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Grandes cultures
« La guerre en Ukraine remet en cause toutes nos certitudes », s'alarment les céréaliers

L’Association générale des producteurs de blé (AGPB) organisait sa réunion régionale annuelle jeudi dernier à Nesle (80), fortement marquée par l’actualité qui pèse sur tous les dossiers.

Éric Thirouin, Laurent Degenne, Philippe Heuzèle et Luc Vermerch.
Éric Thirouin, Laurent Degenne, Philippe Heuzèle et Luc Vermerch.
© D. R.

Éric Thirouin, le président de l’AGPB, le résume ainsi : «tous les dossiers en cours, toutes nos certitudes sur les évolutions sont remis en cause par cette guerre qui pèse sur les marchés et sur notre avenir». Il tenait néanmoins à brosser les dossiers en cours avant de livrer les dernières infos sur le conflit. D’abord la Pac 2023, avec un succès syndical puisque la baisse des aides du premier pilier est relativement limitée. Néanmoins, les écorégimes sont un véritable enjeu pour les céréaliers qui pourraient voir leurs aides baisser de 30 % s’ils n’y souscrivent pas. En 2027, les aides moyennes pourraient atteindre 219 €/ha si toutes les cases sont cochées, mais seulement 166 €/ha sans les éco-régimes, «une véritable catastrophe. Pour y prétendre en 2023, il faudra faire le bon assolement en août 2022, cela va venir très vite», prévient le président. 

L’AGPB travaille sur la certification HVE qui sera un des moyens d’accéder aux éco-régimes. Elle imagine, au-dessus du niveau standard facile à atteindre, une certification CE 2+ avec le respect de cinq obligations : plus de biodiversité, moins de phytos, une fertilisation et une irrigation optimisées et de la sobriété, c’est-à-dire l’usage d’outils d’aides à la décision et le recyclage des déchets de l’exploitation (Adivalor). 

L’AGPB s’inquiète également du PSN (plan stratégique national) de la France pas tout à fait acté et du Green deal dont les conséquences sont à craindre : baisse de la production, du revenu des agriculteurs, plus forte dépendance aux importations. «Avec la guerre en Ukraine qui va entraîner une baisse importante de la production en zone mer Noire, est-ce vraiment le moment de réfléchir à baisser la production en Europe ?», s’interroge Éric Thirouin.

Des avancées

Le ministère de l’Environnement travaille à soumettre à régime déclaratif ICPE (installations classés au titre de la protection de l’environnement) les stockages à la ferme de plus de 150 t d’engrais azotés. Actuellement, le seuil est de 250 t en vrac et 500 t en big bags. Avec 150 t, cela obligerait de nombreux agriculteurs à prévoir des aménagements coûteux, par exemple autour de 120 000 € pour la prévention des incendies. «Alors que nous travaillons avec le ministère de l’Agriculture à l’amélioration de la logistique en cette période de prix des engrais à la hausse, est-il opportun de mettre en place ces nouvelles contraintes ?»

Heureusement, sur le dossier de l’assurance-récolte, dans un texte adossé à une loi de programmation budgétaire, les sénateurs ont acté un seuil de déclenchement à 20 % avec une prise en charge à 70 %. «Reste à travailler avec les assureurs pour déterminer le niveau de cotisation, mais les agriculteurs seront mieux couverts», se réjouit le président.

En ce qui concerne les ZNT, les chartes riverains concerneront non seulement les lieu d’habitation, mais aussi les lieux de travail. Fort heureusement, la distance devrait être fixée à 10 m et l’exploitant devra garder son gyrophare pendant la durée du traitement. De même, «c’est le moment de montrer qu’Egalim 2 fonctionne : les éleveurs doivent pouvoir répercuter leurs charges qui augmentent sur leurs prix de vente», assure le responsable.

Incertitudes

Mais tout semble remis en cause depuis l’agression de l’Ukraine par la Russie. Éric Thirouin rappelle que ces deux pays sont le premier exportateur mondial de blé. 30 % des échanges mondiaux passent par les ports de la mer Noire qui sont aujourd’hui totalement inopérants. La Russie a besoin de ces ports pour exporteur, mais l’Ukraine semble résister. «Le commerce des céréales sur cette zone est sans doute perturbé pour de nombreuses années», se désole le président qui rappelle l’ampleur de la crise humanitaire. Tous les pays clients des blés mer Noire se retrouvent sans fournisseurs. «Avec un prix de 400 /t, beaucoup de pays, notamment africains, ne vont pas avoir les moyens d’acheter et on peut craindre le retour de la famine et des tensions sociales car les céréales sont la base de l’alimentation humaine, ne l’oublions pas», s’inquiète Éric Thirouin.

Le gouvernement travaille à un plan de résilience et, parce qu’il semble avoir pris conscience de la nécessité d’assurer la souveraineté alimentaire, l’AGPB se réjouit que les organisations agricoles soient conviées à la réflexion. 

Enfin, un dernier mot pour la méthanisation. «La France ne dépend qu’à 17 % de ses besoins du gaz russe. Si nous voulons nous en affranchir, c’est possible grâce à la méthanisation. Les maires, qui voient les oppositions locales se développer, commencent à le comprendre.»

Comme quoi toutes les certitudes peuvent voler en éclats dans un contexte aussi tendu.

 

Créer plus de valeur pour l’agriculture et le territoire

Animée par Stéphanie Doligez, directrice de la FRSEA Hauts-de-France, une table ronde réunissait Laurent Degenne, son président, Éric Thirouin, Marc Braidy, vice-président de la Coopération Hauts-de-France, et Philippe Vincent, directeur filière chez Soufflet, autour du thème «comment créer de la valeur pour les exploitations agricoles et le territoire dans un contexte de transition écologique et énergétique ?». En préambule, Laurent Degenne insistait sur le contexte pédo-climatique extrêmement favorable de l’agriculture des Hauts-de-France : avec des sols riches et facilement cultivables, un climat tempéré, des réserves d’eau et une diversité dans les assolements, la région monte sur le podium de nombreuses productions et a su développer un tissu agro-industriel autour. Restent un forte distorsion de concurrence avec les voisins Belges et une faible adhésion au second pilier de la Pac qu’il faudra encourager pour garder une agriculture écologiquement performante.
Marc Braidy rebondit sur cette idée en imaginant que demain, la valeur se créera autour du carbone. «On est au début de quelque chose de marquant pour notre façon de travailler, un véritable tournant. Nous devons construire nos réflexions autour du carbone, crédits carbone et bilan de l’impact CO2
Pour créer de la valeur, il faut des hommes et des femmes qui développent des projets et c’est la première condition, selon Éric Thirouin. Et puis il faut produire pour un marché, un client et chaque produit a autant de destinées différentes qu’il y a d’acheteurs. «Pour répondre aux marchés, l’AGPB propose un socle de base, le CRC, c’est-à-dire l’agriculture raisonnée qui doit devenir la base. Se mettent en place des filières plus exigeantes en termes de cahier de charges pour l’agriculteur, mais qui doivent être plus rémunératrices, même si elles s’accompagnent souvent d’une contrainte administrative. La valeur, c’est d’abord le producteur qui la crée». 
Le président de l’AGPB se réjouit de la création de France Carbone Agri, plateforme unique qui centralise les intervenants dans ce domaine. «Elle permettra d’écarter les intermédiaires pas toujours sérieux, de lutter contre les doublons grâce à la traçabilité et aux contrôles avec une certification label bas-carbone. Cela va moraliser le marché et donner de la valeur aux agriculteurs pour améliorer leurs pratiques, à la fois par le stockage du carbone et la diminution des émissions de gaz à effet de serre.»
Philippe Vincent croit également que la rémunération carbone deviendra aussi une source de valeur ajoutée pour l’agriculture. «D’abord, avec les productions sous label bas-carbone et, ensuite, grâce au bilan carbone effectué au sein des exploitations qui permettront de dégager des crédits carbone.» Dès 2022, le groupe Soufflet mesurera sur des exploitations l’empreinte des filières blés responsables (couverts, travail du sol). 
De même, les industriels de l’agroalimentaire sont soumis à bilan carbone, ce qui les incite à acheter des produits agricoles plus vertueux comme le colza bas GES, qui représente déjà 35 % de la collecte Soufflet et bénéficie d’un bonus de 20 €/t.
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