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Gestion : comment la Ferme Somme peut-elle rebondir dans l’avenir ?

L’année 2018 a connu de meilleurs hospices que les années précédentes, avec un EBE en hausse, des prix rémunérateurs, malgré une météo capricieuse. Il est nécessaire d’aller plus loin et d’avancer, une véritable matière à réflexion.

Comme l’ont rappelé Sébastien Daguenet et Christian Boddaert, experts conseil du Cerfrance Somme, lors de l’assemblée générale du 21 janvier dernier, la récolte 2018 est synonyme de rendements qui ont baissé dans la plupart des productions végétales mais, associées à une bonne qualité, les marges brutes sont meilleures à l’exception de la betterave. La «baisse» des rendements a permis de faire remonter le prix des céréales, rien qu’en blé, qui représente 41 % de la surface du département, le prix final devrait avoisiner les 175 €/tonne. La production de betteraves provoque une déception tant au niveau du prix que du rendement, et le contexte n’est pas favorable. Le prix final devrait osciller autour de 24 €.

Marges sur le blé, la betterave et le lait
Le blé, c’est 1 018 € de marge brute en 2018, soit quasiment 200 € de plus que l’an dernier, mais la moyenne des dix dernières années s’élève à 959 €. C’est le prix de cette année qui a amélioré cette marge. Les prix sont plutôt bons cette année, de l’ordre de 175 € tonne.
La betterave a connu une chute de sa marge. Premièrement, le rendement a chuté, il est passé de 98 tonnes à 87 tonnes/hectare. Tout en restant sur un prix moyen de 24 €/tonne, cette année comme l’an dernier, et des charges stables, la marge à chuté de 264 €. Elle est passée de 1 484 € à 1 220 € l’hectare en 2018.
Le lait, lui, a connu une hausse de 10 € tonne de plus que l’an dernier, mais c’est seulement 3 € de marge en plus. En cause, le coût alimentaire a pris 7 € les 1 000 litres, il arrive à 142 € contre 135 € l’an dernier. La marge brute du lait ainsi dégagée, arrive à 208 € contre 205 € en 2017, tout en sachant que la moyenne sur dix ans est de 195 €/1 000 litres.
En termes de résultat, pour 2018, l’excédent brut d’exploitation de la Ferme Somme a augmenté de 12 000 € par rapport à l’an dernier, pour un montant moyen d’EBE de 772 € à l’hectare (il était de 698 € l’hectare en 2017). Si on se réfère à la moyenne quinquennale, il est de 619 € à l’hectare. Ceux qui ont diversifié leur assolement cette année ont limité la casse en termes de revenus. Les prélèvements privés sont restés stables, les annuités liées aux investissements ont également stagné. D’autre part, le fonds de roulement continue à s’améliorer. Il a augmenté de 6 000 €, ce qui est moins que l’an dernier. En 2017, il avait été de 21 000 €.

Les indicateurs financiers
Les experts constatent un niveau d’annuités trop élevé. Cette année, l’EBE suffit à faire face aux remboursements de l’ensemble des annuités, ce qui est quasiment normal en raison de cette hausse du revenu économique, et cela engendre des ratios financiers plutôt moyens en raison des historiques de production, notamment l’année 2016. En termes d’annuités, le ratio pour la Ferme Somme est de plus de 59 % en moyenne contre un objectif à maintenir de 40 à 45 %. En ce qui concerne, le taux d’endettement, il est de 69 %, alors que l’objectif à atteindre est de 50 %. Et, pour finir, le ratio de fonds de roulement sur charges est de 45 % cette année, alors que l’objectif normal devrait se situer autour de 60 %. Ce qui est le plus «inquiétant», dans ces ratios financiers, c’est le montant des annuités. A cela, Christian Boddaert, expert conseil à Cerfrance Somme, souligne «que l’année 2018 est une bonne année globalement, en moyenne, sur le plan économique grâce à la hausse des prix. L’analyse est différente suivant le système d’exploitation et de l’impact climatique. Les ressources couvriront les besoins de cette année et l’on peut espérer un léger excédent».

Solutions pour 2019
Christian Boddaert interpelle en disant que «sur le plan économique, le pilotage doit se tourner vers l’investissement productif et l’optimisation des coûts de revient», que les dépenses soient pertinentes et de bien maîtriser sa mécanisation. Sur le plan financier, «le pilotage doit se tourner vers la réduction des annuités».
La pression fiscale des annuités va redevenir relativement importante pour certains, et l’investissement «fiscal» n’est pas de bon augure. Il faut se reconstituer des réserves financières, soit sous la forme d’épargne classique, de déduction pour épargne de précaution, ou encore optimiser par le biais de l’impôt sur les sociétés qui permet de se garder du résultat et qui peut servir en cas de coup dur. Et de revenir à des annuités sur EBE plus raisonnables, pour pouvoir se reconstituer du fonds de roulement, afin d’affronter l’avenir avec plus de sérénité.

Politique d’avenir
Un sujet qui va devenir problématique : celui de la transmission. En effet, au moment de la transmission, il devient difficile d’assumer les annuités liées aux investissements de renouvellement et de rachat de l’outil de production.
C’est pour cela qu’il faut faire le point sur les besoins financiers dit «incompressibles». A partir de là, il faut définir sa stratégie d’exploitation. Ce peut être dans la recherche de valeur ajoutée, dans l’optimisation des prix de revient : allier performance technique et réduction de charges, par exemple.
Comme l’ont rappelé les deux experts du Cerfrance, Sébastien Daguenet et Christian Boddaert, il va falloir intégrer pas mal de problématiques.
Si l’on veut ajuster volumes et performance, cela n’ira pas sans adapter ses pratiques grâce aux objets connectés et aux robots ; produire des volumes supplémentaires au coût marginal ; organiser son travail et, peut-être, faire un pas vers la «firme» en ouvrant son capital.
Si l’on veut changer de pratiques et déplacer le système, plusieurs solutions s’ouvrent : réduire l’usage des phytosanitaires ; valoriser et préserver la ressource en eau ; s’inscrire dans une transition énergétique ; relever le défi du bien-être animal ; viser l’autonomie alimentaire des ruminants ; augmenter la vie du sol et le taux de matière organique.
Si l’on veut s’impliquer plus dans la chaîne de valeur, il faudra, soit se convertir à l’agriculture biologique ; soit diversifier son assolement ; soit s’appuyer sur une économie contractualisée ; soit commercialiser en direct, soit segmenter au moins une de ses productions.

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