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Céréales
Le marché des céréales dans l’expectative pour la prochaine campagne

La guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz, par où transitent d’importantes quantités de fertilisants et de matières premières, plongent le marché des céréales dans l’incertitude. Mais les prix des grains se maintiennent à des niveaux relativement bas.

La hausse des coûts de production devrait se répercuter sur les prix, mais ce n'est pas le cas.
La hausse des coûts de production devrait se répercuter sur les prix, mais ce n'est pas le cas.
© Stéphane Mignon

L’attitude actuelle du marché des céréales se résume à une seule chose : la prudence. La guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transitent fertilisants et de matières premières servant à leur fabrication, ont bien provoqué une flambée de leurs valeurs. Mais les grains, et notamment le blé tendre, n’ont pas suivi. Ce décalage intrigue : la hausse des coûts de production devrait, en théorie, se répercuter sur les prix de vente. Or, ce n’est pas le cas.

Certains parient sur une correction différée, dans le courant de l’année 2026 ou pour la récolte 2027. Les experts interrogés tempèrent. «Il n’est pas dit que les prix des céréales consécutifs à la flambée des engrais liée au conflit Iran-USA-Israël vont eux aussi fortement progresser sur la récolte 2027 ou même 2026. On est dans l’incertitude», prévient Damien Vercambre, courtier au sein du cabinet Intercourtage. Laurent Gaonac’h, dirigeant du cabinet d’analyse Cerexpert, ajoute que, certes, «le cycle baissier des prix des grains semble terminé. Mais cela ne signifie absolument pas qu’une flambée est à attendre». Le spectre d’une baisse des surfaces 2026 (récolte 2027) de céréales s’agite dans les esprits. Mais ce risque s’avère extrêmement complexe à quantifier.

Les semis dans le flou

La crainte de recul des assolements hexagonaux de blé pour la prochaine campagne fut l’un des thèmes abordés lors de la matinée export organisée par Intercéréales à Paris le 25 mars (suivie de la Bourse de l’exécution). Antoine Hacard, président de la Coopération agricole Métiers du grain, indiquait que les capacités des coopératives à approvisionner les producteurs en fertilisants seraient fortement affectées «s’il ne se passe rien à partir du 15 mai au détroit d’Ormuz». De son côté, Benoît Piètrement, président d’Intercéréales, déclarait que «beaucoup d’agriculteurs vont se poser des questions pour leurs assolements. Il y aura peut-être davantage de jachères». Tout en refusant de céder à l’excès de pessimisme, précisant que «ce sont des suppositions, on espère que les choses se calmeront un peu».
Au sujet des assolements français de blé à venir, Antoine Guyon, analyste éditorial senior du cabinet Argus Media, tente lui aussi de se montrer rassurant. «Pour la récolte 2027 (semis 2026), il est encore difficile de se prononcer tant l’échéance est lointaine. Tout dépendra de la durée de la fermeture du détroit d’Ormuz, mais aussi des conditions climatiques futures». Une baisse de la sole de blé tendre pourrait être compensée par une hausse d’autres cultures : colza, pois, orge etc., surtout en cas de réouverture prochaine du détroit. «Les agriculteurs ont démontré leurs capacités de résilience, et peuvent semer autre chose : plus de pois, de colza, etc. […] Si baisse de surface de céréales d’hiver il y a dans l’Hexagone, elle serait limitée», ajoute l’analyste d’Argus Media.

Pour les prix des grains, là aussi, difficile de se prononcer. Des éléments haussiers et baissiers s’entremêlent à l’échelle internationale. «La France, voire l’Europe ne font pas le marché mondial. Un repli de la sole peut y survenir, sans pour autant que cela survienne dans les autres pays», rappelle Christelle Tailhardat, secrétaire générale du Synacomex (représentant les exportateurs français de céréales). D’autres professionnels anonymes pointent en effet que des pays comme la Russie produisent leurs propres fertilisants, ou ne dépendent pas du détroit d’Ormuz pour s’approvisionner en intrants, et peuvent donc produire leurs céréales malgré la crise au Moyen-Orient. «Attention aux pays de l’hémisphère sud, comme l’Argentine et l’Australie. Les achats de semences et d’engrais ne sont pas actés», prévient néanmoins Damien Vercambre.

Peu d’alertes sur les récoltes

Pour le moment, l’offre mondiale de grains reste abondante, justifiant le maintien des cours à un niveau relativement bas. Peu d’alertes quant aux récoltes 2026 sont à signaler, si ce n’est un important déficit hydrique aux États-Unis affectant les blés. Ainsi, des stocks relativement volumineux pourraient se maintenir jusqu’à la récolte 2027.

La guerre au Moyen-Orient constitue certes un facteur haussier pour le marché des céréales. Mais pour qu’un scénario de flambée des prix se matérialise en 2027, voire dès 2026, il faudrait un prolongement notable du conflit, et/ou un incident climatique majeur au sein de pays exportateurs. Le cas de figure suivant serait donc privilégié, pour l’instant, par les marchés : «Nous privilégions un scénario dans lequel le conflit va se finir bientôt et dans 6 mois, il y aura une certaine normalité», indique de son côté Damien Vercambre.

Les déclarations contradictoires de la Maison-Blanche n’aident guère à se faire une opinion tranchée sur les conditions futures de trafic via le détroit d’Ormuz et donc l’orientation des marchés des grains. Une réouverture rapide du passage en question permettrait de résorber les tensions sur le marché des fertilisants et par ricochet des céréales. Mais, rappelons-le, cette détente ne serait pas forcément immédiate, en raison de dégâts subis par certains sites de production dans le Golfe persique.

 

Inquiétudes pour la qualité des blés 2026 dans l’hémisphère nord

Texte encadré Des experts ont indiqué à Agra Presse que la principale crainte pour la récolte 2026 de blé tendre concernait surtout la qualité, dans le contexte actuel de guerre au Moyen-Orient. «Si on prend les producteurs de l’hémisphère nord, tous ne sont pas autant couverts en engrais azotés pour le blé», pointe par exemple Antoine Guyon, analyste éditorial senior d’Argus Media. Pour rappel, le conflit Iran-Israël-USA a provoqué une flambée des prix des engrais azotés, essentiels pour les producteurs mondiaux de céréales. Dans ce contexte, certains producteurs se poseraient la question de limiter, voire de faire l’impasse sur les derniers apports azotés sur les blés, pourtant essentiels à l’élaboration des taux de protéine. Or, ces apports surviennent généralement courant avril-mai.
«Les opérateurs craignent une possible baisse de l’offre de blé de qualité meunière. C’est notamment le cas en Roumanie, sachant qu’il y a aussi tout le bassin mer Noire et les pays Baltes qui sont concernés», précise l’expert. Pour le moment, la prime pour des blés à forts taux de protéine est faible. Ainsi, le marché n’incite guère les agriculteurs à faire les efforts nécessaires. Bien entendu, beaucoup de choses peuvent encore survenir, et ces inquiétudes sont à prendre avec des pincettes. Rappelons enfin que la récolte mondiale 2026, en matière de volume, s’annonce plutôt bonne pour l’instant.
En revanche, le risque de dégradation de la qualité au niveau hexagonal serait plus faible. Bien que le risque zéro n’existe pas, «avant la fin février, les besoins des céréaliers hexagonaux en solution azotée étaient couverts à hauteur, à peu près, de 80 %», rassure Antoine Guyon. «Les charges liées aux engrais azotés pour une exploitation française sont de 10-15 %. Chaque euro compte, donc cela a un impact, mais il ne faut pas tomber dans l’alarmisme total». Mais là aussi, prudence : le marché n’a pas encore livré son verdict final.

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