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Grand témoin : Christophe Grison, vice-président de Coop de France

Que va changer pour les coopératives la séparation du conseil et de la vente des phytos proposée dans le cadre de la loi issu des Etats généraux de l’alimentation ? Réponse avec Christophe Grison, vice-président de Coop de France, Métiers du grain.

© AAP


Quelle est la position de Coop de France sur la séparation de la vente et du conseil des produits phytosanitaires ?

Au départ, on était contre la séparation capitalistique de la vente et du conseil. Reste que la tendance de fond est donnée. On n’aura pas le choix. Ce qui est important, et que nous essayons de négocier aujourd’hui, c’est que les coopératives gardent leur capacité à conseiller au plus près l’agriculteur dans sa pratique quotidienne. On l’aide à produire pour un marché dans lequel des cahiers des charges ont été co-construits avec l’agro-alimentaire. Ce que ne connaîtra pas forcément un conseiller indépendant, qui viendra une fois par an sur l’exploitation. Qui mieux donc qu’un conseiller de coopérative ou de négoce pour conseiller un agriculteur dont il connaît la ferme par cœur ? Se pose aussi la question de la compétence de ces conseillers indépedants.
On propose donc une séparation capitalistique du conseil avec un conseil indépendant annuel ou pluriannuel, et un conseil de sécurité sur les problématiques des agriculteurs assuré par les coopératives ou les négoces, faisant suite aux observations lors des tours de plaine. Les coopératives doivent garder une vision globale de l’exploitation. Pour la vente, plusieurs pistes sont à explorer telles que le montage de centrales ou de plateformes à plusieurs. Mais on attend de voir comment va se faire la séparation du conseil et de la vente pour arrêter des choix.

Si, demain, c’est voté, qu’est ce que cela va changer pour les coopératives ?
Tout dépendra du degré de séparation capitalistique des activités. Si la séparation est totale, cela va tout remettre à plat. Pour nos organisations, le coût sera important et l’application de la loi sera très compliquée à mettre en place. D’ailleurs, dans les cabinets des ministères, ils ne savent même pas comment ils pourront appliquer la loi. Dans tous les cas, si la séparation est totale, il y aura automatiquement des suppressions d’emplois tant dans les coopératives que les négoces. Cela fera des dégâts en termes économique et social dans les entreprises. Ce projet de loi est une fausse bonne idée. Comment feront les petits négoces qui n’ont que deux salariés ? Quand les agriculteurs n’auront pas utilisé tous leurs produits qui, demain, les remboursera, comme font aujourd’hui les coopératives ? La séparation de la vente et du conseil des produits phytosanitaires va bouleverser totalement la distribution agricole et ouvrir, sans nul doute, la porte à des dérives. C’est pour cela que nous demandons une séparation capitalistique plus nuancée.
Autre point qui s’est ajouté, l’interdiction des remises, rabais et ristournes. Si nous sommes d’accord pour l’appliquer sur la quantité de produits phytosanitaires vendus, nous ne le sommes pas pour les essais et expérimentations. Nous, nous sommes mandatés pour acheter pour les agriculteurs les produits phytosanitaires le moins cher possible. Si on supprime les remises, les grosses firmes de produits phytosanitaires pourront, demain, fixer leur prix comme elles le veulent.

Les coopératives opteront-elles plus pour la vente ou le conseil ? Quelles sont les tendances que vous avez pu mesurer ?
On n’a pas tranché. Les agriculteurs sont organisés en coopératives, en premier lieu pour le conseil, dont nous ne nous séparerons jamais, car il est constitutif de notre raison d’être. C’est une erreur de séparer les deux, dans tous les cas. Si Olivier de Bohan, vice-président de Coop de France, a dit qu’il choisissait le conseil, des coopératives pourraient faire le choix inverse.

Pensez-vous que cette séparation entre la vente et le conseil entraînera une explosion des plateformes de vente de produits phytos en ligne ?
On risque, en effet, de voir arriver de nouvelles plateformes, et pas seulement françaises. Des dérives sont à craindre sur la vente de produits non homologués en France.  Comment ces nouveaux distributeurs vont-ils assurer la logistique, considérable, pour acheminer des produits fragiles en France ? Comment vont faire les agriculteurs pour retourner les produits non utilisés ? Quid des conseils d’application ?

Quelles conséquences pour les agriculteurs ?
A priori, ils paieront leurs produits plus chers. Il en sera de même pour le coût de la redevance de pollutions diffuses. Le risque auquel ils s’exposent aussi, c’est d’avoir des conseillers qui ne connaissent pas leurs fermes, et dont les conseils ne seront pas forcément meilleurs.

Comment voyez-vous l’avenir ?
En plus de vingt ans, dans mon activité agricole, je n’ai jamais vu des réformes aussi fortes et violentes. On a fait des efforts colossaux dans nos pratiques, mais personne ne s’en rend compte, semble-t-il, au vu des procès d’intention que l’on continue à nous faire. Je suis vraiment inquiet pour l’avenir du monde agricole. Il semble que l’on veut nous changer le modèle agricole français, mais on n’arrive pas à savoir quel modèle ils veulent nous imposer. C’est inquiétant.

Projet de loi

L’article 15 propose de modifier le cadre législatif applicable aux produits phytosanitaires afin de séparer l’activité de conseil et l’activité de vente de ces produits. Cela nécessite de rendre incompatible l’exercice de ces deux activités, dans le respect du droit de l’Union européen, qui fait obligation aux distributeurs de dispenser un conseil à l’utilisation et à la sécurité d’emploi des produits au moment de la vente. Une séparation capitalistique des structures exerçant ces activités sera donc imposée.

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