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Irrigation : l’eau disponible couvrira-t-elle les besoins ?

Le comité de gestion de la rareté de l’eau et suivi de la sécheresse était réuni ce 7 février pour amorcer la prochaine saison d’irrigation.

© DDTM/SEL/BPE



Quel volume d’eau a été prélevé cette saison ? Combien faudra-t-il prévoir pour la prochaine ? Et quelle sera la quantité disponible ? Telles sont les questions qu’aborde le comité de gestion de la rareté de l’eau et suivi de la sécheresse, qui se réunit au moins une fois par an, sous la responsabilité de la Misen (Mission inter-services de l’eau et de la nature). Le dernier rendez-vous avait lieu jeudi 7 février.
Premier point : dresser un bilan de la situation en 2018. Il s’avère que les précipitations annuelles ont été, en moyenne, partout déficitaires, jusqu’à 20 % de déficit pour les territoires les plus touchés. Malgré un mois d’août parfois au-dessus des normales, en raison d’épisodes orageux, l’été est resté globalement très sec. Dans la continuité, les mois d’automne ont été également fortement déficitaires.
Dans la zone Nord (au-dessus de Paris), la température moyenne en 2018 était la plus forte jamais enregistrée depuis 1900, avec un écart à la normale de 1,4°C. Seuls les mois de février et de mars ont été plus froids que la normale, respectivement de 3 et 1°C. La région a ensuite enregistré plusieurs vagues de chaleur durant l’été, avec des records de températures.

Premières restrictions
2017 et 2018 furent les premières années de mise en œuvre de l’arrêté-cadre du 14 avril 2017. Car, depuis 2011, aucun arrêté sécheresse n’avait été pris. Pendant ces deux années, cent irriguants de la Somme ont subi des mesures de restriction volumétriques, conséquences de la sécheresse estivale. Les vallées de la Bresle, de l’Authie et de la Maye étaient concernées. La Maye a même fait objet d’une alerte renforcée du 19 novembre 2018 au 31 janvier 2019. Cependant, le comité de gestion de la rareté de l’eau et suivi de la sécheresse estime que «la situation hydrologique du département de la Somme est restée privilégiée au regard de la France métropolitaine en 2017 et 2018. Les seuils ont été dépassés tardivement dans la saison».
Les BP (besoins prévisionnels en cultures prioritaires) sont estimés à environ 7 % des 470 000 ha de surface agricole utile du département, ce qui représentait 32 500 ha en 2018. En tête des besoins en eau : la pomme de terre de consommation, qui utilise plus de la moitié des BP. En tout, 61 millions de m3 (Mm3) de BP avaient été demandés, dont 47 millions décidés à l’irriguant et 14 millions pour les tiers. La consommation totale s’est finalement élevée à 34 590 000 m3,
principalement prélevés dans le secteur amont de la Somme (17 700 000 m3). En sept ans, le nombre de forages à augmenté de 9,7 %, passant de 821 forages en 2011 à 901 forages l’année dernière. 15 % d’eau supplémentaire sont prélevés par rapport à 2011.
Cette année, de nouveaux forages devraient être créés, puisque soixante-dix dossiers étaient instruits ou en cours d’instruction en 2018. Au 1er octobre 2018, 72,7 Mm3 étaient autorisés, et ce 1er février, 0,5 Mm3 supplémentaire était attribué.
Reste que la recharge des nappes n’est pas excellente. Pour l’ensemble du département, le cumul partiel s’élève à 296,1 mm, alors que la normale partielle est de 365,8 mm (1981-2010). Au poste de Rouvroy, par exemple, on estime un manque de recharge de 140,6 mm.

De la pluie attendue
Selon Météo France, au cours du trimestre à venir, des conditions plus humides que la normale sont attendues pratiquement sur toute l’Europe, et notamment la France. «En Europe (excepté le sud-est de l’Europe), on s’attend à un épisode plus froid que la normale au mois de février, suivi d’une période incertaine en mars et avril. Des conditions plus sèches que la normale à l’est du bassin méditerranéen», prévoient les spécialistes.
Il n’y a plus qu’à espérer que les précipitions soient assez conséquentes pour recharger les nappes, et qu’un volume suffisant soit ainsi apporté aux irrigants.

Nos nappes sont-elles un puits sans fond ?

Jusqu’ici, les ressources en eau ont toujours été abondantes. Si elles se sont parfois montrées insuffisantes pour couvrir les besoins, ce n’était que localement et temporairement. Et jusqu’ici, les prélèvements en eau et la ressource sont équilibrés. Mais l’avenir ne semble pas si rose. Une analyse de vulnérabilité au manque d’eau, pour le bassin Artois-Picardie, a donc débuté en ce début d’année, menée par l’AEAP et la Dreal. Car «les scénarios liés au changement climatique, soit une diminution possible de 20 % des débits d’étiage et de 6 à 46 % de la recharge des nappes d’ici 2050 est possible», expliquent les organismes.
Les deux premières phases doivent être réalisées cette année : diagnostic et analyse prospective, avec la prise en compte des scénarios climatiques et d’évolutions des usages. Les troisième et quatrième phases devraient être réalisées avant mi-2020 : propositions de solutions de sécurisation de l’alimentation en eau potable et détermination du volume prélevante maximum sur un territoire en tension, avec réalisation d’un guide.

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