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Le groupe Avril renforce le cap sur l’international et les protéines

Le groupe Avril a présenté, le mercredi 17 février, son bilan 2015, moins satisfaisant qu’en 2014, déprimé par les bas prix des matières premières et une crise agricole tenace et profonde des filières animales.

La faible récolte de colza à l’été 2015 dans l’Union européenne, en parallèle d’une production mondiale de soja record, a provoqué inévitablement la hausse des cours.
La faible récolte de colza à l’été 2015 dans l’Union européenne, en parallèle d’une production mondiale de soja record, a provoqué inévitablement la hausse des cours.
© J.-C Gutner


«Les résultats (2015, ndlr) sont un peu à l’image du milieu agricole», confesse Jean-Phillipe Puyg, gérant de la SCA Avril, en conférence de presse le mercredi 17 février. La faiblesse des cours des matières premières (pétrole, soja, huiles, etc.) incarnant les marchés matures traditionnels, cumulée à la crise de l’élevage et le refus des distributeurs de répercuter la hausse des prix, expliquent la baisse de 5 % du chiffre d’affaires d’Avril entre 2014 et 2015 (6,1 Mrds€).
En effet, la faible récolte de colza à l’été 2015 dans l’Union européenne, en parallèle d’une production mondiale de soja record, a provoqué inévitablement la hausse des cours, «de plus 20 %», détaille Jean-Philippe Puyg, que la grande distribution a refusé d’endosser. «Ça a donc gratté nos marges» regrette-t-il, rappelant que les discussions avec les GMS pour cette année 2016 n’étaient pas encore conclues.
L’année 2016 semble tout autant difficile au démarrage, développe le gérant d’Avril. Malgré ces chiffres baissiers, le groupe a décidé d’augmenter ses investissements de onze millions d’euros à 149 M€ en 2015. En trois ans, l’entreprise aura investi près de 426 M€, principalement sur le volet industriel. Pour se prémunir de la volatilité des matières premières, Avril souhaite axer davantage sa stratégie sur des marchés de spécialité, comme les secteurs de l’oléochimie, la biosécurité ou les spécialités nutritionnelles animales.
Par ailleurs, les dirigeants du groupe ont souhaité présenter leur nouveau plan stratégique «Avril 2020» s’appuyant sur deux enjeux : l’Afrique et sa démographie exponentielle et le marché des protéines. Déjà en 2014, un tiers du chiffre d’affaires était réalisé à l’étranger alors qu’il n’était que d’un quart en 2012. «Il faut aller chercher la croissance là où elle se trouve, à l’international», souligne Jean-Philippe Puyg.
A ce titre, Avril souhaite continuer son développement en Afrique, à l’instar du tournesol au Maroc, et espère y grossir son chiffre d’affaires de 15 % à 30 % à l’horizon 2020. Autre volet phare porté par le groupe : le marché en devenir des protéines végétales. «A l’horizon 2030, la demande en protéine végétale va être de 15 % supérieure à l’offre», précise Michel Boucly, directeur général délégué du groupe Avril. Jeux de miroir inversé, les transitions alimentaires des pays émergents vont s’orienter vers une consommation plus carnivore, à l’inverse des pays développés où la recherche de produits de substitution va s’accentuer.
«C’est un vrai changement de paradigme. Il y a trente ans, on travaillait sur la valorisation de l’huile. Or, l’attention aujourd’hui est portée sur la protéine végétale», explique Michel Boucly. Notons qu’Avril travaille actuellement sur l’élaboration de concentrés protéiques à base de mélange «colza/tournesol» à destination de l’agriculture et de l’alimentation des animaux domestiques.

Des accords cruciaux pour le futur
Le groupe Avril a signé un accord avec la société israélienne Biopolymer Technologies pour la création d’une joint-venture. Cette nouvelle entité, prochainement basée en France, aura pour vocation l’usage de protéines de colza dans la fabrication de panneaux à bois. A l’heure actuelle, la colle appliquée dans ces matériaux, qui représente près de 60 % du coût total de ces panneaux, est principalement composée de produits chimiques, dont l’urée formaldéhyde, une substance cancérigène. Les protéines de colza permettraient, entre autres, d’en éviter son utilisation.
Ce nouveau marché représenterait selon le directeur d’Avril «des dizaines de millions d’euros». L’autre accord trouvé, cette fois-ci entre Avril et la société Dow Agrosciences, concerne le développement en France, pour un horizon 2022-2023, de la variété de colza enrichi en protéine créé par la société américaine, et qui vient d’être lancée en 2016 au Canada. Cette technologie obtenue par sélection classique permettrait ainsi un gain de 20 % en protéines dans le tourteau de colza.

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