Faune sauvage
La régulation des espèces « nuisibles » remise en cause par une étude scientifique
Une étude du Muséum national d’Histoire naturelle, publiée dans la revue Biological Conservation, questionne l’efficacité de la politique française de destruction des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD).
Une étude du Muséum national d’Histoire naturelle, publiée dans la revue Biological Conservation, questionne l’efficacité de la politique française de destruction des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD).
Chaque année en France, près de 1,7 million d’animaux – renards, mustélidés (fouines, martres) et corvidés (pies, corbeaux, corneilles) – sont éliminés dans le cadre de la gestion des « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD). L’objectif affiché de cette politique publique est double : réduire les pertes économiques pour l’agriculture et l’élevage d’une part, et limiter certains risques sanitaires, notamment les zoonoses. Le dispositif repose en grande partie sur un régime déclaratif des dégâts transmis par les acteurs concernés et centralisé par l’administration. Jusqu’à récemment, l’efficacité réelle de ces destructions n’avait jamais fait l’objet d’une évaluation scientifique approfondie.
Sept années de données analysées
Des chercheurs du Muséum national d’Histoire naturelle ont donc analysé sept années de données départementales portant à la fois sur les déclarations de dégâts et sur les animaux détruits dans le cadre de ce dispositif. Leurs conclusions sont sans ambiguïté : l’intensification des destructions n’entraîne pas de diminution des dommages économiques. Les scientifiques expliquent dans leur étude que « l’analyse de sept années de données de déclarations de dégâts et d’animaux tués (…) montre qu’une augmentation de l’effort de destruction des ESOD ne réduit pas les dégâts ». À l’inverse, ils observent également qu’un arrêt des destructions n’entraîne pas d’augmentation mesurable des dégâts.
Aucun effet sur les populations animales
Les résultats remettent également en cause l’idée selon laquelle les campagnes de destruction permettraient de réguler durablement les populations. Ainsi, concernant les oiseaux, les chercheurs indiquent que les effectifs reproducteurs observés au printemps ne dépendent pas de l’intensité des prélèvements. Autrement dit, « les régulations ne diminuent pas la taille des populations nicheuses », souligne l’étude. Ces résultats suggèrent que les populations se reconstituent rapidement, notamment grâce aux capacités d’adaptation et de reproduction de ces espèces.
Un coût économique très supérieur aux dégâts
L’étude comporte également une évaluation financière du dispositif. Selon les chercheurs, le coût annuel des destructions animales est estimé entre 103 et 123 millions d’euros, tandis que le coût des dégâts déclarés varie entre 8 et 23 millions d’euros par an. Les auteurs en concluent donc qu’« il n’est donc pas rentable de détruire des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts : cela coûte plus cher que d’indemniser les dommages économiques causés. » Au-delà de la dimension économique, les scientifiques rappellent aussi que ces espèces jouent un rôle écologique utile, notamment pour l’agriculture et la foresterie. Elles participent en effet à plusieurs services écosystémiques, parmi lesquels la prédation des rongeurs ou encore la dispersion des graines. Dans ce contexte, les chercheurs estiment qu’« il n’existe ainsi aucune preuve d’un quelconque bénéfice à détruire massivement les espèces susceptibles d’occasionner des dégâts ».
Vers des solutions alternatives ?
Les résultats de l’étude relancent le débat sur l’évolution de la politique de gestion des ESOD. Les auteurs jugent de leur côté « opportun de réviser cette politique publique de gestion des dégâts » ; une recommandation déjà formulée par un rapport de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable publié en décembre 2024. Ils invitent notamment à développer des stratégies non létales pour limiter les pertes économiques, en particulier en agriculture : enrobages répulsifs de semences,dispositifs d’effarouchement ou encore de tester d’autres méthodes de prévention ; l’objectif recherché étant de favoriser une cohabitation durable entre activités humaines et faune sauvage.