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Agronomie
Le couvert végétal, couteau suisse de la santé du sol

Pour le sol, les couverts végétaux sont une réelle opportunité agronomique et technique. Le 5 juin, lors du salon Innov-agri à Essigny-de-Grand (02), Matthieu Archambeaud, agronome, consultant spécialisé dans la régénération des sols, animait une conférence sur le sujet.

Matthieu Archambeaud : «le début de l’agronomie, c’est l’observation de l’impact de ses pratiques, pour trouver  des solutions.»
Matthieu Archambeaud : «le début de l’agronomie, c’est l’observation de l’impact de ses pratiques, pour trouver des solutions.»
© A. P.

«On parle toujours en hectares, mais un sol est un volume. Il faut l’appréhender dans toutes ses dimensions», introduit Matthieu Archambeaud, agronome, consultant spécialisé dans la régénération des sols. Ce 5 juin lors du salon Innov-agri à Essigny-le-Grand (Aisne), il animait une conférence sur son sujet de prédilection, et abordait notamment l’intérêt des couverts végétaux.

Peu de personnes en ont conscience, mais un sol qui fonctionne bien contient 50 % de vide. «Il faut que le tout soit bien organisé, avec des microporosités pour stocker l’eau, et des galeries de vers de terre.» L’idéal est un sol qui stocke de l’eau en saison froide, pour la restituer aux plantes en saison chaude. «Bien souvent, on subit des problèmes de surface en période de pluie, et le reste est sec au fond

Dans la fosse creusée pour l’occasion, dans ce sol de limon profond «fertile mais fragile», mené en TCS (techniques culturales simplifiées) depuis plusieurs années, le spécialiste constate une activité biologique intense. «Le travail des vers de terre ne peut cependant pas suffire. L’impact du passage du tracteur est visible jusqu’à 60 cm.»

Un des indicateurs d’un sol tassé est la présence de liserons. «C’est la seule plante capable de prospecter un sol tassé en profondeur, avec des racines qui descendent à 1,50 m. Si le sol fonctionne mieux, il y aura plus d’espèces pour concurrencer cette adventice.» Pour corriger un tassement du sol, une des solutions est la fissuration mécanique. «Mais c’est efficace jusque 40 cm, alors qu’on peut tasser jusque 70 cm.» En matière de sol, mieux vaut toujours prévenir que guérir. «Attention à la période pendant laquelle les machines circulent, et mieux vaut rouler toujours au même endroit pour préserver le reste de la parcelle.» Pour Matthieu Archambeaud, «le début de l’agronomie, c’est l’observation de l’impact de ses pratiques, pour trouver des solutions.»

 

Penser matière organique

Le taux de matière organique (MO) est un élément clé d’un sol en bonne santé. Réaliser un bilan humique – «véritable bilan comptable du sol» – est donc indispensable. «Il s’agit ensuite de rembourser le sol de la MO qu’il a brûlée pour produire.» Certaines cultures sont plus avantageuses que d’autres en la matière. «Le colza est le champion de la MO restituée toutes catégories confondues. Viennent ensuite le maïs grain, puis les céréales lorsque les pailles sont restituées. A contrario, la plus mauvaise candidate est la pomme de terre.»

Les meilleurs outils que l’agriculteur peut offrir à son sol sont les racines des couverts, «à condition qu’elles puissent passer», et à condition de les réussir. «À partir de 3 t de matière sèche (MS), il y a un retour sur investissement. À partir de 4 t de MS, ils restituent autant de MO qu’une paille de blé.» La clé est donc de produire un maximum de biomasse pour équilibrer le bilan humique. Les espèces sont cependant à adapter à la culture suivante.  Avant une culture industrielle de printemps, par exemple, l’expert préconise un couvert qui reste souple et peu fibreux, pour éviter le casse-tête à l’implantation. «Le travail commence dès la moisson, avec une bonne répartition des pailles.» Pour accélérer leur décomposition, rien de tel que des légumineuses, grosses productrices d’azote. «On compte 30 kg d’azote pat tonne de matière sèche de couvert avec légumineuses. C’est trois fois plus qu’un fumier.»

Ce couvert encouragera aussi la biodiversité, auxiliaires comme parfois ravageurs. «Cela présente effectivement des problématiques techniques qu’il faut réussir à résoudre. Mais le sol est la clé, et le couvert est le couteau suisse agronomique de l’agriculteur pour favoriser sa bonne santé.»

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