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DNC
L’abattage, «un crève-cœur pour les éleveurs mais nécessaire»

Ce 12 décembre, Arnaud Rousseau, réunissait les médias pour alerter sur la tournure que prend le respect du protocole de lutte contre la DNC (Dermatose nodulaire contagieuse). Les blocages des abattages des foyers touchés font grand bruit. Un crève-cœur pour les éleveurs, mais «le seul moyen de protéger l’élevage français». 

En Haute-Savoie, 700 bovins ont été abattus soit 0,6 % du cheptel. La maladie, elle, cause 10 % de mortalité en moyenne.
© Pexels/Fred Dendoktoor

Depuis le début de l’épizootie de DNC (Dermatose nodulaire contagieuse), 110 foyers ont été détectés en France au 11 décembre, pour 75 élevages. «Un peu plus de 3 000 bovins ont été abattus, soit 0,02 % du cheptel français. Derrière ces chiffres, il y a des hommes et des femmes. Des générations de travail sur la génétique. C’est un choc terrible. Mais l’abattage de l’ensemble des bêtes du lot est la seule manière de lutte possible», martèle Arnaud Rousseau ce 12 décembre, lors d’une conférence de presse organisée dans l’urgence. 

Il faut dire que, ces derniers jours, le sujet cristallise les tensions entre certains éleveurs, soutenus par la Coordination rurale et la Confédération paysanne, et les autorités. Les abattages sanitaires de troupeaux ont déclenché des manifestations et blocages de routes pour contester cette stratégie, jugée «trop radicale». Des affrontements ont même eu lieu entre manifestants et forces de l’ordre en Ariège, où les gendarmes ont dégagé des barrages pour permettre l’intervention vétérinaire. 

En Savoie et Haute-Savoie, des éleveurs ont accepté de se sacrifier pour l’intérêt collectif, pour permettre de contenir et éradiquer la maladie 

Arnaud Rousseau regrette que «les sachants (les scientifiques, ndlr), n’aient pas pris la parole en public pour rappeler l’importance de la maladie classée en catégorie A («à éradiquer») et la manière de la combattre.» «La seule stratégie viable est le dépeuplement des foyers contaminés.» Les propositions des syndicats concurrents pour «alléger le protocole» seraient malheureusement insuffisantes à l’heure actuelle. «Des animaux qui paraissent sains peuvent être porteurs du virus. Même le PCR n’apporte pas les garanties suffisantes lorsque la vache n’a pas développé les symptômes.» 

Un sacrifice pour l’effort collectif

Arnaud Rousseau rappelle que les premiers éleveurs touchés, en Savoie et Haute-Savoie, «ont accepté de se sacrifier pour l’intérêt collectif, pour permettre de contenir et éradiquer la maladie (Lire encadré ci-dessous).» Ce sacrifice a permis de contenir la maladie en deux mois. «Aujourd’hui, les éleveurs des Savoies repeuplent leur cheptel et sont en processus d’indemnisation

Le président de la FNSEA déplore aussi le non-respect des restrictions de mouvement d’animaux, qui ont de graves conséquences. «Les vecteurs de la maladie sont les taons et les stomoxes qui piquent la vache contaminée, puis en contaminent d’autres en les piquant à leur tour. Quand on a des sauts de 100 km de la maladie d’un coup, c’est que les gens ont été en infraction en déplaçant des animaux.» Après le Rhône, le Jura, les Pyrénées orientales, le Doubs, et l’Ariège, les Hautes-Pyrénées sont désormais concernées. «Dans les prochaines heures, un foyer devrait être confirmé en Haute-Garonne», avance le responsable syndical. Et d’ajouter : «Ça met les éleveurs sous pression. Mais il nous faut rester les pieds sur terre et ne pas céder à la peur

Menace de «mise sous cloche»

La double ambition du syndicat sur ce dossier est rappelée : «Nous voulons garantir la sécurité sanitaire pour préserver le plus de vaches possible, et ainsi garantir les revenus des éleveurs.»  Si la maladie devenait hors de contrôle, la France pourrait être «mise sous cloche» par l’Europe, avec l’arrêt les exportations de viande bovine, veaux, fromages… Et un impact économique désastreux pour la filière. «Nous pensons encore qu’il est possible de tenir la maladie. Et pour cela, nous appelons à la responsabilité individuelle». 

 

François Chamot, éleveur de Haute-Savoie : «les éleveurs locaux sont fiers d’avoir permis de contenir la maladie»
«L’abattage de son troupeau, c’est ce qu’un éleveur peut vivre de pire», confie François Chamot, éleveur à Viry (Haute-Savoie). C’est pourtant ce que des membres de sa famille et des amis ont vécu cet été. Le verdict de la DNC est tombé le 29 juin, en pleine canicule. «On ne connaissait pas bien la maladie encore alors les vétérinaires ont mis quelques jours avant de trouver la cause. Des vaches avaient de la fièvre à plus de 42°C. Elles souffraient terriblement.» Lui raconte les effets de la maladie «sournoise», avec des symptômes qui se déclarent quand il y a une baisse d’immunité, alors que la vache était porteuse depuis un moment. «Quand une vache était touchée, des cas suivaient tous les jours dans les fermes dans les 5 km, à cause des seringues volantes, ces insectes qui propagent la maladie d’animal en animal
L’abattage n’était pas une option dans les élevages touchés. «La décision est dure à supporter. Mais chacun s'est contraint à dépeupler son troupeau. Derrière, il faut gérer la détresse de l’Homme, de sa famille…» En Haute-Savoie, les éleveurs ont «heureusement» bénéficié d’un élan de soutien, des voisins, des proches, et des services administratifs : MSA, Chambre d’agriculture… «Dans le Département, le vaccin a mis trois semaines à arriver, mais après ça a été très efficace grâce au collectif.» Aujourd’hui, après un protocole de désinfection strict, ils sortent la tête de l’eau. «On a repeuplé, avec des vaches de qualité équivalente grâce à des expertises qui ont été menées sur le troupeau d’origine. Ils produisent le même lait qu’en décembre 2024.» Les pertes d’exploitation doivent aussi être comblées avec les indemnisations de l’État. 
François Chamot témoigne : «Les éleveurs sont fiers d’avoir permis de contenir la maladie» dans leur département. «On a abattu 700 animaux soit 0,6 % du cheptel de Haute-Savoie. Quand on sait que la maladie cause 10 % de mortalité dans les troupeaux en moyenne, plus la comorbidité…» Un seul regret ? «Que la maladie soit sortie de notre territoire, à cause de déplacements d’animaux illégaux.»

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