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La protection intégrée pour réduire l'utilisation des phytos

Les fermes Dephy régionales, engagées dans la réduction des intrants, ouvrent leurs portes à l’occasion du Dephy Tour. Ce 22 novembre, rendez-vous était donné à Woignarue, chez Jérôme Devillers, qui pratique la protection intégrée des cultures.

Chez Jérôme Devilliers, polyculteur éleveur laitier, la protection intégrée des cultures est pratiquée depuis de nombreuses années. 
Chez Jérôme Devilliers, polyculteur éleveur laitier, la protection intégrée des cultures est pratiquée depuis de nombreuses années. 
© © A. P.



Jérôme Devillers n’a jamais affectionné son pulvérisateur. Pour cause : le polyculteur et éleveur de vaches laitières de Woignarue, sur la côte picarde, est victime d’allergies à certains produits phytosanitaires. «Mon père pratiquait déjà la protection intégrée pour les céréales. J’ai voulu pousser la réflexion sur la diminution des intrants, alors je me suis engagé dans un collectif dans ce sens.»
L’homme a en fait intégré un groupe d’agriculteurs de l’ouest de la Somme, créé en 2010 et renouvelé en 2016, intitulé groupe Dephy Picardie maritime. Treize agriculteurs le composent, dont douze éleveurs laitiers et un éleveur allaitant. Jérôme Devillers, lui, cultive 107 ha de blé, maïs, betteraves sucrières et lin, dans des limons et sables limoneux. Et la protection intégrée fait partie intégrante du système. Entendez par là la «prévention des risques, basée sur des règles agronomiques fiables, avec pour objectifs de réduire l’utilisation des pesticides, de minimiser l’impact environnemental et le coût de la lutte, tout en maximisant les résultats économiques de l’agriculteur», définit Christian Lesenne, de la Chambre d’agriculture de la Somme, animateur du groupe.
Concrètement, le polyculteur-éleveur a utilisé plusieurs leviers agronomiques, lors de cette campagne, pour réduire l’IFT (Indicateur de fréquence de traitements phytosanitaires) pour son blé. «Tout d’abord, je pratique les semis tardifs dès que la terre me le permet, car j’économise ainsi un insecticide», confie-t-il. Les semis ont été fait la deuxième quinzaine d’octobre, à une densité de semis de 160 à 180 grains/m2 maximum (contre 200 en moyenne). «Cela me permet de faire l’impasse sur le régulateur depuis sept ans. Moins on sème dense, moins on a de risque de verse.» Aucun insecticide n’a été réalisé. Seuls passages du pulvérisateur : deux désherbages ont été réalisés, en sortie d’hiver, puis au printemps, et un fongicide. Pour sa fertilisation azotée, il utilise l’OAD (outil d’aide à la décision) Farmstar, et a apporté 220 unités en trois fois.

37 % d’IFT en moins
Le résultat à la moisson était satisfaisant, puisque les parcelles de blé de Jérôme Devillers présentaient un rendement de 84 qx/ha, soit similaire à la moyenne annoncée par les coopératives du secteur (85 qx ha). «J’ai cependant observé une très grande hétérogénéité selon les variétés.» Cinq variétés différentes avaient été semées. Le top 3 se compose de Chevignon (98 qx), Fructidor (90 qx) et Cellule (88 qx). Mais Rubisko, avec 65 qx/ha, a été décevante. «Ce blé a souffert de septoriose et de rouille jaune, précise Christian Lesenne. C’est la limite de la protection intégrée : il faut absolument des variétés résistantes aux maladies !»
Mais Jérôme Devillers s’y retrouve économiquement, puisque son IFT s’élève à 4,15 (1 traitement semences + 2,5 herbicides + 0,65 fongicide), alors que l’IFT de référence est de 6,60, soit 37 % de moins que la moyenne. Ceci lui a permis 80 Ä d’économie d’intrants.
Des pistes d’amélioration sont déjà envisagées. «Un désherbage d’automne pourrait être réalisé, pour remplacer celui de la sortie d’hiver, avec un Carat à 0,8 l, par exemple, qui ne compte que pour 0,8 IFT, explique Christian Lesenne. Il faut aussi penser à une utilisation plus ciblée de l’Allié, qui plombe l’IFT.» Le désherbage mécanique, à la houe rotative ou à la herse étrille, l’élimination des variétés sensibles aux maladies, et l’utilisation d’OAD pour détecter les maladies, et pour un positionnement optimal du fongicide, sont aussi au programme des expérimentations.

Et sur les autres cultures…
Cette protection intégrée est également utilisée pour les autres cultures de l’exploitation. Ainsi, l’impasse a été faite pour les fongicides sur le lin, pour un résultat de 3,52 IFT (1 traitement semences + 0,92 herbicide + 1,60 régulateur), et un rendement de 6,5 t/ha. Cette fois les pistes d’amélioration seraient un test de désherbage mécanique sur jeunes pousses, des choix des variétés plus tolérantes aux maladies et à la verse et l’utilisation de produits de biocontrôle dans la lutte contre les altises. «Nous pourrions aussi tester l’implantation d’une plante compagne, comme la moutarde.»
Pour les betteraves, un binage a permis de réduire à trois le nombre de passages herbicides (un en post-semis pré-levée, et deux en post-levée). Ajoutez à cela un insecticide pour les noctuelles et un fongicide, et voilà un IFT de 4,4, contre 6 en référence, soit - 27 %. L’année prochaine, Jérôme Devillers aimerait pouvoir faire l’impasse sur le premier désherbage. Des produits de biocontrôle, comme le cuivre, pourraient être utilisés pour lutter contre la cercosporiose.
La protection intégrée, bien que faisant ses preuves, a cependant ses limites, veut prévenir Christian Lesenne. «Elle ne peut pas convenir à tous les systèmes, car elle nécessite une surveillance très régulière de chaque parcelle. Difficile, donc, de la réaliser dans les grosses exploitations, ou lorsque le parcellaire est très éclaté.»

Les clés pour un désherbage mécanique réussi

Un des leviers envisagés, pour poursuivre la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires, en l’occurence de désherbage, est le désherbage mécanique. Mais Christian Lesenne, de la Chambre d’agriculture de la Somme, animateur du groupe Dephy Picardie maritime, prévient : «Des précautions sont à prendre, car un mauvais binage ou passage de houe rotative peut faire pire que mieux.»
Pour éviter le saisissement des parcelles, il faut revoir le système de culture dans son ensemble, pour essayer de réduire le stock de semences. Car l’allongement des rotations avec l’alternance de cultures de printemps et d’automne améliorerait l’efficacité du désherbage mécanique. «L’alternance labour/non labour et les répétitions de déchaumage en période estivale permettent d’épuiser les stocks semenciers de certaines espèces, notamment les graminées», expliquent les experts d’Ecophyto dans un document spécifique.
Pour la gestion des travaux, il est recommandé de privilégier le désherbage mécanique du blé en sortie d’hiver. «En betteraves, après deux premiers passages chimiques en post-semis, des passages de houe rotative sont à prioriser. Pour ces cultures, l’intervalle entre deux passages ne doit pas excéder huit à dix jours
Attention aux conditions météos : «Il faut absolument deux à trois jours de temps sec après un passage, pour éviter le repiquage des plantules»,  précise Christian Lesenne. En revanche, si les conditions sont trop sèches, le risque de couper les racines de la culture est plus important.

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