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Le syndicalisme endivier à la recherche d’un second souffle

Une nouvelle ambition sur la qualité de l’endive pour partir à la reconquête du consommateur.

«En 2012, la FNPE réaffirmait sa volonté d’être le trait d’union de notre profession, en changeant de nom pour devenir l’Union des endiviers de France, rappelle Daniel Bouquillon. Notre rôle est de rassembler les producteurs d’endives».
«En 2012, la FNPE réaffirmait sa volonté d’être le trait d’union de notre profession, en changeant de nom pour devenir l’Union des endiviers de France, rappelle Daniel Bouquillon. Notre rôle est de rassembler les producteurs d’endives».
© AAP

D’entrée de jeu, Daniel Bouquillon plante le décor : «Quasiment un an après la condamnation des endiviers par l’Autorité de la Concurrence, l’endive connaît une énième crise. Mais là, on touche le fond». Cette année encore, l’assemblée générale de l’Union des endiviers de France se déroule dans un contexte économique morose. Depuis le début de la campagne 2013, le prix de l’endive est au ras des pâquerettes. Sans compter les intempéries du début du mois, qui ont paralysé pendant deux jours la plupart des endiveries de la région, entraînant d’importantes pertes de marchandises.

Refaire surface
Pourtant, le président de l’Union des endiviers entend bien faire de cette assemblée générale le symbole d’un redressement non pas productif, même si c’est à la mode, mais qualitatif. «Voilà pourquoi nos endives sont de plus en plus boudées en rayon par les consommateurs», lance Daniel Bouquillon. Ce dernier brandit un sachet d’un kilo d’endives géantes en état de décomposition qu’un producteur lui a ramené d’une grande surface. "Dans quelles dérives sommes nous tombés ?" Et de poursuivre : «Le producteur qui a vendu ces chicons tient un raisonnement à court terme en faisant du poids, explique-t-il. Au prix actuel, je ne suis pas certain que cela en vaille la peine. D’autant qu’à moyen terme, il creuse sa propre tombe, et la notre par la même occasion en dégradant l’image de notre produit auprès des consommateurs. N’oublions pas que nous produisons pour eux».
Aussi, un changement d’orientation s’avère-t-il nécessaire. «Il s’agit de donner envie aux consommateurs de manger des endives, tout en faisant en sorte que les producteurs puissent également gagner leur croûte», martèle Daniel Bouquillon. Et de rappeler que «l’objectif du syndicalisme reste la défense du revenu des producteur dans toutes ses composantes». Selon le président de l’Union des endiviers de France, il est aujourd’hui plus que temps pour les producteurs d’agir ensemble : «D’agir avec les jeunes et pour les jeunes, insiste-t-il. C’est aussi pour leur avenir que nous continuons le combat».

Contenir les charges
D’ailleurs, sur le front crucial de l’emploi et du coût du travail, l’année écoulée n’a pas été à la hauteur des espérances. «La réduction de charges sur l’emploi permanent en agriculture, pourtant promise, n’a jamais été mise en œuvre, regrette Daniel Bouquillon. Nous nous sommes fortement mobilisés, en lien avec les Fdsea, auprès de tous nos parlementaires pour obtenir le maintien du dispositif “Travailleur occasionnel”. Cependant cette aide, qui reste la seule à préserver la compétitivité de nos produits, a été remaniée en dépit de tous nos efforts». Le dispositif sera désormais dégressif dès 1,25 Smic et ne s’applique plus à partir de 1,5 Smic. En conséquence de quoi les distorsions sur le coût du travail sont de plus en plus marquées vis-à-vis de nos voisins européens, notamment belges, hollandais et allemands. «Nous l’avons bien vu avec la présentation des analyses comparatives “SWOT*”, lors de la dernière Biennale de l’endive d’octobre 2012, indique Daniel Bouquillon. Les producteurs de ces pays n’hésitent pas, contrairement à nous, à faire massivement appel à une main d’œuvre étrangère moins chère».
Pour sa part, il est également indispensable de poursuivre le lobbying sur ce sujet, en collaboration avec Légumes de France, afin d’obtenir une baisse du coût du travail et un financement plus pérenne de la protection sociale.

L’organisation économique au point mort
Sur le plan de l’organisation économique de notre filière, la décision de l’Autorité de la concurrence a profondément marqué l’année 2012. «En condamnant toutes les structures de notre profession à de lourdes amendes (4,6 millions d’euros, ndlr), et par une médiatisation à charge de cette affaire, l’Autorité de la concurrence a accablé des producteurs d’endives déjà bien affaiblis, déplore Daniel Bouquillon. La manifestation sans précédent du 16 mars 2012 à Paris nous a aussi rappelé notre capacité de mobilisation et d’union». Les rencontres qui ont suivi avec le ministère de l’Agriculture n’ont néanmoins rien apporté. «L’affaire étant encore en cours d’instruction, tous nos interlocuteurs se retranchent derrière leur droit de réserve, confie le président de l’Union des endiviers de France. Nous avons toutefois alerté près de 70 parlementaires de nos régions sur les conséquences de cette décision ignoble pour l’avenir de la filière endivière française. Il nous semblait indispensable de rétablir la vérité sur notre profession». La Cour d’appel de Paris rendra son jugement sur cette affaire en novembre prochain.

«Parlons-nous à nouveau»
Au-delà de la sanction financière, cette condamnation a surtout véritablement paralysé les réflexions et les actions de la filière. Brisant net l’élan né lors de la réunion du 12 avril 2011 à Arras, qui avait réuni près de 120 producteurs. «Les pistes évoquées alors sont restées lettres mortes, reconnaît Daniel Bouquillon. Les échanges avaient pourtant été riches : rémunération du producteur, adaptation de l’offre, qualité du produit et dynamisation des ventes. Chacun avait pu s’y exprimer librement. Nous avions même trouvé un consensus autour de la reconquête du consommateur, en développant l’attractivité du produit et donc les ventes».
Ce dernier l’admet volontiers, les endiviers ne parviennent plus à échanger sur aucun sujet : «Même sur l’uniformisation des codes de traçabilité, les caisses plastiques ou la double palettisation, affirme-t-il. Nous ne parvenons plus à défendre une position commune». «On ne se parle plus», confirme Isabelle Schmidt, jeune endivière et membre du bureau de l’Union. «Pourquoi la profession est-elle sclérosée à ce point ?», s’interroge-t-elle. Avant de lancer un message fort : «L’heure est à l’autocritique. Arrêtons de faire n’importe quoi avec notre produit, mais aussi nos organisations, qu’elles soient syndicales ou économiques».

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