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Gestion de l'eau
Irrigation : peut être moins d'eau en 2023, mais de la bonne volonté

Sans être alarmant, le niveau de recharge des nappes phréatiques et le débit des cours d’eau de la Somme interrogent le monde agricole qui veut d’abord mettre
en avant ses bonnes intentions.

Selon les responsables de la Chambre d’agriculture de la Somme, «les irrigants vont devoir intégrer que l’eau disponible  au pompage sera probablement limitée en 2023».
Selon les responsables de la Chambre d’agriculture de la Somme, «les irrigants vont devoir intégrer que l’eau disponible au pompage sera probablement limitée en 2023».
© Nadège Petit

Ce ne sont pas les «petites» pluies des derniers jours qui vont y changer quelque chose d’où la question qui s’est posée mardi 14 mars de la session de la Chambre d’agriculture de la Somme : «va-t-on manquer d’eau ?» Selon Emmanuel Du Tertre, chef de service «environnement», «la situation n’est pas catastrophique» puisque les nappes phréatiques ont actuellement des niveaux «dans la moyenne». En ce qui concerne le niveau des cours d’eau, en revanche, «c’est un peu plus rouge…» Dans un scénario du pire, plusieurs secteurs géographiques à l’image de la Somme amont, de la Bresle, de l’Ancre, de l’Avre et de la Maye, pourraient être placés en état «alerte» ou «alerte renforcée» dès ces mois d’avril-mai au regard de l’état des nappes. En ce qui concerne le niveau des cours d’eau, selon un scénario avec «peu de pluie», Ancre et Avre sont déjà en état d'«alerte» tandis que les territoires de l’Avre et de la Bresle pourraient l’être à partir de mai. 

Fixer des priorités

D’une manière générale, «l’inquiétude monte sur les conséquences du déficit de pluviométrie durant l’hiver 2022-2023 et cela fait planer un doute sur la campagne d’irrigation qui va s’ouvrir d’ici deux ans», a souligné Françoise Crété, la présidente de la Chambre d’agriculture de la Somme. Sans être alarmiste, elle a toutefois rappelé que «les irrigants vont devoir intégrer que l’eau disponible au pompage sera probablement limitée en 2023», et qu’à ce titre, «il faudra que chacun se fixe des priorités en termes de cultures à irriguer et de pilotage des apports». Pour Françoise Crété, «sans céder à la panique (…), il faut anticiper d’éventuelles restriction et montrer que nous savons être économes, en visant une efficience maximum». Le nombre de nouveaux forages ne cesse quant à lui d’augmenter à un rythme de 30 à 40 par an. Afin de ne pas être «mal pris» en 2023, il y aura sans doute «des choix à faire». Compte tenu d’un risque sur le débit de certains cours d’eau, et donc de la prise d’arrêtés sécheresse «potentiels», «il faudra réserver les volumes d’eau aux cultures prioritaires», a souligné pour sa part Emmanuel Du Tertre. Et dans le même temps, «gérer l’eau avec parcimonie dans la mesure du possible».

 

Merci la gestion volumétrique

En ce qui concerne l’irrigation en 2022 dans le département de la Somme, on peut dire merci au système de gestion volumétrique de l’eau en vigueur, alors qu’il sera seulement appliqué en 2024 au Nord-Pas-de-Calais : «Si l’an dernier (2022), nous avions été en gestion horaire, la campagne d’irrigation n’aurait pas été pareille…», a rappelé Laurent Degenne. Critique vis-à-vis de la gestion horaire, il assure que celle-ci «n’aurait pas eu d’effet sur le milieu. Si nous avons pu irriguer en 2022, y compris dans des secteurs comme l’Avre, c’est grâce à la gestion volumétrique. Jusqu’à présent, on ne peut pas dire que des agriculteurs ont vraiment souffert du manque d’irrigation, mais on n’a pas le droit de jouer avec le feu». Pour le président de la Chambre d’agriculture des Hauts-de-France et de la FRSEA Hauts-de-France, pas de quoi pavoiser, donc : «On a encore beaucoup de choses à apprendre. En parallèle aux méthodes d’irrigation qui évoluent, on doit par exemple tenir de l’évapotranspiration des plantes qui augmente. On doit aussi travailler sur l’efficience de l’eau, la sobriété des usages, la capacité des sols à retenir l’eau, la création de réserves…» 

 

Travail sur des modèles résilients

Pour le préfet de la Somme, Étienne Stoskopf, «la priorité est de sensibiliser le grand public sans l’inquiéter. Si on arrive à faire avec l’eau comme ce qui a été fait pour l’électricité, on devrait pouvoir passer à côté de restrictions.» «On est à un moment charnière. Il serait prématuré de remettre en cause tout ce qui a été fait jusqu’à présent, même si le contexte est tendu», a encore affirmé le représentant de l’État. De fait, l’engagement de la profession agricole à «continuer le travail de recherche sur des modèles plus résilients», dixit Laurent Degenne, n’a pu être qu’apprécié par le préfet lors de cette rencontre.

Zones humides et stockage de l’eau : «il y a quelque chose à faire», selon Christophe Buisset

Agriculteur à Aveluy, maire de sa commune et vice-président de la Chambre d’agriculture de la Somme, Christophe Buisset s’est étonné le 14 mars de «la facilité avec laquelle on envoie les eaux pluviales à la mer alors qu’on pourrait les stocker…» Prenant sa casquette d’élu local, il regrette qu’un certain nombre de zones humides «qui peuvent servir d’éponge et de zones-tampons» aient été «abandonnées dans leur entretien par la puissance publique». «Je me demande s’il n’y a pas un travail de fond à engager sur ces zones humides de manière à les utiliser comme outils de stockage de l’eau.» Pour Christophe Buisset, cela aurait plusieurs avantages : «On aurait alors des sortes de réservoirs naturels et un stock d’eau profitable aux habitants d’un territoire, à l’agriculture, à de nouvelles activités…» Même les chasseurs, qui revendiquent un rôle majeur dans l’entretien des zones humides et sont parfois confrontés à des restrictions d’eau dans leurs zones de chasse, y verraient un avantage. Une affaire à suivre.
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