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Le semis sous couvert… à découvrir

L’implantation de couverts d’interculture après la moisson nécessite une réflexion sur la date et le mode de semis. Les conseils d’Élyse Messinger et de Matthieu Preudhomme.

Quitte à implanter un couvert d’interculture, autant viser l’objectif d’un niveau de production de biomasse satisfaisant. Les bénéfices sont en effet multiples. Même si l’objectif premier de limiter est la perte en nitrate du profil, les couverts peuvent aussi endosser une multitude de rôles, de la participation à la dynamisation de l’activité biologique des sols à la lutte contre l’érosion, en passant par le nouvel eldorado du stockage du carbone.

Sous nos latitudes septentrionales, de très nombreuses études ont démontré tout l’intérêt de semer les couverts le plus tôt possible après la moisson. Encore faut il y arriver ! Bien souvent, les chantiers de semis de couverts végétaux se déroulent au plus tôt, environ une semaine après la récolte de la parcelle. Cette apparente période de latence s’explique bien souvent par la surcharge de travail à la moisson, associée à d’autres travaux sur les exploitations : ramassage des pailles, apports organiques, ou encore gestion de l’irrigation.

La technique de semis des couverts d’interculture la plus répandue aujourd’hui passe par un travail du sol (déchaumage) et l’utilisation d’un outil de semis plus ou moins élaboré. Mais le développement du semis direct permet de gagner du temps (un seul passage) et de profiter au maximum de l’humidité du sol en semant au plus proche de la récolte. Outre le fait de pouvoir avoir accès au matériel, la technique demande une grande réactivité d’exécution afin de profiter de cette humidité résiduelle post récolte. Ainsi, différentes possibilités de semis en post ou pré récolte existent, comportant leurs lots d’avantages et d’inconvénients. 

 

En semant tôt, on produit plus 

Depuis quelques années, de plus en plus d’agriculteurs se ré-intéressent à la technique du semis sous couvert. Il s’agit en fait de semer à la volée le couvert d’interculture dans la culture en place peu de temps avant sa récolte. L’idée est séduisante : on sème tôt, en profitant d’un passage pluvieux pour semer le couvert, permettant d’assurer la levée de celui-ci, et après la moisson, il n’y a plus qu’à laisser le couvert se développer. Au début des années 2010, la chambre d’agriculture a réalisé des essais dont les résultats de productivité se sont révélés encourageants, jusqu’à près de 5 t/MS produites. Ainsi, sur les différents couverts testés, les meilleurs rendements ont été obtenus sur les plages de semis s’étalant de trente jours avant moisson à post moisson précoce (moisson + un jour), avec des couverts d’avoine/vesce, d’orge de printemps ou encore de moha. Les semis plus tardifs, réalisés entre dix et quinze jours après moisson, c’est-à-dire autour du 15-20 août, ont accusé des niveaux de productions restreints, moins de 2 tMS/ha (figure 1). 

 

Comment s’y prendre ?

Différentes initiatives pour épandre à la volée sont testées. L’utilisation des épandeurs pneumatiques à rampe est la technique la plus répandue, mais ce matériel devient difficile à dénicher et se heurte à des largeurs de travail restreintes. L’utilisation d’épandeurs centrifuges est handicapée par la répartition souvent inégale (tri des graines) et également restreinte en largeur. 

Pour alourdir les graines et allonger la largeur d’épandage, des essais de pelliculage des semences, à base de mélasse, de farine et de sirop de glucose par exemple ont donné des résultats intéressants. Quelques ingénieux ont adaptés des épandeurs centrifuge de petite capacité (type Delimbe), sur d’anciennes rampes de pulvérisateurs. Mais cette dernière technique impose de semer des petites graines !

 

Comme chaque technique, des inconvénients

Si le semis sous couvert semble agronomiquement intéressant et techniquement réalisable, les essais menés n’ont cependant pas toujours été fructueux ! Le semis à la volée du fait d’un contact sol/graine évidemment aléatoire nécessite une humidité de sol supérieure à un semis en bonne et due forme. 

En cas de fin de cycle sec, les levées sont hétérogènes et le couvert ne démarrent véritablement qu’à la faveur d’une pluie, tout comme les repousses de blé. 

De plus, le choix de la largeur de l’épandage est difficile à définir en cas de mélange de grosses graines et de petites graines. Enfin, la période d’attente au sol est à risque en cas de présence de mulots ou de limaces dans la parcelle (prédation des graines).

 

Le drone : une piste pour implanter les couverts à la volée avant récolte

La société Ovalie Innovation, filiale des groupes coopératifs Maïsadour et Vivadour, en partenariat avec la société Reflet du Monde, a développé un drone équipé d’un semoir, après trois années d’essais au champ. L’appareil, de vingt-cinq kilos et de deux mètres de diamètre, peut emporter jusqu’à «dix kilos de charges utiles de semences ou même de produits de biocontrôle sous trois formes possibles : graines, liquides ou capsules», avec une autonomie de quinze minutes, selon Reflet du Monde. Cette nouvelle technique d’épandage de couverts végétaux permettra aux agriculteurs de pouvoir réaliser ces travaux agricoles quel que soit l’état de leur sols (trop humide pour y aller avec les engins agricoles classiques par exemple). Ce drone est aussi capable d’épandre des trichogrammes et des traitements liquides pour le biocontrôle des cultures. Il pourra ainsi peut-être permettre aux agriculteurs de limiter l’utilisation d’engrais et de produits phytosanitaires.
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