Culture
Héroïnes, des vies silencieuses d’agricultrices racontées sur scène
Vendredi 17 avril à Fresnoy-au-Val, la compagnie On t’a vu sur la pointe donne une représentation de sa pièce Héroïnes. Joué depuis plusieurs années, ce spectacle met un coup de projecteur sur des travailleuses trop longtemps dans l’ombre : les agricultrices.
Vendredi 17 avril à Fresnoy-au-Val, la compagnie On t’a vu sur la pointe donne une représentation de sa pièce Héroïnes. Joué depuis plusieurs années, ce spectacle met un coup de projecteur sur des travailleuses trop longtemps dans l’ombre : les agricultrices.
En 2017, alors qu’elle était en résidence d’artiste à la maison de retraite de Guémené-Penfao (Loire-Atlantique), la comédienne Anne-Cécile Richard a été touchée par des témoignages de résidentes, anciennes agricultrices. «Elles m’ont raconté avoir travaillé toute leur vie à la ferme, sans aucun statut. Mais elles n’en avaient jamais parlé avant, par pudeur certainement. Elles pensaient que leur histoire n’intéresserait personne.» Avec la complicité du metteur en scène Antoine Malfettes, et de Sébastien Lucas à la régie technique, leur compagnie On t’a vu sur la pointe s’est donc inspirée de ces histoires pour les mettre en lumière. La pièce Héroïnes créée il y a bientôt dix ans et jouée plus de cent-soixante fois, le sera ce vendredi 17 avril à 20h30, à la salle des fêtes de Fresnoy-au-Val. Une première dans la Somme.
La pièce débute comme une conférence sur la place des femmes en agriculture. «Rapidement, la conférencière, issue d’une lignée de femmes qui ont travaillé la terre, dévie sur son histoire personnelle», raconte Anne-Cécile Richard. Elle ajoute : «je suis seule sur scène, avec des portraits photos, des voix réelles de femmes qui témoignent, et un accompagnement technique important… donc pas vraiment seule !» Ces témoignages sont ceux recueillis à l’Ehpad, et ceux d’agricultrices de toutes générations rencontrées dans le Finistère, leur département d’origine. «Nous avons créé une histoire à partir de ces histoires. C’est une fiction qui s’inspire largement du réel.»
Celle-ci rend hommage à celles qui ont trimé sans reconnaissance, mais met aussi le doigt sur les problématiques actuelles. «Même si les avancées sociales ont été énormes en quelques décennies, des agricultrices nous confient que tout n’est pas encore résolu. Certaines tâches, comme la conduite d’engin, sont encore genrées. Une des femmes nous confie être moquée quand elle emprunte un tracteur à la Cuma. Une autre qu’il a fallu que son mari l’accompagne aux rendez-vous professionnels pour monter son projet agricole, pour gagner en crédibilité. Par défaut, on est encore un homme dans le milieu agricole, et les femmes doivent encore faire des efforts pour faire leur place.»
Un spectacle qui fait réagir
À l’issue de l’heure de représentation, un temps de convivialité est planifié. «C’est un spectacle qui fait réagir les gens, et qui leur donne envie d’en discuter. Chacun est concerné par l’agriculture dans son quotidien. On apprécie ce moment d’échanges.» Pour elle, le spectacle permet de «recréer des ponts avec une société qui connaît de moins en moins le milieu agricole». Anne-Cécile Richard espère aussi que la scène «fera des petits» en Picardie. «On adore jouer à la ferme.»
Un long parcours de reconnaissance
Avant les années 1960, les agricultrices étaient totalement invisibles. En 1955, lors du recensement, un million de femmes qui œuvrent à la ferme familiale sont classées «sans profession». Elles sont considérées comme aides familiales, sans statut ni droits sociaux. À la fin des années 1960 naissent les premières revendications, mais il leur faudra attendre les années 1980 pour obtenir une reconnaissance juridique, avec la création du statut de co-exploitante et la possibilité pour une femme d’être cheffe d’exploitation (1982). Ces droits se consolident dans les années 1990–2010 : statut de conjoint collaborateur en 1999, autorisation des Gaec entre époux en 2010. Aujourd’hui, les femmes représentent aujourd’hui environ 25 à 30 % des chefs d’exploitation. Même si elles ont les mêmes droits que les hommes, elles sont nombreuses à estimer que la persistance de rôles genrés rend leur quotidien moins évident.
Informations pratiques
Spectacle vendredi 17 avril à 20h30, à la salle des fêtes de Fresnoy-au-Val (1 place de la ville).
Réservation par mail : culture@cc2so.fr ou par téléphone : 03 22 90 19 65
Ouverture de la billetterie sur place à partir de 20h (dans la limite des places disponibles).
Tarifs billetterie
Plein tarif : 8 €
Carte adhérent : 10 € permettant ensuite d'accéder au tarif réduit.
Tarif réduit : 5 € pour les adhérents, les enfants 3-16 ans, les demandeurs d'emplois, bénéficiaires du RSA et étudiants (sur présentation d'un justificatif), groupes à partir de 8 personnes avec réservation préalable.
Gratuit : moins de 3 ans et bénéficiaires du Pass Jeune CC2SO
Carte adhésion CSE : 20 €
Retrouvez les informations et accès aux billetteries en ligne des spectacles de la saison culturelle 2025-2026 sur la page Agenda CC2SO : https://www.cc2so.fr/event-list