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La terre, cette perle rare qu’il a réussi à dénicher

Après dix ans de recherche, Jérôme Parmentier a trouvé la surface dont il avait besoin pour s’installer en tant que maraîcher, grâce à Terre de lien et à la ville de Longueau.

Après une longue recherche, Jérôme Parmentier dispose d’une parcelle  de 6 500 m2 qui rend son activité de maraîcher bio viable. Un partenariat  gagnant-gagnant avec la ville de Longueau.
Après une longue recherche, Jérôme Parmentier dispose d’une parcelle de 6 500 m2 qui rend son activité de maraîcher bio viable. Un partenariat gagnant-gagnant avec la ville de Longueau.
© A. P.

Une installation en agriculture peut être un véritable parcours du combattant. Même lorsqu’on est issu d’une famille d’exploitants. Et même lorsqu’il s’agit d’un projet de maraîchage peu gourmand en emprise foncière. Jérôme Parmentier est un de ceux qui en parlent le mieux. «J’ai mis dix ans avant de trouver la surface nécessaire pour pouvoir vivre de mon activité de maraîcher. Cela a été possible en 2019, grâce à l’aide de l’association Terre de lien* et de la ville de Longueau», explique-t-il. 

À trente et un ans, il peut enfin vivre de sa passion. Il est associé en Gaec avec sa mère, Marie-Hélène, à la ferme des hortillonnages d’Amiens. En tout, la famille dispose de 3,18 ha répartis en quatre îlots, dont 2,80 ha cultivés, le reste étant des chemins d’accès et des bords de rivière. «Mes recherches ont débuté en 2009. Mais les parcelles qu’on me proposait étaient inaccessibles ou incultivables», raconte l’ex ouvrier-paysagiste salarié d’Amsom Habitat. En 2019, enfin, la ville de Longueau lui propose un terrain de 6 500 m2, aux jardins Jardinot, derrière la cité de l’Avre. «Il était destiné au CCAS de la ville qui n’en avait plus l’utilité. Nous ne voulions pas l’artificialiser. Nous préférions permettre aux habitants de s’approvisionner en produits de qualité», explique Julien Laszlo, directeur des services de la ville. «Quand l’association Terre de lien nous a présenté le projet de Jérôme Parmentier, nous avons trouvé que cela collait avec notre esprit. Le fait qu’il cultive en bio était essentiel, car notre ville 2 fleurs est engagée dans une démarche de développement durable», ajoute Nicolas Alexandre, responsable des espaces verts. Un pari cependant, car un gros travail de défrichage a dû être mené. 

 

Après le foncier, la technique

Aujourd’hui, l’activité est viable, même si «5 à 6 000 m2 de plus seraient impeccables pour pouvoir allonger davantage les rotations». 35 à 40 légumes différents et 110 variétés poussent sur les terres de la Ferme des Hortillonnages, le tout vendu en circuits courts (marchés et sur place). Toute la surface a été convertie au bio à partir de 2019. Jérôme est aussi un adepte des techniques de l’agriculture de conservation des sols. «Les pratiques culturales ne sont plus les mêmes que celles de mes parents. Moins de travail du sol, le labour est banni, on apporte davantage d’engrais verts…» Résultat : «les sols sont plus résilients. Ils supportent mieux la sécheresse ou les excès d’eau. Je ne vois plus jamais de mare d’eau.»

Les légumes sont aussi minutieusement choisis. «Pour mon installation, j’ai beaucoup diversifié, avec des oignons jaunes et rouges, des échalotes ou de l’ail. Des produits que les gens ont du mal à trouver en local.» Il s’agit aussi, pour le maraîcher, d’être attentif aux tendances. «Quand j’étais gamin, mon père cultivait 6 500 m2 de salades. Désormais, deux ou trois routes suffisent. Pareil pour les radis.» Les conditions climatiques conditionnent enfin les productions. «Aujourd’hui, on n’est plus capable de faire pousser un chou-fleur dans les hortillons. Trop d’eau. Puis trop de chaleur.» Jérôme garde néanmoins le sourire. «Ce métier est merveilleux. Quand on dispose de belles tomates sur nos étals, et que les gens nous félicitent parce qu’ils se sont régalés avec, on ne peut qu’être heureux.»

 

* Terre de liens agit pour «installer de nouveaux producteurs bio en France sur des fermes à taille humaine». Le mouvement regroupe une fédération nationale de 19 associations territoriales et deux outils financiers : la Foncière et la Fondation Terre de Liens. Il réunit plus de 40 000 citoyens qui ont rendu possible l’acquisition de plus de 270 fermes. 7 500 ha sont ainsi cultivés par 600 paysans.

 

 

Foncier agricole : l’alerte de Terre de liens

À quelques jours de la 58e édition du Salon de l’agriculture, l’association Terre de Liens tire la sonnette d’alarme dans son premier rapport sur l’état des terres agricoles en France. Alors qu’au moins 25 % des agriculteurs partiront à la retraite d’ici dix ans, «cinq millions d’hectares de terres, soit près de 20 % de la surface agricole française, vont changer de main». Pour aller où ? À l’artificialisation, si la tendance n’est pas inversée. Entre 2006 et 2014, les deux tiers de l’artificialisation se sont effectués aux dépens des terres agricoles. Et à l’agrandissement si, comme actuellement, «la politique des structures ne permet plus de contrôler» ce phénomène, prévient Terre de liens. Les entreprises agricoles sous forme de société progressent et «représentent aujourd’hui 42 % des fermes sur près des deux tiers de la surface agricole utile». Ces résultats traduisent-ils des choix politiques ? «Ils traduisent plutôt des non-choix. On pourrait comparer l’agriculture à ce qu’il se passe avec les médecins. Comme s’il fallait attendre d’être en face du mur pour voir le mur», souligne le rapport, citant le statisticien et économiste agricole Maurice Desriers. Le rapport estime que les millions d’hectares qui vont se libérer «représentent une opportunité unique de réorienter notre modèle agricole».
En Hauts-de-France, 80 porteurs de projets auraient fait appel à Terre de lien pour trouver du foncier, dont une petite trentaine en Picardie. «Nous parvenons à installer deux ou trois personnes en région chaque année. Dans la Somme, c’est particulièrement compliqué. Les exploitations ont tendance à l’agrandissement, et l’accès au foncier est difficile», note Romane Rose, de Terre de lien Hauts-de-France.
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