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Le défi d’une nouvelle culture pour les Cottrel

Les Cottrel, installés à Salouël, ont semé un petit hectare de waide en 2017. Un projet qu’ils mènent avec la savonnerie des Hauts-de-France, dans la même commune. Une filière locale est-elle en train de naître ?



Cultiver de la waide était le projet de Vincent Cottrel, polyculteur et éleveur de Charolaises installé à Salouël. «Mon mari cherchait à diversifier les revenus de l’exploitation pour faire face au contexte de morosité économique. Il voulait aussi changer sa façon de cultiver, notamment en réduisant au maximum l’utilisation de produits phytosanitaires», explique Aurore Cottrel.
Après le décès de son mari, au printemps 2017, Aurore a décidé de reprendre la ferme, malgré un emploi à temps plein à l’extérieur, et d’embaucher un jeune motivé, Clément, ainsi que son fils, Quentin. Leur défi : stabiliser les revenus de l’exploitation et poursuivre les projets en cours, dont celui de la culture de la waide.
L’idée de cette plante, qui poussait historiquement en abondance dans la Somme, avait en fait été soufflée à Vincent par un ami, Jean-Marc Vasseur, gérant de la savonnerie des Hauts-de-France, dont les marques le Cul propre et le Manège à savons ont fait la renommée. «Tous mes savons sont fabriqués à base de produits végétaux. Et la waide est très intéressante. Son pigment bleu est d’origine naturelle, son huile présente de multiples vertus, dont celle d’être cicatrisante», assure-t-il.
Seul hic : impossible ou presque d’acheter de la waide, tellement la plante est rare. «Si on parvient à la produire en local, et que cette production nous permet d’être autonome, ce serait formidable !» Le projet a tout de suite emballé les Cottrel, qui trouvaient d’une pierre deux coups une nouvelle culture et un débouché.

Peu de conseils
4 000 m2 de waide ont été semés en mars 2017. Difficile cependant de trouver conseil. La famille Mortier, qui avait relancé la culture de la waide dans les années 2000, à Méharicourt, et créé l’Atelier des couleurs, leur boutique de vente de produits et textiles à base de waide, aurait cessé son activité récemment. «Nous avons finalement trouvé une coopérative spécialisée en Ariège (La Capa, cf. page 8). Nous lui avons acheté  les semences et elle a pu nous aiguiller sur l’itinéraire technique.» Le défi est d’autant plus élevé que les Cottrel souhaitent cultiver la waide sans aucun phyto. «Pour en faire des savons, il faut absolument qu’elle soit sans traitement.» Mais personne n’a encore mené cette culture en bio. Un couvert végétal, pour éviter la prolifération des mauvaises herbes pourrait, par exemple, être envisagé.
La plante bisannuelle, qui se cultive «un peu comme le colza», a donné des premières feuilles en 2017, qui n’ont pas été exploitées. La récolte des graines a cependant été menée en 2018. «Nous avons fait appel à Agri CPS, une entreprise spécialisée dans le décorticage de grains», car les graines de waide sont dites «vêtues».
Cette année, près de 1 ha a été à nouveau semé. «Je me suis basé sur des notes de mon père que j’ai trouvées, témoigne Quentin. Mais elles devaient avoir émergé de ses premières réflexions. Si bien que je n’ai pas semé avec assez de densité.» Les adventices ont donc commencé à prendre le dessus. Les rangs pourraient aussi être pensés pour permettre le passage d’une bineuse mécanique.
La récolteuse à mâche, utilisée pour la récolte des feuilles de waide, ne pourra peut-être pas être utilisée cette année. La famille, aidée des amis, compte bien utiliser les feuilles produites tout de même. «Nous nous fierons à la plante pour déterminer la date. Puis nous organiserons un week-end de récolte à la main.» «Nous devrions avoir de quoi procéder aux premières extractions de pigment, pour pouvoir faire nos premiers tests», ajoute Jean-Marc Vasseur.

De la production à la transformation
La transformation de la waide elle-même est un savoir-faire à acquérir. Fini le temps du broyage dans un moulin et de la macération à l’urine humaine qui se pratiquait au Moyen-Age. «Aujourd’hui, la macération se fait juste après la coupe, dans les cuves chauffées à 50°C, qui sont ensuite refroidies brutalement, explique Aurore. Là encore, il faut qu’on se renseigne plus précisément. Dans l’Ariège, ils ont mis cinq ans à mettre leur technique au point…» Des investissements pourraient être nécessaires pour acquérir le matériel adéquat. Des demandes de subventions sont en cours.
Les agriculteurs voient aussi plus loin. La waide pourrait servir de base à l’animation d’ateliers ouverts au public. Ou encore, la diversification pourrait être poursuivie avec la plantation de tournesol, dont l’huile convient aussi à la confection de savon. «Je n’ai rien à perdre, avoue Aurore. Au pire, j’aurais essayé de porter ce projet jusqu’au bout. J’y fonde beaucoup d’espoir !»

Une idée en cache une autre

Victorien Lavisse vient à peine de s’installer et pense déjà à diversifier son exploitation. Le jeune agriculteur a repris les 10 ha de son grand-père, à Croixrault, et s’est installé début 2018 en maraîchage bio. «Environ 2 ha sont aujourd’hui consacrés à cette activité, précise-t-il. Le reste est cultivé en céréales. Je cherche une culture atypique pour pouvoir diversifier l’assolement et ainsi mieux gérer les rotations et dégager de la valeur ajoutée.»
Victorien a pensé à la waide. «Cela sort vraiment de l’ordinaire. Je n’ai pas encore de données quand aux prix pratiqués, mais ce marché de niche semble porteur. Les teintures végétales, par exemple, sont de plus en plus prisées par les équipementiers sportifs qui cherchent des alternatives à la teinture industrielle, car de nombreux sportifs y sont allergiques.» Un petit hectare pourrait donc être planté l’année prochaine.

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