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Légumes de plein champ bio : une rentabilité sous conditions

Les surfaces de légumes de plein champ biologiques augmentent dans les Hauts-de-France, mais dans quelles conditions cette production est-elle rentable pour les exploitations ? 

Les surfaces de légumes frais biologiques sont en constante augmentation en France, de l’ordre de 20 % entre 2018 et 2019 (Agence bio, 2021). Dans les Hauts-de-France, où la dynamique de conversion est plus faible qu’ailleurs en France, les légumes de plein champ sont choisis par certains agriculteurs biologiques pour assurer la pérennité économique de leur exploitation. Ils attirent aussi les producteurs conventionnels souhaitant se convertir à l’agriculture biologique. Ainsi, l’augmentation des surfaces en légumes frais biologiques est plus importante, de l’ordre de 26 % entre 2018 et 2019 et représente 18 % des surfaces en grandes cultures et maraichage biologiques. Une étude menée par Agro-Transfert dans le cadre du projet VivLéBio2(1) a permis de faire le point sur la rentabilité de ces systèmes et sur les impacts agronomiques, environnementaux et sociaux des rotations de grandes cultures biologiques incluant des légumes de plein champ. Les résultats obtenus sur la rentabilité sont présentés ici.

Sept exploitations 

Les sept exploitations des Hauts-de-France enquêtées avaient des profils variés, les exploitations faisant entre 39 et 266 ha, avec et sans irrigation, avec ou sans conditionnement à la ferme, mixtes ou 100 % AB. Les principales cultures légumières sont des légumes racines : pommes de terre (six exploitations), carottes (six exploitations), oignons (quatre exploitations) et betteraves rouges (trois exploitations). Les autres légumes racines (endive et chicorée), les légumes fruits (le potimarron) et les légumes verts (haricot vert et pois de conserve) étaient également présents dans au moins une exploitation. Les légumes racines requièrent beaucoup d’investissement en matériel, pour l’arrachage et l’implantation notamment. Ces exploitations ont été catégorisées en deux profils types. Le premier est un profil «spécialisé légumes» (surface de la rotation < 80 ha ; légume racine : 30 à 50 % de la rotation ; pas de cultures pluriannuelles ; pas ou peu de couverts d’interculture ; rotation-type : légume racine - céréale - légume racine - céréale - céréale - légume racine, fruit ou vert – céréale). Le deuxième est un profil «diversifié» (surface de la rotation > 80 ha ; légume racine : environ 30 % de la rotation ; cultures pluriannuelles ; couverts d’interculture ; rotation-type : luzerne (3 ans) - céréale - légume racine - céréale - légume racine, fruit ou vert - céréale - légume racine – céréale).

Rentabilité variable
L’enquête a mis en évidence la forte disparité des rentabilités économiques des rotations avec légumes de plein champ sur la campagne 2016 (cf. graphiques). La marge directe varie de 5 133 à 780 E/ha, avec une moyenne à environ 2 774 E/ha. Cette disparité est moins importante dans les systèmes «diversifiés», dont les coûts de production sont homogènes entre les exploitations. Ces exploitations se distinguent notamment par des coûts de main-d’œuvre occasionnelle plutôt faibles, ce qui peut s’expliquer d’une part par la présence dans la rotation de cultures pluriannuelles fauchées (nettoyage des parcelles + cultures à très faibles coûts de production) et d’autre part par une stratégie de désherbage privilégiant le mécanique au manuel. 
La disparité observée dans les marges directes des rotations «spécialisées» n’est corrélée ni à la taille des exploitations, ni à l’ancienneté de l’exploitant principal, ni aux légumes présents dans la rotation. Elle découle de la combinaison de plusieurs de ces facteurs entre eux. Par exemple, la rotation n°4, d’un agriculteur récemment installé, affiche un des chiffres d’affaires à l’hectare les plus élevés, mais les charges très élevées en main-d’œuvre et en couts de mécanisation détériorent la marge directe. Les légumes plein champ requièrent en effet des investissements ou des charges de mécanisation lourds à supporter les premières années de production, surtout pour les agriculteurs loin des bassins de production qui ont un accès limité aux ETA ou Cuma spécialisées. Les compétences techniques s’acquièrent aussi durant premières années de production, les échecs sont donc plus élevés à cette période et peuvent entrainer notamment des couts de désherbage manuel très élevés et/ou un moindre chiffre d’affaires.
A contrario, la rotation n°1, d’un producteur de quinze ans d’ancienneté en légumes de plein champ bio, a des coûts de production bien maîtrisés, mais le chiffre d’affaires à l’hectare est le plus faible de l’échantillon, ce qui explique la marge directe plutôt faible. 

Repenser l’activité

L’environnement social et professionnel est un facteur-clé pour la réussite de l’activité «légumes de plein champ biologiques», et notamment pour la maitrise des coûts de production. Les coûts de mécanisation et les débits de chantiers seront en effet conditionnés par la présence d’ETA et/ou de Cuma spécialisées, par la taille de l’exploitation, mais aussi par la stratégie de gestion du parc matériel propre à l’agriculteur (taux de renouvellement). Les coûts de main-d’œuvre seront conditionnés par l’expertise technique, par la disponibilité de la main-d’œuvre saisonnière, mais aussi par la volonté ou non de l’agriculteur de contribuer à l’emploi local : certains des agriculteurs enquêtés acceptent d’avoir des charges importantes en main-d’œuvre car la dynamisation de la vie locale est pour eux un objectif prioritaire. Le niveau d’investissement découle ainsi à la fois de cet environnement social et professionnel et des objectifs propres des agriculteurs, et doit donc être réfléchi au cas par cas, en particulier dans un contexte qui tend vers la baisse des prix de vente.
Enfin, les choix réalisés dans la mise en œuvre de l’activité légumes de plein champ bio ont aussi des conséquences directes sur la qualité de vie du producteur, sur l’environnement et sur la fertilité des sols à long terme. Quelles sont ces conséquences ? Quels sont les choix qui ont le plus d’impact ? Comment limiter les impacts négatifs ? 
Agro-Transfert Ressources et Territoires a évalué les coûts de production et les impacts globaux des rotations des sept exploitations enquêtées, et mis en avant les leviers de gestions identifiés dans ces fermes. Tous les résultats sont disponibles ici : http://www.agro-transfert-rt.org/projets/vivlebio/agriculture-biologique/durabilite-lpc-bio/ 

(1) Projet piloté par Agro-Transfert Ressources et Territoires, en partenariat avec Bio en Hauts-de-France, les chambres d’agriculture des Hauts-de-France, le marché de Phalempin, NORABIO, l’INRAE et UniLasalle et financé par la région Hauts-de-France et les agences de l’eau Artois-Picardie et Seine-Normandie. 

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