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La commune d'Hangest-sur-Somme se chauffe au miscanthus

Une commune de la Somme pionnière dans le chauffage collectif au miscanthus.

© AAP


En 2007, Philippe Colin, agriculteur à Hangest-sur-Somme, s'est lancé dans la production de miscanthus. Il a d'ailleurs converti progressivement la totalité de son exploitation à cette culture, avec le concours de la société Novabiom (*). Il valorise depuis le miscanthus sous forme de paillage horticole pour des collectivités de la région, de litière pour chevaux, mais aussi en tant qu'aliment pour les bovins. Le débouché énergétique était resté jusque là très limité puisqu'il se limite au chauffage de l'habitation et des bureaux de l'agriculteur. Jusqu'à ce que le maire d'Hangest-sur-Somme, Gérard Bailleul, réalise qu'il existe sur place une ressource énergétique renouvelable qui pourrait être utilisée pour le chauffage collectif de sa commune qui compte environ 700 habitants.

4 ha de miscanthus
"J'ai pris contact avec Philippe Colin, nous avons visité des installations, et on s'est lancé", explique-t-il. Remplacer le fuel par du miscanthus était d'autant plus intéressant et réalisable que le problème logistique, principal obstacle en la matière, ne se posait pas. La distance d'approvisionnement étant très courte. Nous avons fait le choix d'implanter, avec le concours de Philippe Colin, 4 hectares de miscanthus sur des terres que possède la commune à moins de deux kilomètres. De ce fait nous serons complètement autonomes pour la ressource énergétique". Cette surface suffit pour fournir les 60 tonnes de matière sèche (**) nécessaires au remplacement des 20 000 litres de fuel utilisés annuellement pour les besoins en chauffage collectif de la commune.
Le projet s'est donc concrétisé. La commune s'est équipée d'une chaudière de 100 kw, de marque Heizomat, un constructeur et concepteur bavarois de chaudières utilisant du bois et d'autres combustibles issus de la biomasse, en particulier le miscanthus. L'approvisionnement à partir du silo est automatique. "Ce type de chaudière bénéficie d'une technologie avancée qui réduit à 50 mmg/m3 les rejets de poussière ce qui est bien en-deçà de la norme en la matière. Et elle possède un système qui permet d'évacuer les mâchefers", indique Nicolas Willerval, directeur de Saelen Energie, la société qui commercialise en France les chaudières Heizomat.

Plus de 16 000 euros d'économie par an
L'investissement, toute l'installation comprise, s'est élevé à 130 000 euros TTC. Il a bénéficié de subventions du Conseil général, de l'Adème et de la Région.
Installée dans le sous-sol de la mairie, cette chaudière a démarré en avril 2013. Brûlant exclusivement du miscanthus, elle assure le chauffage de la mairie, des salles de classe, de la cantine et de la salle des anciens sur environ 1000 m2. C'est Philippe Colin qui se charge d'approvisionner une fois par mois, avec son propre matériel, le silo de 90 m3 construit à proximité de la chaudière. C'est lui également qui vide le cendrier et surveille le bon fonctionnement de l'installation.
L'opération s'avère très profitable pour les finances de la commune. Le budget annuel en fuel atteignait les 20 000 euros, avec le miscanthus il se réduit à 3710 eu­ros. Soit une économie de 16 290 euros par an.

Développement local
"Le miscanthus a comme inconvénient sa faible densité. Mais c'est aussi son avantage car on va chercher à l'utiliser le plus possible localement, souligne Philippe Colin. C'est une source de diversification pour des agriculteurs et cela rapproche le monde agricole de son environnement immédiat". La réalisation d'Hangest-sur-Somme est en tout cas un très bon exemple de projet de développement local exemplaire. Il devrait faire des émules. "Nous sommes pionniers, rappelle Gérard Bailleul. Mais nous avons déjà des demandes de maires de notre communauté de communes, ils veulent voir".

(*) La société Novabiom a été créée par des agriculteurs de la région Centre en 2006 pour développer la culture du miscanthus en France. Elle produit des plants, fait du négoce et apporte ses conseils aux agriculteurs qui voudraient se lancer dans cette production. Il s'agit pour ses responsables de soutenir des projets ancrés sur un territoire : produire de la biomasse sur place au lieu de la faire venir de loin.

(**) Le miscanthus produit entre 12 et 15 tonnes de matière sèche par hectare et par an pendant vingt ans. Il est plus énergétique que le bois. Un hectare produit autant d'énergie que 6 000 litres de fuel.

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