Élevage porcin
La production porcine risque de s’essouffler
«Une année charnière», c’est ainsi que les représentants de la filière qualifient 2026. La consommation de viande porcine continue de croître. Avec 98 % d’autosuffisance, elle réalise même l'un des meilleurs scores en souveraineté alimentaire. Mais des nuages approchent.
«Une année charnière», c’est ainsi que les représentants de la filière qualifient 2026. La consommation de viande porcine continue de croître. Avec 98 % d’autosuffisance, elle réalise même l'un des meilleurs scores en souveraineté alimentaire. Mais des nuages approchent.
Avec une progression de 2,6 % ces douze derniers mois, la viande de porc est, avec la volaille, la plus consommée en France, avec plus de 31 kg par habitant et par an. C’est un produit considéré comme l'un des plus abordables par les consommateurs : 9 € le kilo pour la viande fraîche, 13 € pour la charcuterie en moyenne. Et les prix ont encore baissé de plus de 1 % en 2025. Derrière cette reprise se fait jour un autre phénomène : le marché est déséquilibré. Les volumes de consommation sont en hausse mais les résultats de l’industrie sont en baisse. La France exporte des pièces boudées par les Français, mais doit importer des pièces nobles, notamment des jambons. «Il faudrait des porcs à six pattes», souligne Charles de Kervenoaël, représentant les entreprises françaises de charcuterie-traiteur (FICT). Ces importations de pièces nobles et de produits transformés, essentiellement d’Espagne et d’Italie, augmentent les coûts des entreprises de transformation. Près d’un quart d’entre elles sont déficitaires faute de pouvoir répercuter ces coûts au consommateur. Au marché du cadran de Plérin, les éleveurs font grise mine. Les cours ont baissé de 11 % depuis 2024 pour se maintenir à 1,42 € le kg. Les éleveurs perdent 20 à 25 € par porc.
«Pour les jeunes éleveurs qui s’installent et doivent investir, la situation est catastrophique», précise François Valy, président de la Fédération nationale porcine. La baisse des cours s’explique en partie par les tergiversations sur les taxes mises en place par la Chine. Elles sont aujourd’hui fixées à 9,8 % sur les importations européennes après avoir atteint 60 % en 2025. «Le marché chinois est très compliqué, c’est la pagaille», explique Anne Richard, directrice de l’interprofession Inaporc. Mais la principale raison de la baisse des cours est l’arrivée de la fièvre porcine en Espagne. Celle-ci exporte la moitié de sa production vers des marchés porteurs comme le Japon ou Taïwan qui ont rapidement fermé leurs portes au porc espagnol. Ces surplus se sont retrouvés en Europe et les cours se sont effondrés.
Complexités administratives
Au-delà de ces difficultés conjoncturelles, la filière doit rester mobilisée pour maintenir la production. 40 % des éleveurs ont plus de cinquante ans. 35 % des dirigeants d’entreprises de charcuterie ont plus de soixante ans. «Il y a un risque de perte de volume et de savoir-faire», déclare Philippe Bizien, président d’Inaporc. Il insiste sur l’impératif de maintenir l’autosuffisance et de réduire les importations. Il faudrait construire une centaine d’élevages de 300 truies dans les dix ans à venir, investir cinq milliards d'euros dans l’amont de la filière, dans des maternités-liberté et de nouveaux bâtiments, et deux milliards d'euros dans l’aval. Le principal obstacle est la complexité administrative pour restructurer des élevages. «Nous acceptons les contraintes environnementales, mais il faut réduire les normes administratives», explique Philippe Bizien. «Or, le nouveau périmètre de la directive européenne sur les émissions industrielles et d’élevage (IED) comporte des normes drastiques qui, si elles sont appliquées, entraîneront la disparition de l’élevage de porc français», alerte-t-il, demandant «un régime spécifique pour l’élevage, que les viandes blanches soient exclues de cette directive.» C’est ce message que la filière devrait porter au Salon de l’agriculture : la nécessité de lever les freins à la production, mais aussi d'encourager les jeunes, notamment en renforçant les formations sur l’élevage du porc dans les cursus des écoles agricoles.