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Françoise Crété : «Un changement dans nos façons de travailler»

Depuis le début du confinement lié à l’épidémie de covid-19, la Chambre d’agriculture de la Somme a organisé ses services de manière à répondre aux attentes de ses ressortissants et à assurer ses missions. Entretien avec sa présidente, Françoise Crété.

Françoise Crété, présidente de la Chambre d’agriculture de la Somme.
Françoise Crété, présidente de la Chambre d’agriculture de la Somme.
© D. R.

De quelle manière la chambre d’agriculture aborde la crise du coronavirus qui touche la France depuis plusieurs semaines ?
Comme beaucoup, nous avons été surpris par le confinement. Nous avons dû nous réorganiser en l’espace de quelques jours pour continuer à assurer nos missions. Je tiens ensuite à remercier les équipes comme les élus qui sont sur le pont depuis le début de la crise pour cela. Nos interventions s’adaptent aux nouvelles conditions en misant sur la visioconférence et plus largement des solutions numériques, même si nos agents restent joignables par téléphone.

Le confinement a engendré de nombreuses questions, souvent très pratiques, et continue de susciter des inquiétudes. Quelles peuvent être les réponses de la chambre d’agriculture à ces interrogations ?
Pour répondre à toutes les questions, et elles sont nombreuses, nous avons mis en place une foire aux questions avec l’APCA. Cette foire aux questions est régulièrement mise à jour et permet d’apporter des réponses d’experts, validées par les pouvoirs publics et les services de l’État. Dans une période comme celle que nous vivons actuellement, il y a beaucoup d’informations qui circulent et il est important de savoir où l’on peut trouver des réponses qui ne soient pas des fake news.
Nous avons un rôle à jouer et une responsabilité pour ce qui est d’assurer la sécurité des agriculteurs, de leur famille et de leurs salariés. Dans le même temps, nous devons aussi veiller à assurer le maintien de l’activité agricole et la performance économique. Nous sommes dans une période délicate puisqu’on est en plein dans les travaux des champs. Le suivi agronomique effectué en temps normal par les techniciens de la chambre d’agriculture se poursuit malgré le confinement et nous avons proposé d’ouvrir à tous la messagerie technique productions. Pour les éleveurs, nous envoyons la messagerie «élevage» à tout le monde. Enfin, l’ensemble de nos collaborateurs reste joignable.

Depuis la mise en place de mesures de confinement, la vente directe de produits fermiers a particulièrement souffert. Comment réagir ?
L’une des missions de la chambre, qu’il y ait une crise ou pas, est de mettre en relation les vendeurs directs et les consommateurs. D’un seul coup, certains agriculteurs se sont trouvés sans débouché et il a fallu organiser une autre mise en relation. Cela est particulièrement vrai pour les producteurs qui livraient des organismes de restauration collective ou des restaurants. Les consommateurs qui sont confinés chez eux doivent quand même continuer de manger. Nous avons insisté auprès des maires pour les marchés qui ont lieu dans leurs communes soient maintenus, suivant un protocole sanitaire. Un service de drive a été mis en place. Il y a également la possibilité de commander via Internet ou de se faire livrer des paniers.
L’horticulture, la production ovine sont des secteurs qui souffrent aussi particulièrement. Là encore, il s’agit de chercher des solutions pour limiter les pertes. On continue d’y travailler avec de nouveaux outils et communiquer.

En cette période de crise, l’emploi semble particulièrement tendu. Qu’en est-il ?
Les gros problèmes vont arriver avec le manque de main-d’œuvre saisonnière. Nous avons renforcé l’action de la bourse à l’emploi pour répondre aux attentes des employeurs et nous nous sommes organisés pour à la fois, enregistrer les demandes et appels des employeurs et enregistrer les demandes des salariés. Il y a de bonnes volontés un peu partout, mais l’un des rôles de la chambre d’agriculture est de les canaliser pour éviter un éparpillement. Enfin, on peut dire que le chômage partie sera très peu utilisé dans nos exploitations.

Que ressortira-t-il selon vous de cette crise et de la manière dont elle est gérée ?
Je constate que nous avons la chance d’avoir des outils de proximité pour la transformation de nos produits qui permettent de ne pas être dépendants et qu’il n’y ait pas de pénurie de produits alimentaires. Si nous devions faire venir notre alimentation de plus loin, il pourrait y avoir davantage de problèmes. Cela montre l’intérêt qu’il y a à garder des outils de proximité. D’autre part, on mesure aussi l’importance de constituer quelques stocks. Les stocks, on peut penser que cela coûte cher, mais ils finissent par servir un jour ou l’autre, et nous permettent d’être autonomes.

Le rapport entre agriculteurs et consommateurs-citoyens peut-il aussi changer suite à cette crise ?
Je pense effectivement qu’il y aura un avant et un après, notamment dans nos façons de travailler. La situation actuelle fait que les citoyens portent un regard différent sur l’agriculture, mais est-ce que cela va durer ? La profession devra s’organiser pour que la bienveillance dont nous bénéficions aujourd’hui perdure. Mais je reste inquiète en constatant que certains continuent de tirer à boulets rouges sur l’agriculture. 

Avez-vous connaissance de difficultés pouvant entraîner la perturbation, voire l’annulation de certaines activités ? On pense notamment au transport de fournitures ou à la collecte du lait et des animaux...
À l’heure où nous parlons (mardi après-midi, ndlr), je n’ai pas eu de remontées du terrain sur de quelconques interruptions de service. Les entreprises de la région ont pris des mesures pour continuer à travailler, tout en protégeant leurs salariés. En lait, nous constatons une certaine confusion, beaucoup de messages contradictoires circulent, notamment sur les réseaux, mais les entreprises se sont organisées. Si demain les transports venaient à être perturbés, ce serait vraiment compliqué. En ce moment, je veux avoir une pensée aussi pour d’autres acteurs économiques, qui ne sont pas liés directement à l’agriculture, mais à la ruralité. La crise risque de bouleverser durablement un certain nombre d’activités économiques. On ne peut pas seulement parler de ce que nous vivons sans s’intéresser aux autres.

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