Céréales
La guerre en Ukraine inquiète et contrarie les fondamentaux
Des vents contraires soufflent sur les marchés du blé et du maïs abondamment approvisionnés. L’intensité des combats en Ukraine inquiète et, en même temps, les échanges commerciaux ne décollent pas.
Des vents contraires soufflent sur les marchés du blé et du maïs abondamment approvisionnés. L’intensité des combats en Ukraine inquiète et, en même temps, les échanges commerciaux ne décollent pas.
Depuis l’automne dernier, le ministère américain de l’Agriculture (USDA) ne cesse de réviser à la hausse les productions prévisionnelles de céréales des grands pays producteurs exportateurs. Ces ajustements n’auraient aucun impact sur leurs échanges commerciaux, plafonnés à leurs niveaux estimés les mois passés, mais ils modifient la hiérarchie des prix. Fin décembre 2025, l’engorgement accru du marché du blé a fait dévisser son prix de 20 € ! Quand la tonne d’orge et de maïs valait environ 185 € sur les marchés de Rouen et de Bordeaux, le blé tendre cotait 165 € !
Comme la situation en Ukraine s’est compliquée, les cours du blé jouent au yoyo, sursautant d’une vingtaine d’euros après chaque nouvelle salve de missiles lancés sur les ports d’Odessa, avant de revenir à leur niveau antérieur. Si bien que le 15 janvier dernier, la tonne de blé valait 185 € avant de perdre à nouveau du terrain à l’heure où ces lignes sont écrites. Ces derniers jours, les cours du maïs ont aussi augmenté à Bordeaux en réaction aux soubresauts observés à Odessa où les ports, en plus d’être bombardés, sont toujours confrontés à des problèmes d’acheminement des grains par camions. Au cours du mois de janvier, l’USDA a réévalué la production mondiale prévisionnelle de maïs de
13,2 Mt. Cette hausse s’ajoute à celle de décembre dernier et à celles des mois précédents. En conséquence, 1 296 Mt de maïs seraient engrangées en 2025-2026 (+65 Mt sur un an). Pour autant, la production est à peine équilibrée. La consommation mondiale de maïs progresserait de 48 Mt et les échanges commerciaux (197 Mt) retrouveraient peu ou prou leurs niveaux de 2023-2024. Mais sur les 13,2 Mt réparties à parts égales entre la Chine (6,2 Mt) et les États-Unis (+6,7 Mt), seuls les millions de tonnes de grains étasuniens sont disponibles sur le marché.
La moitié de la production stockée
Le scénario est similaire sur le marché mondial du blé mais lui est excédentaire. La nouvelle réévaluation de 5,5 Mt (+3,5 Mt en Argentine en pleine moisson et +2 Mt en Russie) opérée par l’USDA hisserait la production mondiale de blé à un nouveau record (842 Mt). En une campagne, 41 Mt de grains auront ainsi été engrangées dont 23 Mt en Union européenne. Un sixième du blé produit dans le monde est européen (134 Mt). Mais les échanges mondiaux estimés à 220 Mt au mois de décembre, plafonneraient à leur niveau estimé les mois passés. Certes, ils sont supérieurs de +15 Mt à la campagne 2024-2025, mais ils demeurent inférieurs à 2023-2024 alors que moins de blé avait alors été engrangé (804 Mt). Mais l’UE pourrait ne pas atteindre son objectif de campagne à l’export (31 Mt). Seules 13,7 Mt de blé ont été vendues à des pays tiers, soit un tiers des objectifs de la campagne. Cette léthargie commerciale étendue à l’ensemble de la planète explique une partie de l’augmentation des stocks de report de fin de campagne (278 Mt ; +19 Mt). Autrement dit, près de la moitié du blé produit en plus dans le monde durant la campagne sera stockée. Pour autant, ces stocks mondiaux s’inscrivent dans la moyenne des campagnes précédentes. Après une campagne catastrophique, l’UE ne parviendrait pas à redresser les siens. À la fin du mois de juin prochain, ils n’excéderaient pas 9 % de sa consommation versus 15 % les deux campagnes précédentes.
En attendant, la faiblesse du prix du blé rend sa culture moins attractive. En Russie, la superficie emblavée d’ici le printemps prochain (26,8 millions d’hectares) serait inférieure de 9,7 % à celle de 2024, selon Sovecon.ru. Aussi, la production potentielle de blé est d’ores et déjà nettement inférieure à l’actuelle (89,5 Mt), qui repose en grande partie sur des rendements records. Mais comme en France, la céréale est la moins chère à cultiver, les producteurs la privilégient aux détriments d’autres cultures. Seules les exportations européennes d’orges pavoisent (6,7 Mt ; +2,8 Mt sur un an). Mais sa production mondiale menace d’être structurellement déficitaire.