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La migration d’automne, un fabuleux spectacle au Marquenterre

Chaque année, à l’automne, c’est la même rengaine. Les oiseaux migrateurs descendent des pays nordiques pour passer l’hiver plus au sud, et font étape en Baie de Somme. Et pourtant, chaque année, le spectacle est différent… mais toujours aussi magique.

Il n’y a pas de «meilleure période» pour se régaler du spectacle qu’offrent les oiseaux au Parc du Marquenterre. «À chaque saison correspond ses activités, ses lumières et ses hôtes. Si bien qu’aucune journée ne se ressemble», assurent les naturalistes du site. L’automne est une période particulièrement excitante, puisqu’elle correspond à la migration des oiseaux vers le sud, à la recherche d’un climat plus doux et d’une nourriture plus abondante qu’au nord.
«Nous observons deux types d’oiseaux en ce moment. Ceux qui passeront l’hiver chez nous, comme la grande aigrette, le canard pilet et le canard souchet, ou qui sont en stationnement quelques temps, comme c’est le cas pour une centaine de spatules blanches. Et puis il y a ceux qui ne font que passer, tels que les passereaux», confie Philippe Carruette, ornithologue, responsable pédagogique au Parc du Marquenterre. Ainsi, la Baie de Somme n’est qu’une aire de passage pour les alouettes, pinsons, mésanges et choucas. N’imaginez pas, en revanche, pouvoir admirer un martinet noir. Celui-ci était le premier à partir. «La migration débute fin juillet-début août pour les espèces qui rejoignent leurs quartiers d’hivers africains. Celles qui migrent en octobre hivernent en Europe», précise le spécialiste. Les grives sont aussi moins évidentes à apercevoir. «La plupart volent de nuit.»
Pour les ornithologues, cette période est propice au bagage, afin de réaliser un suivi des oiseaux. «Nous pouvons ainsi voir d’où ils viennent et jusqu’où ils vont.» Philippe Carruette bague notamment beaucoup de mésanges, noires et bleues, en ce moment. «Ce matin, j’en ai attrapé une qui a été baguée en Estonie. Je l’ai signalée au Muséum d’histoire naturelle de Paris, et l’information remontera aux ornithologues lituaniens», explique-t-il. Des données précieuses, car les oiseaux sont d’excellents révélateurs des changements climatiques. «À chaque changement, la réaction est immédiate.»

Irruption de geais et de mésanges noires
Cette année, deux phénomènes particuliers sont observés. «Nous assistons à une belle irruption de  geais, qui viennent en grand nombre de la baltique et de Russie. C’est un phénomène qui se produit tous les sept à huit ans, et la dernière avait eu lieu en 2012. On parlait autrefois d’invasion», présente l’ornithologue. Difficile, cette année, de passer à côté du bavard, reconnaissable par son plumage bigarré aux couleurs vives : un dos brun, un croupion blanc, une queue noire et, surtout, des plumes d’ailes d’un bleu vif strié de noir et de blanc. Son affluence en nombre est signe d’une trop forte population par rapport à la disponibilité en nourriture, principalement des faines et des glands. «Une partie de ces geais vont rester chez nous. Une petite poignée va partir vers le nord. Beaucoup vont mourir. C’est un phénomène de régulation naturelle», rassure Philippe Carruette.
L’autre phénomène particulier observé est l’irruption de mésanges noires, beaucoup plus inquiétante que celle des geais. «Cette espèce vit une irruption tous les six ou sept ans, or, la dernière a eu lieu il y a deux ans.» Le passereau, qui niche dans les conifères, surtout en montagne, subit notamment la dégradation des forêts baltes et russes. «Ajoutez à cela les changements climatiques…»

Les grands échassiers régalent les observateurs
La corneille mantelée, elle, a totalement quitté la Somme. «On la voyait très régulièrement jusqu’à la fin des années 1980, mais désormais, on ne l’observe plus du tout. Elle a réduit son ère d’hivernage. Il semblerait qu’elle ait trouvé des conditions favorables en Allemagne et aux Pays-Bas.» À l’inverse, de grands échassiers tels que les cigognes et les spatules, ainsi qu’un petit limicole nommé chevalier bargette, autrefois cantonnés au bassin méditerranéen, nous font désormais l’honneur de leur présence. Pour le plus grand plaisir de nos yeux !

 

L’essentielle promenade du dimanche

La Picardie a toujours été une terre de naturalistes. «Depuis le Moyen-Âge, l’observation de la nature, de sa faune et de sa flore, a été retranscrite. Ces écrits sont précieux, car il nous permettent de comprendre les grands changements. Mais aujourd’hui, cette passion pour l’observation se perd de plus en plus», regrette Philippe Carruette, responsable pédagogique au Parc du Marquenterre. La première formation des naturalistes est donnée par la famille. «La promenade du dimanche, en forêt ou en campagne, est essentielle. Peu importe que le parent ait des connaissances ou non. C’est l’éveil de la curiosité qui est importante.» Pour l’ornithologue, cette curiosité se perd néanmoins. «On perd l’émerveillement pour la nature comme on perd une langue vivante que l’on ne pratique plus. La société va trop vite, veut tout, tout de suite.» Contempler mérite un effort, mais qui n’est jamais vain. «L’observation de la nature, c’est apprendre à vivre ensemble.»
 
 

Derniers jours des «semaines de la migration»

Jusqu’au 7 novembre, le Parc du Marquenterre organise des visites spéciales dans le cadre des semaines de la migration. Tous les jours à 9h, un guide spécialisé fait découvrir l’incroyable phénomène des migrations d’oiseaux, pour  qui  le  grand  voyage,  malgré tous ses dangers, est une condition de survie. Identification des espèces, écoute des cris, explication sur le vol, comptages... autant d’aspects de la migration sont expliqués. La séance se termine par une visite de l’exposition «La migration des oiseaux» au pavillon du Parc.
Durée : 2h30 à 3h.
Tarifs : adulte 20
, enfant 11 (sortie, accès au Parc pour la journée et la location de jumelles).
Public : à partir de huit ans, niveau de marche facile
Réservation : 03 22 25 68 99
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