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La luzerne, ingrédient miracle dans la ration des vaches ?

Après un zoom sur la production de la luzerne la semaine dernière, ACE (Avenir conseil élevage) préconise ses conseils pour valoriser la luzerne dans la ration des vaches laitières. Ce fourrage s’avère très intéressant. 

L’apport de luzerne dans la ration permet un réel gain d’autonomie alimentaire.
L’apport de luzerne dans la ration permet un réel gain d’autonomie alimentaire.
© Réussir lait

«Donner de la luzerne à ses vaches, c’est faire une grosse économie de médicaments ensuite», résume Vincent Leconte, conseiller chez Avenir conseil élevage. La légumineuse est une mine de protéines, riche en vitamines, acides aminés essentiels, source d’Omega 3 et ses fibres favorisent la rumination. Quelques conditions tout de même pour qu’elle exprime pleinement ses bienfaits sur la santé des animaux : elle doit être de qualité (plus de 0,75 UFL, 1 UEL et 120 à 125 PDIN) et s’intégrer dans une ration équilibrée. 

La luzerne peut être récoltée de plusieurs manières, en ensilage, en enrubannage ou en foin, selon la stratégie fourragère, le matériel disponible et la météo. «L’ensilage permet de profiter d’une valeur nutritionnelle optimale. Il est souvent pratiqué en première coupe quant la météo est peu favorable au foin», précise Teddy Rioufreyt, ingénieur chez le semencier Cérience. La conservation, cependant, est délicate et son pouvoir tampon élevé est un frein à l’acidification (la richesse en protéines et en calcium ralentit l’abaissement du pH). «Il faut donc privilégier une récolte à un stade jeune, réaliser un préfanage rapide pour un taux de MS (matière sèche) d’au moins 30 %, couper en brins courts de 3 à 5 cm pour favoriser la libération des sucres et tasser fortement le silo.»

Quelle récolte ?

L’enrubannage est la technique simple et sûre, bien que le coût soit plus élevé. «Il permet d’avancer la date de récolte de la première coupe pour une meilleure valeur alimentaire et une meilleure repousse», note Teddy Rioufreyt. Il faut alors viser un taux de MS de 50 à 60 % avant d’enrubanner, couper en brins courts, puis presser les balles entre 170 et 190 kg/m3 de densité et bien filmer pour limiter la quantité d’oxygène. Le foin est plutôt réalisé en deuxième et troisième coupe, et nécessite quatre à six jours de séchage au champ, pour un taux de MS idéal de 85 %. Le coût de chantier est faible, mais le risque de perte de feuilles, qui contiennent la plus grande valeur alimentaire, est élevé. «Il faut donc éviter les conditionneuses à fléaux qui effeuillent la luzerne et ne pas intervenir en pleine chaleur.» Certains éleveurs pratiquent avec réussite l’affouragement en vert, ainsi que le pâturage de la luzerne en troisième ou quatrième pousse. 

«La luzerne permet surtout de réduire la consommation de concentrés azotés et sécurise les rations acidogènes», assure Vincent Leconte. Le Beta-carotène qu’elle comporte, précurseur de la vitamine A, est important pour la fertilité. L’apport de protéines est intéressant. «La luzerne améliore le ration PDIE/PDIN avec un différentiel de 40 points en moyenne. 2,5 kg de MS de luzerne remplace 1 kg de correcteur.» Le conseiller prévient cependant : «Il faut faire attention à l’encombrement. L’effet déconcentration énergétique de la ration est à gérer selon l’objectif de production du troupeau.» 

Adapter la ration à l’objectif 

Pour l’expert, si le gain économique est relatif, les gains d’autonomie alimentaire sont réels. «Au vu de l’explosion des cours du soja, c’est intéressant !» Par exemple, une ration composée de 43 kg d’ensilage, 10 kg de pulpes, 1 kg de paille, 4,6 kg de correcteur coûte 118 €/1 000 l pour 30 l de lait/VL par jour. L’introduction de la luzerne permet de réduire ce coût. Par exemple, 48 kg de maïs ensilage, 3 kg de correcteur et 6 kg de luzerne baisserait le coût à 107 €/1 000 l, mais la production est un peu moindre, à 28 l/VL. «Il est possible de trouver des compromis, comme une ration à 27 kg de maïs ensilage, 10 kg de pulpes, 2,5 de correcteur, 6 kg de maïs épis et 10 kg de luzerne, à 115 /1 000 l pour 30 l/VL», propose Vincent Leconte. 

 

De la luzerne pâturée 

Outre l’enrubannage, l’ensilage, le foin et l’affouragement en vert, il est possible de faire pâturer la luzerne. Contrairement aux États-Unis, cette pratique est peu répandue en France, souvent par crainte de météorisation. Il existe pourtant des modes de préventions reconnues : faire pâturer les repousses moins volumineuses et plus riches en tiges (troisième et quatrième pousse), donner aux animaux un fourrage fibreux avant de les sortir, pratiquer le pâturage au fil pour empêcher le troupeau de manger les jeunes repousses riches en saponine. Il s’agit aussi d’éviter le piétinement pour conserver un sol structuré en surface et pour préserver les bourgeons de la base. Après une pâture, faucher les refus pour favoriser une repousse rapide. À savoir : Luzelle est la seule variété adaptée à la pâture inscrite au catalogue français. Son port étalé lui permet d’être exploitée en fauche et en pâture sans que sa pérennité ne soit réduite. 
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