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«La mise aux normes truies gestantes va faire très mal dans la région»

Seulement 64 % des élevages porcins de la région seront en conformité avec la directive européenne truies gestantes au 31 décembre prochain.

© AAP

D’après les derniers chiffres de l’enquête «Mise aux normes des truies gestantes», présentés le 8 novembre lors de l’assemblée générale de l’URGPP et Interporc Nord-Picardie, 63,6 % des élevages porcins du Nord-Pas de Calais qui possèdent plus de 10 truies seront en conformité avec la directive européenne bien-être au 31 décem­bre prochain. Ces 231 éle­vages regroupent 67,4 % du cheptel régional de truies (42 248). Même constat en Picardie, où seuls 64 % des élevages de plus de 10 truies seront aux normes fin 2012 (48 sur 75 au total), soit 57,7 % du cheptel de truies (12 183). Autrement dit, la 4e région française productrice de porcs (Nord-Picardie) risque de perdre près d’un tiers de ses effectifs en truies au 1er janvier 2013. Encore une mauvaise nouvelle, d’autant que la production de porcs charcutiers est en baisse tendancielle : - 8 % entre 2005 et 2011.

Un taux d’aides dégressifen 2013 et 2014
Les éleveurs concernés avaient jusqu’au 1er septembre dernier pour déposer leurs dossiers de demande de subventions auprès des DDTM. «Sur les deux derniers mois, beaucoup de dossiers d’aides ont été déposés, indique Jean-Michel Serres. Au départ, nous disposions d’une enveloppe nationale de 25 millions d’euros pour les aides, 15 millions étaient déjà consommés début juillet. Fin août, les besoins s’élevaient à 35 millions au total». Pourtant, le président d’Interporc Nord-Picardie et de la FNP se veut prudent. Selon lui, il faudra attendre l’été 2013 pour y voir plus clair. «Il subsiste quelques incertitudes sur les dossiers déposés “à la va-vite” dans les derniers jours d’août, prévient-il. Au vu de la dégradation de la conjoncture (baisse du prix du porc), il n’est pas dit que tous fassent le pas de la mise aux normes».
Ce dernier a néanmoins précisé qu’il n’y aurait pas de problème de financement du plan d’aides : «Malgré un budget 2013 extrêmement serré, le conseil d’administration de FranceAgriMer a voté deux enveloppes supplémentaires prises sur ses fonds propres. La première d’un montant de 10 millions d’euros pour les élevages qui seront aux normes dans les délais ; et la seconde de 5 millions d’euros pour ceux qui seront aux normes après le 1er janvier 2013».
Concernant les demandes de paiement des dossiers d’aide bien-être truies gestantes, les factures devront être émises avant le 31 décembre 2012. Celles-ci doivent être certifiées acquittées par le fournisseur, et devront être envoyées aux DDTM accompagnées de la demande de paiement avant le 28 février 2013. «La nouveauté, c’est que la notion de paiement avant le 31 décembre 2012 n’est plus requise. Ce n’était pas le cas il y a encore quelques semai­nes», explique Sylvie Delforge, directrice d’Interporc Nord-Picardie et de l’URGPP. Le taux d’aide maximal s’élève à 20 %. Toutefois, un taux d’aide moindre sera appliqué aux travaux réalisés en 2013 (15 % au lieu de 20 % en 2012), ainsi qu’en 2014 (10 %). «Il s’agit de respecter les lignes directrices agricoles, et de ne pas pénaliser les éleveurs qui auraient déjà mené à bien leurs travaux d’aménagement», précise-t-elle.

«Gérer le début d’année»
L’enquête mise à jour début novembre montre que 12,4 % des éleveurs du Nord-Pas de Calais (soit 45 élevages) prévoient l’arrêt de leur activité naissage, et n’effectueront pas la mise aux normes. Du côté des éleveurs picards, l’hémorragie est moins importante, avec seulement deux élevages qui abandonnent le naissage.
Si pour ces derniers la cause est entendue, le vrai problème se pose pour les 56 élevages de la région (15,4 % du total Nord-Pas de Calais), ainsi que pour les 21 élevages picards (28 % du total Picardie) qui seront dans les clous uniquement après le 1er janvier 2013. Soit tout de même, près de 21 % du cheptel de truies du Nord-Pas de Calais et 37,9 % de celui de la Picardie. «Il va falloir gérer le début d’année. Comment va-t-on faire avec les gens de bonne volonté, qui ont déposé leur dossier d’aides et commencé les travaux ?, s’interroge Jean-Michel Serres. Sachant que ces travaux ne pourront être terminés pour le 31 décembre, les fournisseurs de matériaux ne pouvant pas répon­dre actuellement au pic de demande».
Selon Benoît-Joseph Caffin, président de l’URGPP, la seule solution reste de «trouver des places pour leurs coches, en attendant la fin des travaux de mises aux normes». Pour Olivier Fagoo, président de la section porcine de la Fdsea 59, cette mise aux normes va «faire très mal» à la production régionale : «Beaucoup de producteurs envisagent de «casser» leurs truies, et acheter des porcelets à l’extérieur pour faire de l’engraissement». Un coup dur qui pourrait à terme déstabiliser l’ensemble de la filière porcine régionale.

ZOOM SUR...
La France sous la pression de Bruxelles
Les pouvoirs publics européens et français ne feront pas de cadeau aux éleveurs. Un hypothétique report du délai de mise en conformité n’est pas envisagé par les autorités communautaires. «Rien ne laisse penser qu’il y aura un report de la mise aux normes, confirme Jean-Michel Serres.
Bien au contraire, la France est soumise à une très forte pression, en lien avec le dossier «poules pondeuses». Nous sommes dans le collimateur de Bruxelles et des associations «well fairistes» (bien-être animal). D’ailleurs, ces dernières ont envoyé 8 millions de mails à la FNSEA et à la FNP demandant la libération de 500 000 truies (soit la moitié du cheptel français)».

Des contrôles en élevage dès janvier 2013
La France va donc devoir montrer patte blanche à la Commission, car elle ne lui a pas communiqué ses chiffres sur la mise aux normes. «Elle va être obligée de produire des chiffres, d’aller sur le terrain et montrer qu’elle a contrôlé des élevages», souligne le président d’Interporc Nord-Picardie. Aussi les DDPP ont-elles envoyé courant octobre un questionnaire à tous les élevages dont la situation n’est pas connue. Objectif : préparer son plan de contrôle 2013 des truies en groupe. Les producteurs ont un mois pour le renvoyer. Les premières inspections seront menées à partir du 1er janvier 2013 par les services des DDPP. Les élevages n’ayant pas répondu au questionnaire, ainsi que ceux qui n’ont pas entamé de démarches de mise aux normes, seront contrôlés en priorité jusqu’à fin mars 2013.
Viendra ensuite le tour des producteurs qui se sont déclarés conformes sans justificatifs, et celui des producteurs qui ont déposé un dossier d’aides sans demande de fin de travaux.
Selon Jean-Michel Serres, «Il apparaît peu probable que l’administration française fasse preuve de souplesse par rapport à son plan de contrôle des élevages. Nous suivrons les dossiers étroitement au travers des comités de pilotage nationaux et régionaux».

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