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Fumure de fond : positionner les apports au moment du semis

Le début d’été est propice au calcul de votre fumure de fond. En effet, les éléments phosphatés (P) et potassiques (K) sont indispensables au bon développement et à la croissance des végétaux. 

Les éléments phosphatés (P) et potassiques (K) ont en commun d’être captés par le Complexe argilo humique (CAH), mais d’être peu mobiles. C’est pourquoi, nos sols sont généralement bien pourvus. Néanmoins, la quantité immédiatement disponible reste faible et les racines doivent explorer le sol pour avoir ces éléments en quantité suffisante. Les apports d’engrais sont donc nécessaires pour satisfaire les besoins de la plante lorsque le sol ne peut réalimenter suffisamment vite la solution en raison d’une trop faible disponibilité de ces éléments. Sachant que les plantes sont sensibles à des stades jeunes, les apports sont donc à positionner avant ou moment du semis pour permettre un bon développement des racines, et si possible en localisé pour améliorer l’efficience de l’engrais. 

Il faut aussi prendre en compte la forme des engrais déterminant leur solubilité pour permettre une valorisation rapide de ces éléments. Il est donc conseillé de partir sous une forme sulfate pour le potassium et la magnésie, et sous une forme superphosphates pour le phosphore.

Les bases du raisonnement de la fertilisation PK a été établies par le Comifer et reposent sur quatre critères.

1) Les teneurs dans le sol

L’analyse de terre permet de réaliser un diagnostic de fertilité du sol, afin de pouvoir détecter un facteur limitant ou de définir des impasses en fumure de fond. L’analyse granulométrique et la Capacité d’échange cationique (CEC) sont à réaliser une seule fois par parcelle, alors qu’il est conseillé de réaliser les analyses chimiques tous les cinq ans.

2) L’exigence des cultures

Les cultures ont des sensibilités différentes à la carence en P et K se traduisant par des pertes de rendement d’autant plus important que l’espèce est sensible. Pour exemple, une culture exigeante en phosphore présente dans une parcelle faiblement pourvue en cet élément : l’impasse peu aboutir à une perte de rendement de 17 %. Dans le même contexte avec l’élément potassique, la perte de rendement peut atteindre 18 %.

Dans notre département, nous retrouvons des cultures exigeantes pour ces deux éléments (cf. tableau).

3) Le passé récent de fertilisation 

Les engrais évoluent vers des états de moins en moins disponibles dans le temps. De ce fait, il est généralement conseillé de ne pas faire d’impasse plus de deux années consécutives afin de garantir une alimentation non limitante des cultures. Néanmoins, il faut aussi prendre en compte que les couverts d’interculture ont aussi un rôle dans la remise en disponibilité de ces éléments. En effet, ils piègent les nitrates, mais mobilisent et restituent aussi les autres éléments nutritifs (P, K, Mg, S). Le modèle Merci (développé par la Chambre d’agriculture du Poitou-Charente) permet d’évaluer suivant la composition du couvert et la biomasse estimée les éléments en N, P et K qui seront potentiellement restitués, sachant que le potassium et le magnésium ont une disponibilité identique à celles d’un engrais minéral soluble. La libération du phosphore sera quant à elle un peu moins rapide. 

Pour information, les légumineuses, les crucifères, la phacélie et le sarrazin mobilisent le plus fortement le phosphore (6 uP/tMS) et le potassium (35-45 uK/tMS), alors que les graminées mobilisent environ
2 uP/tMS et 20 uK/tMS. De ce fait, un couvert bien développé peut avoir le même effet qu’un apport d’engrais minéral de fond au sol, et peut soustraire une année au paramètre «nombre d’année sans apport».

 

4) Le devenir des résidus de récolte

Il est uniquement défini pour le potassium car cet élément est essentiellement présent dans les parties végétatives. Le potassium sera libéré rapidement si les résidus sont restitués. Pour exemple :  5 t/ha paille équivaut à 60 uK/ha, pour seulement 9 uP/ha. 

Les apports organiques peuvent aussi en partie ou totalement substituer les engrais minéraux suivant leur composition. Des coefficients d’équivalences existent pour estimer l’efficacité d’un engrais organique par rapport à un engrais minéral. L’ensemble des produits organiques ont un coefficient d’équivalence de 100 % pour le potassium, car ayant une solubilité similaire aux engrais minéraux, alors que les disponibilités du phosphore oscillent entre 50 % et 100 %. Par exemple : un fumier de bovin a un coefficient d’équivalence de 100 % en phosphore, alors qu’un compost de déchets verts a un coefficient de 55 %.

Pour plus de facilité, le logiciel mesp@rcelles permet d’intégrer l’ensemble de ces données afin de déterminer la fumure de fond à la parcelle.

 

Suivre aussi les autres minéraux

Il ne faut pas limiter la nutrition des plantes aux fertilisations azotée et de fond. Les autres minéraux sont aussi à suivre (cuivre, zinc, bore molybdène…) en fonction des espèces concernées. Il est donc aussi recommandé d’effectuer régulièrement des analyses chimiques sur ces oligoéléments, ainsi que de réaliser des apports calciques réguliers suivant les besoins des parcelles.

Pour aller encore plus loin dans l’optimisation de la fumure de fond, il est aussi possible de moduler les apports à la parcelle. 

La modulation de fumure de fond consiste à caractériser les différences de richesse des sols à l’échelle intra-parcellaire. Elle peut se faire à partir d’une analyse historique à la parcelle – sachant que les remembrements peuvent largement impacter les teneurs de sol : anciennes parcelles de bois, prairies, pratique des anciens propriétaires en matière de fertilisation, assolements pratiqués… – ou à partir d’une analyse des types de sols. Ces analyses permettent de déterminer un zonage intra-parcellaire sur lequel une analyse chimique sera effectuée par zone et un conseil en fertilisation de fond calculé. 

La finalité de la modulation de fumure de fond est donc l’obtention de cartes de conseil en fertilisation P et K à l’échelle intra-parcellaire. 

Cette méthode confère plusieurs avantages dont le principal est de mettre en évidence des zones bien pourvues sur lesquelles il sera possible de faire des impasses et éviter une sur-fertilisation. En adaptant la fertilisation à la zone, on assure le rendement en limitant le risque de carence, les intrants sont alors optimisés et donc mieux valorisés. 

La Chambre d’agriculture de la Somme a étudié la consommation d’intrants P et K sur plusieurs années sur une exploitation qui réalise la modulation de fumure de fond depuis cinq ans. Elle a pu calculer un bénéfice économique de 38 €/ha/an lié à la diminution de l’utilisation d’intrants P, K. Cette économie est d’autant plus intéressante que le prix des intrants tend à augmenter. Dans le cadre de cette étude, l’économie était majoritairement due à la réalisation d’analyses sur tout le parcellaire de la ferme (avant de passer en modulation une analyse était faite une fois de temps en temps avant une culture exigeante). En prenant en compte uniquement le bénéfice économique lié à l’économie d’intrants (on ne prend pas en compte l’éventuel gain de rendement) le retour sur investissement - pour combler les charges liées à la réalisation des cartes et à l’achat du matériel - se fait à partir de la cinquième année pour ce cas d’étude. 

La chambre d’agriculture propose une prestation pour gérer votre fumure de fond à l’échelle intra-parcellaire à partir de l’analyse historique parcellaire et/ou vos types de sols (l’analyse s’adapte au contexte de l’exploitation). Contactez-nous pour plus de renseignements.

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