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Le député et le bonnet jaune
Un bonnet jaune offert, un sourire photographié, un tweet bien senti. Rien d’illégal, rien d’obligatoire, rien d’innocent non plus. Quand un député RN de la Somme arbore les couleurs de la Coordination rurale (CR), ce n’est pas une coquetterie vestimentaire : c’est un geste politique parfaitement maîtrisé.
Un bonnet jaune offert, un sourire photographié, un tweet bien senti. Rien d’illégal, rien d’obligatoire, rien d’innocent non plus. Quand un député RN de la Somme arbore les couleurs de la Coordination rurale (CR), ce n’est pas une coquetterie vestimentaire : c’est un geste politique parfaitement maîtrisé.
On pourrait appeler cela un « beau cadeau ». Les mots sont choisis, la scène est simple : Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme, pose devant un café avec un bonnet jaune de la Coordination rurale, fièrement porté, fièrement montré. Il sourit même. À première vue, rien de plus qu’un accessoire hivernal, offert dans un moment de convivialité agricole. À y regarder de plus près, c’est un peu plus subtil. Car en politique, surtout à ce niveau-là, les cadeaux ne sont jamais gratuits, même quand ils sont tricotés.
L’innocence des symboles
La Coordination rurale se défend d’être proche de l’extrême droite. Elle l’affirme, le répète, l’inscrit dans ses statuts. On peut y croire. Très bien. Mais les symboles, eux, ont la fâcheuse habitude d’exister indépendamment des communiqués. Le bonnet jaune n’est pas un objet neutre. il est devenu un marqueur de colère agricole, comme en leur temps les gilets jaunes. Il est devenu un signe de distinction face à la FNSEA et sa couleur verte. Enfin, il est un emblème revendiqué d’un syndicalisme « anti-système », volontiers rugueux, souvent radical dans le ton. Alors quand ce symbole se retrouve sur la tête d’un député RN, souriant face caméra, ce n’est pas un malentendu. C’est une image politique, au sens le plus classique du terme.
Échange de bons procédés, version soft
A priori, personne n’a forcé personne. La Coordination rurale n’a pas signé d’accord. Le député n’a rien promis. Mais reconnaissons-le : le mécanisme est d’une efficacité redoutable. La CR qui offre un bonnet, comme on offre un café ou un sandwich saucisse, c’est un geste sympathique, de camaraderie et un folklore revendicatif. Quant au député qui le porte publiquement, c’est l’assurance d’une exposition nationale, d’autant plus fort que l’image suscite un buzz. On n’est pas dans le donnant-donnant brutal. On est dans le clin d’œil stratégique. Un échange de visibilité, parfaitement assumable, parfaitement défendable… et parfaitement lisible.
Pas naïf
Jean-Philippe Tanguy, - on l’a reconnu même avec un bonnet jaune - est régulièrement décrit, y compris par ses adversaires, comme un homme politique brillant, structuré, redoutablement efficace dans l’argumentation. Un député qui connaît les codes, les symboles, la communication. Alors soyons sérieux une seconde. Croire qu’il n’a pas mesuré la portée de son geste reviendrait à le sous-estimer lourdement. Il sait ce que représente le bonnet jaune, ce qu’il évoque dans l’imaginaire politique, ce que cela signifie quand un élu RN s’en empare visuellement. Ce n’est pas une maladresse. C’est un signal, envoyé sans discours, sans meeting, sans programme.
Légal, oui ; anodin, non
Bien sûr, un député a parfaitement le droit de porter un bonnet de syndicat. Bien sûr, rien dans la loi ne l’interdit. Bien sûr, il peut invoquer la proximité avec les agriculteurs de sa circonscription. Le message, ici, est limpide : « Nous parlons le même langage. » Ce bonnet jaune ne dit pas « alliance ». Il ne dit pas « adhésion ». Il dit quelque chose de plus subtil — et peut-être de plus efficace : « Nous nous reconnaissons. » Dans une époque où la politique se joue autant sur Facebook, Instagram ou X que dans l’hémicycle, ce genre de reconnaissance vaut parfois plus qu’un long discours. Un petit cadeau entre amis ? Disons plutôt un investissement symbolique à faible coût et fort rendement. Et à ce jeu-là, personne n’est dupe.