environnementale : plus de 8 200 exploitations certifiées

Au 1er juillet 2020, la France comptait exactement 8 218 exploitations agricoles certifiées Haute valeur environnementale (HVE), a indiqué le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, le 20 novembre. Le ministère a aussi précisé que ce chiffre reflétait une hausse de 52,2 % en seulement six mois. C’est-à-dire qu’entre le 1er janvier 2020 et le 1er juillet dernier, pas moins de 2 800 exploitations ont obtenu cette certification. En outre, le nombre de fermes HVE a presque décuplé depuis le 1er janvier 2018, puisqu’on ne comptait seulement que 841 exploitations agricoles (HVE). La Haute valeur environnementale est le niveau le plus élevé (niveau 3) du dispositif officiel de la certification environnementale. La Gironde, avec 1 610 exploitations est le département le mieux fourni en HVE, devant la Marne (654), le Rhône (461) et l’Aude (457). En termes de productions, c’est la viticulture qui truste la certification avec 6 699 exploitations, devant l’arboriculture (644), les grandes cultures (411) et le maraîchage (340). Les surfaces des exploitations HVE couvrent 366 325 hectares, soit 1,35 % de la Surface agricole utile (SAU) française. À titre d’exemple, les exploitations certifiées en agriculture biologique représentent 8,5 % de la SAU française. Le gouvernement a fixé des objectifs chiffrés ambitieux dans son plan Biodiversité avec 15 000 exploitations HVE en 2022 et 50 000 en 2030.

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