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Elevage laitier
La rentabilité pour rester éleveur

À Mortefontaine dans l’Aisne, entre le Valois et le Soissonnais, les vaches sont devenues rares. Luc Gras fait partie des «irréductibles» producteurs laitiers. Il a même récemment conforté sa position, mais en posant une condition : améliorer la rentabilité de l’atelier lait pour embaucher.

«Mon frère s’occupait du troupeau laitier jusqu’en janvier 2020. Il était persuadé que l’atelier lait disparaîtrait à son départ en retraite», commence Luc Gras. Mais c’était sans compter sur l’intérêt de Luc pour l’élevage. «C’est grâce au troupeau laitier que j’ai pu concrétiser mon installation hors cadre familial il y a 25 ans. Je ne peux pas l’oublier !» Cette décision intervient alors qu’il a déjà engagé la modification de ses pratiques culturales selon les principes de l’Agriculture de conservation des sols (ACS). «Je pense qu’avoir un élevage dans ce système de production est un réel avantage, il apporte un équilibre et une complémentarité que je retrouve dans les sols de l’exploitation ; la matière organique des animaux accélère les évolutions.»

 

La complémentarité élevage et cultures

Dans un secteur géographique où la filière laitière est en net recul, poursuivre la production laitière après le départ de son frère a demandé une certaine forme d’obstination. «Les changements au niveau des cultures me demandent du temps de formation, de surveillance et d’observation, alors pour continuer à produire du lait, il fallait que j’embauche un salarié. Mais, il fallait surtout que le jeu en vaille la chandelle !» Pour cela, une condition : trouver les moyens d’améliorer la rentabilité du troupeau laitier.

 

La reproduction : pilier de la rentabilité

Avec une trentaine de vaches et un bâtiment qui ne peut pas être agrandi, augmenter le revenu lait implique d’optimiser les résultats techniques. Une meilleure gestion de la reproduction est apparue comme le préalable à toute autre évolution. À la fin de l’année 2021, seulement 60 % des vaches en lactation étaient gestantes, avec un Intervalle Vêlage-Vêlage moyen de 460 jours, ce qui pénalisait le stade moyen de lactation et, par conséquent, le niveau de production.

«Je n’habite pas sur place, ce qui ne facilite pas la surveillance et l’observation. Depuis deux ans, nous avons mis en place un suivi régulier des gestations grâce à des analyses basées sur le lait. Chaque vache est contrôlée deux fois, d’abord quelques semaines après l’IA et une deuxième fois plus tard pour confirmer le résultat. Je faisais déjà ces tests de manière ponctuelle, mais lorsque je devais cibler moi-même les animaux à analyser il m’arrivait de passer à côté de certaines vaches parce que je n’avais pas en tête toutes les informations», explique l’éleveur. Ainsi, ce suivi, réalisé lors de la venue de l’agent de pesées d’ACE, lui permet de concentrer son attention sur les vaches non inséminées et d’intervenir rapidement sur celles pour lesquelles l’insémination n’a pas réussie. «Par exemple, lorsque la vache est diagnostiquée vide, je peux la fouiller pour détecter un éventuel problème avant de décider de la remettre ou non à la reproduction.»

 

Interactions positives

Les conséquences de ce suivi systématique et régulier ne se sont pas fait attendre. Fin 2022, le taux de vaches revêlées est passé à 80 %, le stade de lactation moyen sur l’année a diminué de 1,2 mois pour atteindre 6,8 mois. Cette gestion de la reproduction agit d’abord au profit de la production avec un gain de 1,4 litre de lait par vache sur l’année, soit 19 000 l en plus pour 37 vaches.

Logiquement, la prolificité est, elle aussi, en nette progrès avec 16 veaux de plus, 8 mâles et 8 femelles. «Même sur l’IVV, nous avons déjà gagné 21 jours, soit un cycle par vache. Avant, il arrivait parfois que nous gardions des vaches en fin de lactation avec des cellules, maintenant nous pouvons gérer ces animaux et ne plus subir», ajoute l’éleveur. Ce bénéfice vient au service de la qualité du lait qui était également un des axes d’amélioration de la rentabilité du troupeau.


Une qualité du lait en bonne voie

«J’ai récemment assisté à une formation Qualité du Lait, ça a été l’occasion d’échanger sur les pratiques de traite. Face à une mammite, il m’arrivait d’écarter uniquement le quartier infecté ce qui nécessitait de traire la vache en deux fois. Depuis, tout le lait est mis à part et, même si c’est encore récent, je constate que c’était la chose à faire.» Sans décrochage automatique et avec deux trayeurs différents selon les traites, il fallait également caler les pratiques. Luc s’est donc mis d’accord avec Delphine, la salariée qui réalise les traites de la semaine, pour bien observer les premiers jets et utiliser des produits efficaces de pré-trempage et post-traite : «dans ma situation, en aire paillée intégrale, il n’y a pas d’économies à faire sur ces produits ; suite à la formation, j’ai aussi réduit l’intervalle de curage du bâtiment».

 

Vers plus d’autonomie alimentaire

Enfin, Luc Gras souhaiterait orienter l’élevage vers une plus grande autonomie alimentaire. «La localisation du bâtiment ne permet pas d’exploiter les pâtures par les vaches. Seules les génisses et les vaches taries sortent et celles en lactation ont la même ration toute l’année. Pour augmenter la part de fourrages issus de l’exploitation, j’implante de la luzerne et plus récemment des méteils», explique Luc qui poursuit : «un des freins auquel je suis confronté, c’est mon isolement. Je ne peux pas faire appel à un entrepreneur ni à un voisin pour ensiler quelques hectares. J’ai donc dû m’équiper à moindre frais pour enrubanner moi-même. Heureusement, je suis un peu bricoleur !».

La nécessité de calibrer chaque investissement se traduit également dans les moyens mis en place pour suivre les évolutions engagées. L’éleveur s’appuie sur les critères techniques fournis par ses partenaires : laiterie, insémination, centre de gestion… À l’avenir, il n’exclut toutefois pas de calculer la Marge Brute de l’atelier lait afin de mieux percevoir les évolutions et les postes à améliorer.

La situation de Luc Gras démontre à quel point la filière laitière est par endroit en voie de disparaitre. Malgré tout, quelques éleveurs, par leur ténacité et leur passion, s’efforcent de continuer à produire et à maintenir la production laitière. «Je souhaite pérenniser le lait et plus globalement l’élevage, à mon niveau je travaille sur la rentabilité. Mais, il faut que toute la filière aille dans le sens même sens, que mes efforts soient reconnus et cela pour tous les élevages», conclut Luc Gras.

L’EARL des Tourelles

Main-d’œuvre : Luc Gras et Delphine Pycick, salariée en charge de la traite pendant la semaine et de la distribution de la ration des vaches.
Surface : 275 ha dont 56 ha de SFP (maïs, luzerne, méteil et prairies) ; 100 ha en prestation de service
Atelier lait : 267 000 litres de référence avec 37 vaches laitières, bâtiment aire paillée intégrale
Évolution des indicateurs de reproduction en 1 an :
• le taux de vaches gestantes est passé de 60 à 80 %
• + 16 veaux
• - 21 jours d’IVV
• - 1,2 mois de stade moyen de lactation
• + 1,4 litre de lait par vache et par jour en moyenne
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