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Diversification
La cameline en interculture d’été, nouveau débouché

Ce 24 mai, Terres Inovia faisait visiter ses plateformes d’expérimentation. L’une d’elles est dédiée à la culture de la cameline. Saipol, spécialisée dans la transformation des graines oléagineuses, mise sur cette plante cultivée en interculture d’été pour étoffer son offre en énergie.

Guillaume de la Forest (Saipol) : «Nous créons une nouvelle filière de biocarburant dont la matière première est issue de l’interculture d’été. La caméline est la candidate idéale.»
© A. P.

Semer juste après la moisson, et récolter trois mois plus tard, pour ne pas prendre la place d’une autre culture. C’est tout l’enjeu de la filière cameline que développe Saipol, filiale du Groupe Avril spécialisée dans la transformation des graines oléagineuses. Une des parcelles d’expérimentation est menée par l’institut technique Terres Inovia, à Estrées-Mons, qui invitait à une visite ce 24 mai.
«Nous sommes en train de créer une filière biocarburant pour le secteur de l’aviation. Il s’avère que la cameline cultivée en interculture d’été – c’est-à-dire qui n’entrera pas en concurrence avec une culture principale à destination de l’alimentation humaine – sera éligible», explique Guillaume de La Forest, responsable du projet cameline chez Saipol. La loi pousse dans ce sens. À horizon 2030, le taux d’incorporation des énergies renouvelables, toutes origines confondues, devra atteindre 14 % en Europe, dont un minimum de 3,5 % avec les biocarburants avancés, c’est-à-dire ceux mobilisant une biomasse non-alimentaire. La France a d’ores déjà décidé de rehausser le taux d’incorporation de cette nouvelle ressource énergétique, qui devra atteindre 5 % en 2030.

Un prix indexé sur celui du colza


Saipol a lancé son projet en 2018 afin de valider l’insertion de la culture dans la rotation. L’étape suivante est celle de la viabilité de la filière, mais l’entreprise s’engage déjà à acheter les lots. «Nous offrons un prix minimum garanti indexé sur le prix du colza. Cette année, comptez entre 500 et 600 €/t.» Des partenariats existent avec des coopératives pour cela. Dans la Somme, Noriap expérimente cette filière. «Nous attendons d’avoir plus de recul sur la culture pour la lancer réellement», explique-t-elle.
Terres Inovia veut justement créer des références sur la conduite de cette plante, cousine du lin. L’institut teste en ce moment le semis en association avec du trèfle, sans herbicide. Une pratique éligible au paiement SIE de la Pac, qui permettrait d’élargir le potentiel de surface à semer en France. L’interculture d’été sera aussi testée. Pour cela, la variété Vera présente l’avantage d’un cycle de développement court, sur trois mois. «Elle doit être semée 24 à 48 h derrière une culture récoltée assez tôt, comme l’orge d’hiver, les pois protéagineux, les pois de conserve ou le blé, le 10 juillet au plus tard, pour être récoltée le 15 octobre maximum.» Le champ est donc libre pour les semis de céréales.

Des atouts agroécologiques


Les essais précédents ont démontré un potentiel de rendement moyen de 10 qx/ha. Dans de bonnes conditions, certaines parcelles sont montées à 17 qx/ha. «Ces rendements peuvent paraître faibles mais sont à rapprocher des coûts de production très bas, proches d’un couvert végétal. Les deux principaux postes de charges concernent le semis (50 €/ha), la récolte et la fertilisation. La plante a un besoin de 40 à 50 U d’azote si elle est semée derrière une céréale», précise Guillaume de la Forest. Le semis est réalisé à 2 ou 3 cm de profondeur maximum, idéalement en semis direct, sinon après un déchaumage superficiel, sur un sol propre, à 8 kg/ha.
Agroécologiquement parlant, la crucifère a de quoi séduire. Son Indice de fréquence de traitement (IFT) est de zéro : résistante aux maladies, la cameline ne demande pas non plus de passage d’insecticide. «Les altises de l’aiment pas», assure Patrick Devaux, responsable station expérimentale de Terres Inovia. En levant très rapidement, la plante étouffe les adventices et se mène sans désherbage. Riche en nectar et pollen, elle est une nourriture pour les pollinisateurs, à une période où l’offre en fleurs décline. Enfin, ce piège à nitrates est doté d’un son système racinaire pivotant, restructurant pour le sol.

 

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