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Le semis direct pour une exploitation plus rentable

Comme tous les agriculteurs samariens, Édouard Guilbart est en pleine moisson. Chez lui, cette période est aussi celle de l’implantation des couverts en semis direct. Depuis cinq ans, il pratique le non travail du sol pour plus de rentabilité.

Pour Édouard Guilbart, la moisson rythme aussi avec plantation : celle des couverts, semés en direct, presque derrière la batteuse pour profiter de la fraîcheur du sol.
Pour Édouard Guilbart, la moisson rythme aussi avec plantation : celle des couverts, semés en direct, presque derrière la batteuse pour profiter de la fraîcheur du sol.
© A. P.



Il y a cinq ans, Édouard Guilbart a décidé de révolutionner sa manière de conduire son exploitation de 115 ha de grandes cultures (20 ha d’orge de printemps, 20 ha de colza, 20 ha de betteraves et 45 ha de blé), à Vironchaux. «La rentabilité de la ferme était faible. Pour moi, le seul levier pour être à nouveau compétitif, sans partir dans d’énormes investissements, était de passer en non labour et en semis direct sous couverts.» Pour lui, cette période de moisson rythme aussi avec plantation : celle des couverts, presque semés derrière la batteuse.

Economies de matériel et de phyto
Depuis 2015, la charrue est donc bannie. L’agriculteur, avant tout constructeur de matériel agricole, s’est équipé d’un semoir de semis direct à dents, d’un semoir monograine et d’un outil strip-till (travail en bande) utilisé pour les betteraves, pour un total de
65 000 €. «Avec ça, j’en ai largement assez pour tout faire», assure-t-il. Sa nouvelle organisation ne nécessite plus qu’une seule intervention entre chaque culture, et Édouard Guilbart a vu ses coûts de mécanisation dégringoler. «Pour illustrer, Cerfrance estime qu’1 l de fuel consommé équivaut à 7 € d’amortissement de matériel. Moi, je suis à 2,89 € pour 1 l de fuel.»
Autre économie notable : la réduction des produits phytosanitaires. En colza, grâce aux plantes compagnes (féveroles, lentilles fourragères, sarrasin et trèfle nain), plus aucun insecticide n’est nécessaire. Pour le blé et l’orge de printemps, les couverts d’interculture permettent de faire l’impasse sur les herbicides. Au total, pour l’ensemble de son assolement, Édouard Guilbart parvient à atteindre l’objectif que fixent les MAE (mesures-agro-environnementales) en termes de phyto : 2,2 IFT (Indicateur de fréquence de traitements phytosanitaires) pour le désherbage et 4,2 IFT hors herbicides. Le polyculteur bénéficie d’ailleurs de 163 €/ha/an au titre des MAE, dans le cadre de sa conversion au semis direct sous couvert.

Un sol vivant
Enfin, depuis qu’il a cessé de travailler ses sols, Édouard Guilbart remarque une amélioration de la vie du sol. «Améliorer la structure et remontrer les taux de matière organique est très long. Mais j’observe de plus en plus de vers de terre, par exemple.» Ses sols, en grande partie des sables de l’ouest samarien, sont aussi beaucoup plus porteurs. «Les problématiques d’érosion sont de moins en moins fortes. Je peux entrer dans mes terres tôt en saison, même si l’hiver a été pluvieux.»
Le travail du sol, ce sont désormais les couverts végétaux d’interculture qui s’en chargent. «Le but est de créer une biomasse élevée. Pour cela, l’implantation doit être faite le plus tôt possible après la récolte, pour bénéficier de la fraîcheur.» L’impact pour l’environnement est multiple. «Comme la terre n’est plus travaillée, on ne libère plus de CO2. On ne fait qu’en fixer.» Notez entre 500 et 750 kg eq CO2/ha pour un couvert, alors qu’une forêt primaire en fixerait 100 t/ha. «C’est une petite contribution, mais c’est toujours ça !»

Fertilisation des couverts
Pour favoriser le développement des couverts, ceux-ci sont fertilisés. «La paille est broyée et restituée, et j’apporte 2,5 t/ha de fientes de poules et 20 t/ha de compost de déchets verts que j’achète. Un investissement qui saura être profitable à long terme.» Les couverts sont tous gélifs, mais systématiquement détruits avec du glyphosate. «Les annonces faites par le gouvernement à ce sujet m’ont rassuré», confie-t-il (l’ex-ministre de l’Agriculture Didier Guillaume avait annoncé en février que les agriculteurs pratiquant l’agriculture de conservation des sols pourront continuer de désherber avec du glyphosate malgré l’interdiction de cet herbicide en 2021, ndlr).
Le non-travail du sol a donc un avenir. L’engouement pour ces techniques culturales est d’ailleurs palpable. Édouard Guilbart, en tant que constructeur, a vendu quinze semoirs de semis en direct cette année. Du côté de son exploitation, l’objectif de résultat qu’il s’était fixé pour 2020 a été atteint.


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