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Ils partent de zéro pour monter une ferme à leur image

Colette Ringeval et Corentin Bleyaeart, fille et fils d’agriculteurs de la Somme, ont choisi de s’installer hors cadre familial pour monter le projet dont ils rêvaient, en agriculture biologique. Ils ont trouvé leur ferme idéale à Thiers-sur-Thève (60). Ils se retroussent désormais les manches pour leur compte.

Quand on a l’opportunité de reprendre la ferme familiale, chercher à s’installer ailleurs peut paraître fou. C’est pourtant ce qu’ont fait Colette Ringeval et Corentin Bleyaeart, deux jeunes déterminer qui viennent tout juste de garer leur tracteur à Thiers-sur-Thève, au sud de Senlis. «Mon père a une exploitation maraîchère bio à Barastre (62) près de Doullens, avec des débouchés pour le marché du frais essentiellement. Les parents de Corentin, eux, sont en polyculture-élevage laitier conventionnel du côté de Poix-de-Picardie. L’installation était possible des deux côtés, mais on voulait pouvoir concrétiser notre projet à nous. On veut être fier de vivre de ce qu’on a construit», confie Colette.

Après plus de trois ans de visite, et après avoir sillonné toute la Picardie et la Seine-Maritime à la recherche de la perle rare, les téméraires s’installent enfin au Bois Bourdon, un ancien site horticole. «La situation géographique, à deux pas de la région parisienne, est idéale.» 11 ha sont désormais à leur disposition, et 4,5 ha supplémentaires doivent se libérer pour eux prochainement. Le travail est cependant colossal. Les arbres ont largement prospéré dans ce site laissé à l’abandon depuis quelques années. «Un gros travail de défrichage est mené.» Abeilles, légumes maraîchers, poules pondeuses, le tout en bio, et chevaux en pension doivent ensuite s’y épanouir. «Nous avons voulu diversifier nos activités pour répartir les risques», assurent-il. 

 

Une association solidaire qui garantit le juste prix

Les débouchés, eux, ont été mûrement réfléchis. «Tous les deux avons travaillé dans des exploitations différentes après notre BTS à l’institut Saint-Éloi de Bapaume (où ils se sont rencontrés, ndlr). On s’est rendu compte que les circuits longs, notamment en bio, n’étaient pas certains. Cette année, on se rend compte qu’on avait vu clair», acquiesce Corentin. Au sein de l’exploitation de son père, Colette avait développé la vente auprès de l’Étal solidaire d’Ivry-sur-Seine, et mise de plus en plus sur ce débouché. Cette association créée en 2016 veut «favoriser l’accès de tous les habitants d’Ivry à des produits de qualité, vendus en circuit court, majoritairement bio ou local.» Les familles plus démunies ont accès à ses paniers grâce au «tarif solidaire», 35 % moins cher que le tarif producteur, rendu possible grâce aux dons. «La juste rémunération du producteur est toujours assurée. Ils organisent aussi des visites de la ferme pour que nous puissions expliquer notre métier, nos contraintes… C’est un fonctionnement qui nous correspond parfaitement.»

Pour l’instant, 1 ha de maraîchage dont deux serres leur permet une petite production, mais le plus gros des légumes provient encore de l’exploitation du Pas-de-Calais, et Colette multiplie les allers-retours. «Notre objectif est de passer à 4 ou 5 ha chez nous.» Le prochain chantier est celui du passage de l’irrigation qui permettra de sécuriser les cultures. Une ou deux personnes devraient être embauchées. «Nous souhaitons aussi ouvrir notre magasin à la ferme en avril 2023.» La création de l’atelier de huit-cents poules pondeuses sera un autre défi. «On a fait une formation, mais ni l’un ni l’autre ne sommes spécialistes de cette production.» Pour Corentin, la période la plus dense démarre dès l’arrivée des beaux jours avec la gestion de ses 250 ruches, qui produisent en moyenne 6 t de miel (cf. encadré). 

 

Des activités stratégiques

«Les légumes, les œufs et le miel, ce sont des produits principaux du panier des ménages. Ces activités sont stratégiques.» Les jeunes agriculteurs font tout leur possible pour répondre au mieux aux demandes des clients, avec de l’achat et revente de produits laitiers, d’épicerie, de viande en caissette, bio et local. «C’est ce qui les fidélise. Ils apprécient qu’on fasse cet effort.» Ils n’hésitent pas non plus à donner certains légumes qu’ils ne pourraient pas vendre car abîmés ou trop petits. «On les aurait de toute façon sur les bras.» Cette générosité leur permet de faire passer des messages plus en douceur. «On peut facilement glisser une carotte fourchue dans un panier. Ou faire comprendre que la douceur automnale n’est pas propice à la pousse des poireaux, alors qu’on nous en réclame depuis presque deux mois.» La relation avec le consommateur est au centre de la démarche. 

 

L’Oise, paradis des abeilles

En déménageant de la Somme au sud de l’Oise, les abeilles de Corentin Bleyaert n’ont pas perdu au change. «Ici, c’est le pays du tilleul», sourit l’apiculteur. Lui a investi dans ses premières ruches pour favoriser la biodiversité de son jardin. Puis il s’est perfectionné lors de stages, et a fini par se passionner pour le métier. Il conduit aujourd’hui 250 ruches pour une production moyenne de 6 t de miel, qu’il extrait dans sa miellerie, encore installée à Lignières-Châtelain (80). Il commercialise aussi environ 200 essaims chaque année. «Depuis quatre ans, la génétique est orientée Buckfast, car ces abeilles sont plus faciles à travailler. Elles sont fécondées naturellement», précise-t-il. 
La moitié des ruches est encore installée dans la Somme, l’autre est proche de sa nouvelle ferme, pile entre la forêt de Chantilly et celle d’Ermenonville. «Cela permet de répartir le risque, et d’obtenir des miels différents.» Le printemps est la période la plus propice dans la Somme. «Du 15 avril au 15 juin, elles trouvent de quoi se nourrir. Mais ensuite, c’est un peu le désert en termes de fleurs…» Alors que ses protégées trouvent de quoi butiner tout l’été dans l’Oise. «Ici, elles peuvent produire 30 kg par ruche l’été, avec des miels de cru comme celui de tilleul, de châtaigner et de ronce, qu’on valorise 1,5 fois le prix.» Lorsque la saison est propice, Corentin tente aussi de produire du miel d’acacia, très recherché. «Je suis alors obligé de transhumer en forêt de Fontainebleau. La floraison est aléatoire, car très sensible. Quand ça fonctionne, c’est exceptionnel, mais le plus souvent, on n’a rien du tout.» La saison dernière, ses abeilles ont rentré 6 kg en une journée, puis plus rien. 
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