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Le relay-cropping, une réponse culturale aux enjeux climatiques ?

L’Inrae étudie la faisabilité, les intérêts agronomiques et environnementaux du relay-cropping dans le Sud-Ouest depuis 2018. Lors des Tech’Agridays d’UniLaSalle, à Beauvais, le chercheur en écophysiologie, Sylvain Delzon, livrait les derniers enseignements.

Le relay-cropping, qui consiste à récolter sur une même parcelle la même année une culture d’hiver et une culture de printemps, paraît séduisant. «Faciliter la transition en agriculture bio grâce à la possibilité de désherbage mécanique de la céréale, permettre une conduite en ACS sans glyphosate, diminuer le risque d’aléas climatiques avec deux cultures, réduire l’utilisation des pesticides grâce à une plus grande diversité des plantes et l’aération des parcelles… La technique présente autant d’atouts», liste Sylvain Delzon, chercheur en écophysiologie à L’Inrae. Reste que la pratique doit être bien maîtrisée. Pour cela, il mène des essais au champ en partenariat avec le groupe Agco et l’Université de Bordeaux. Il présentait ses résultats lors des Tech’Agridays d’UniLaSalle à Beauvais, en mars. 

Lors de la campagne 2020-2021, plusieurs essais ont été mis en place sur 6 ha, notamment en orge/soja et blé/soja, en relay-cropping et en dérobées pour comparaison. «La culture en dérobées de ces céréales et du soja est très courante dans le sud-ouest. Or, avec les étés de plus en plus secs, cette pratique est risquée. Il arrive fréquemment qu’aucune récolte de soja ne puisse être réalisée», note-t-il. En relay-cropping, la culture de printemps est semée dans la céréale d’hiver plusieurs mois avant la récolte de celle-ci. La deuxième culture bénéficie donc d’une longueur de saison de croissance plus importante par rapport à une implantation après la moisson. L’idée est de «favoriser le développement de la biomasse et du rendement», explique le chercheur. Une des contraintes majeures, néanmoins, est de trouver les outils appropriés pour ne pas écraser l’autre culture en place. 

 

Adapter le matériel

En relay-cropping, les céréales ont été semées le 5 novembre 2020 avec un semoir classique (3,5 m), en fermant deux rangs sur quatre (37,5 cm d’inter-rangs). «Il est nécessaire de disposer d’un semoir avec un nombre pair de descentes.» Comptez 50 % de la densité de semis normale pour l’orge et 65 % pour le blé. «L’orge a une capacité de tallage plus importante que le blé», justifie Sylvain Delzon. Le semis de soja a été réalisé avec un semoir prototype de 7 rangs, équipé d’éléments Precision Planting (Agco) (50 cm d’inter-rangs). «La difficulté est le semis de soja derrière les roues du tracteur et du semoir. Il a fallu surbaisser les éléments semeurs pour éviter de casser les épis de la céréale déjà en place. Tout a été réalisé au RTK, car la rectitude est primordiale.»

Deux dates ont été testées, le 24 avril et le 8 mai 2021, la dernière est plutôt une date «conventionnelle» dans le secteur. «Le semis précoce fin avril s’est révélé plus facile à réaliser car les céréales sont moins hautes, mais c’est limite au niveau de la température du sol et le soja reste plus longtemps sous couverture», précise Sylvain Delzon. Pour la gestion des adventices, les équipes ont eu recours à un désherbage en pré-levée sur céréales et deux binages en 2021 fin janvier et début mars (plutôt un seul les autres années). «Le soja, lui, n’a jamais besoin d’être désherbé.» Concernant la fertilisation, elle a nécessité 60 U d’azote en moins par rapport au conventionnel. Enfin, le soja a reçu un passage d’irrigation en relay-cropping, et deux en dérobées. 

 

Des rendements satisfaisants

Avec une moisson plus tardive en 2021 à cause de la météo, les semis de soja en dérobées ont démarré au 2 juillet après l’orge, et au 6 juillet après le blé. Les résultats sont plutôt positifs. Le rendement des céréales a été peu impacté en relay-cropping, avec 6,7 t/ha, par rapport aux 7 t/ha en conventionnel. «cela représente - 10 % par rapport à une parcelle en plein. Cela peut aller jusqu’à - 15, - 17 % les autres années en moyenne», observe le chercheur. Le rendement obtenu en soja, lui, est meilleur dans le blé que dans l’orge, «peut-être à cause d’un manque de lumière dans l’orge», de l’ordre d’un peu plus de 1 t/ha en blé. Les épis de l’orge ont aussi parfois tendance à retomber proche du sol à maturité. Il n’y a, par contre, pas eu de différence entre les deux dates de semis pour cette campagne. Les résultats sont de 2,7 t/ha en relay-cropping (blé), et, contre 2,4 t/ha en dérobées. 

Pourquoi s’embêter avec cette technique si les résultats sont à peu près identiques ? «2021 était une année particulière, relève Sylvain Delzon. Avec une pluviométrie suffisante et des chaleurs limitées, le semis direct de soja en dérobées début juillet a très bien fonctionné. Ce n’est pas le cas à chaque fois.» 

Environ 10 ha d’essais sont programmés pour la campagne 2021-2022. «On poursuit nos essais en conventionnel, et nous en mènerons aussi en agriculture biologique.» Une thèse est également en cours depuis janvier 2022, en lien avec UniLaSalle Beauvais, pour des essais en orge/soja. Cette dernière vise à sélectionner des variétés de soja plus résistantes à la sécheresse, surtout en début de cycle, afin d’éviter l’irrigation quand il y a les deux cultures en place.

 

Vers d’autres cultures ? 

La culture blé/soja en relay-cropping, même si elle peut toujours être peaufinée, est désormais assez bien maîtrisée. «Il n’y a pas d’échec à la levée», résume Sylvain Delzon. D’autres cultures pourraient être envisagées, mais les chercheurs prennent des pincettes. Lors des premiers essais en 2018, les équipes avaient testé d’autres cultures de printemps, comme le maïs et le tournesol. «Nous avons essuyé beaucoup d’échecs. Nous voulons d’abord nous concentrer sur ce qui fonctionne pour le développer.» Seul problème technique encore non résolu : les roues de la moissonneuse qui viennent écraser deux rangs de soja à chaque passage. «Ces rangs écrasés arrivent alors plus tard à maturité. L’idéal serait d’utiliser une moissonneuse-batteuse avec des roues jumelées ou des chenilles étroites qui enjambent les rangs.» 
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