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La HVE, un sujet qui gagne du terrain

Redoutée par certains parce qu’elle est synonyme de contraintes supplémentaires, la certification haute valeur environnementale (HVE) des exploitations agricoles est perçue par d’autres comme un moyen de témoigner de la mise en œuvre de pratiques plus vertueuses, ou encore comme un outil pour améliorer la valorisation de ses productions.

© AAP




En ce début d’année 2020, en moins d’une quinzaine de jours, la certification haute valeur environnementale (HVE) des exploitations s’est invitée dans la plupart des réunions organisées dans les Hauts-de-France. Qu’ils soient centres de gestion, entreprises privées de négoce ou coopératives, chacun fait de la certification HVE l’un de ses axes de développement pour les prochaines années. Ne pas s’y intéresser deviendrait même suspect. À la mode, dans l’ère du temps, le sujet n’en reste pas moins complexe. Pour trouver des réponses sur le volet technique de la certification HVE, on est allé chercher du côté du Cerfrance Picardie Nord de Seine ; lequel organisait des réunions de présentation de la démarche il y a quelques jours au sein de plusieurs de ses agences.

Un contexte commercial pressant
En guise de préambule, on rappelle que la certification HVE est une démarche plutôt ancienne puisqu’il s’agit d’une proposition issue du Grenelle de l’environnement de 2007. Aboutie en 2011, elle encourage les exploitations à se fédérer autour d’une démarche volontaire de progrès environnemental. Après quelques années de recul, on ne peut pas vraiment dire que la démarche ait recueilli un franc succès... «Seule la viticulture s’est emparée du HVE et en a tiré partie, rapporte Delphine Breban, conseillère environnement au Cerfrance Picardie Nord de Seine. Cela a été une manière pour les viticulteurs qui n’étaient pas en bio de se démarquer. Leur communication s’est axée sur la réduction des produits phytosanitaires, de la biodiversité et de la conservation du sol.» Si ailleurs la HVE n’a pas pris, on peut penser que c’est en partie en raison du caractère volontaire, mais les choses pourraient changer sous l’impulsion de quelques filières - qu’elles soient animales ou végétales, nationales ou locales - et d’une demande des consommateurs plus pressante pour des productions plus durables. Conseiller de gestion au Cerfrance Picardie Nord de Seine, Elie Fernandez estime pour sa part que le contexte actuel est «propice» à la HVE : «Il y a encore cinq ans, le consommateur achetait ce que les grandes surfaces lui proposaient. Aujourd’hui, ce consommateur a des demandes et il le fait savoir, ce qui engendre un effet domino. Dans le même temps, la HVE a pris une valeur supplémentaire.» Portée par les pouvoirs publics, la certification HVE est désormais inscrite dans la loi Egalim et fixe des objectifs précis à atteindre. Plusieurs enseignes de la grande distribution affichent déjà dans leurs rayons leur engagement à proposer des produits alimentaires issus d’exploitations certifiées.

La HVE, comment ça marche ?
La certification environnementale se décline en trois niveaux (1,2,3), du plus faible au plus exigeant. Bonne nouvelle pour une grande majorité des agriculteurs français : le fait de répondre aux critères de conditionnalité de la Pac donne accès automatiquement au niveau 1 de la certification. «La limite de ce niveau est toutefois de ne pas pouvoir communiquer sur le fait qu’on l’a obtenu», explique Elie Fernandez. Le niveau 2 de la certification s’acquiert en répondant à 16 points de réglementation, répartis en quatre domaines : identifier et protéger les zones les plus importantes pour le maintien de la biodiversité ; adapter l’utilisation des produits phytosanitaires ; raisonner au plus juste les apports ; pour les irrigants, raisonner les apports en eau aux cultures, en fonction de l’état hydrique du sol et des besoins de la plante. La certification HVE de niveau 2 concernerait aujourd’hui 17 500 exploitations en France. Dans la Somme, on en compte 54 tandis qu’elles sont au nombre de 139 dans l’Oise et 114 dans l’Aisne.

Atteindre le niveau 3
Pour atteindre le niveau 3, les choses se corsent. C’est ce qui explique qu’on ne comptait au 1er juillet 2019 que 2 272 exploitations certifiées à ce niveau en France au 1er juillet 2019.
La Somme en compte actuellement 4, tandis que les départements de l’Oise et de l’Aisne en comptent respectivement 4 et 44. Deux voies (A-B) sont possibles pour l’obtenir. La première, dite voie A, s’appuie sur des critères de biodiversité, la stratégie phytosanitaire employée, la gestion de la fertilisation et l’irrigation tandis que la voie B repose sur un critère de biodiversité et le rapport entre l’utilisation des intrants et le chiffre d’affaires de l’exploitation. D’avis d’experts, et bien que la voie B semble la plus accessible, ceux-ci auraient tendance à orienter les agriculteurs souhaitant obtenir la certification HVE vers la voie A à condition d’accepter la remise en cause du système d’exploitation jusqu’à présent suivi. Outre un changement profond dans ses pratiques, obtenir un niveau 3 de certification HVE permet à l’exploitation de l’afficher, et d’utiliser le logo dédié. Une fois les critères satisfaits, la certification est délivrée pour une période de trois ans. La première étape consiste à identifier le niveau de certification actuel avec l’appui d’un organisme certificateur. Viendra ensuite la remise de l’attestation de certificatin de niveau 2 lorsque celle-ci est atteinte, puis la réalisation d’un audit pour préparer la transition nécessaire à l’obtention du niveau 3. Toutes ces démarches ont de toute évidence un coût qu’il est possible de diminuer en participant à une démarche de certification collective.

Quels intérêts rechercher ?
Pour les conseillers du Cerfrance Picardie Nord de Seine en charge de l’accompagnement des exploitations candidates à la certification HVE 3, s’y engager est «un pari sur l’avenir». Et ces derniers de détailler un certain nombre d’arguments en faveur de la démarche : «Pour l’agriculteur, c’est un instrument de communication qui favorise en même temps le développement économique de l’entreprise», affirme Delphine Breban. «La légitimité du label est reconnue par les consommateurs et les distributeurs, ce qui peut ouvrir de nouveaux marchés», ajoute Elie Fernandez. Pour les filières, dont certaines poussent à la roue pour un développement de la certification HVE 3, «c’est une manière de conserver des parts de marché par rapport au développement du bio, mais aussi d’imposer des produits français et de rémunérer un peu mieux les produits de qualité», défend Elie Fernandez. Enfin, pour des filières plus longues - on pense notamment aux céréales -, c’est encore la possibilité de rendre plus lisible des cahiers des charges et impulser une différenciation française. «Pour le moment, il est vrai que la certification demande un investissement de la part des agriculteurs, mais il y a de gros espoirs pour que cela apporte davantage de valeur ajoutée à leurs productions», prédit Delphine Breban.



Les trois niveaux de certification HVE

Niveau 1 : respect des exigences environnementales de la conditionnalité et réalisation par l’agriculteur d’une évaluation de l’exploitation au regard du référentiel du niveau 2 ou des indicateurs du niveau 3
Niveau 2 : respect d’un référentiel comportant 16 exigences, efficientes pour l’environnement
Niveau 3 : qualifié de «haute valeur environnementale», est fondé sur des indicateurs de résultats relatifs à la biodiversité, la stratégie phytosanitaire, la gestion de la fertilisation et de l’irrigation

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