Aller au contenu principal

Les agriculteurs réinvestissent le terrain pour réclamer des prix

Les 3 et 4 février, et depuis mercredi dernier, les agriculteurs manifestent dans la Somme pour réclamer des prix couvrant leur production, une meilleure répartition des marges et une intervention de l’Etat.

© AAP


Ils ne peuvent plus se taire. La coupe est pleine. Le dialogue n’aboutissant ni avec les distributeurs, ni avec l’Etat, les agriculteurs sont repartis en guerre et ont décidé de cibler ceux qui contribuent à leurs difficultés. En première ligne : la grande distribution, qui mène une guerre des prix dont ils sont les premières victimes. Le 30 janvier, ils avaient organisé à Amiens les funérailles symboliques de l’agriculture pour tirer la sonnette d’alarme. Point de tracteurs, de fumier déversé, d’embrasement de pneus, juste des hommes en tenue de travail et un cercueil.
Le 3 février, à 20 heures ils sont passés à la vitesse supérieure, ressortant leurs tracteurs et bennes chargées de fumier et de pneus. Une trentaine de jeunes agriculteurs, venus d’Albert, Bray, Combles et Corbie bloquent avec leurs tracteurs la centrale d’achat de Chaulnes. A la même heure, une quarantine de jeunes agriculteurs venus, eux, de Domart, Doullens, Bernaville et Acheux-en Amiénoisbloquent la centrale d’achat de Simply Market et celle d’Auchan dans le quartier nord d’Amiens. Depuis la veille, ils assurent un roulement pour tenir le siège tous les trois heures.
Une partie des bennes remplies de fumier a été déversée devant l’entrée. Des pneus sont entassés également devant la plate-forme. Des banderoles disent tout leur désarroi. Ils attendent. Ce qu’ils veulent ? Des prix rémunérateurs et moins de normes. «On en a assez de se lever tous les matins pour perdre de l’argent», dit Cécile, une jeune agricultrice. «Le problème, ajoute Guillaume, c’est que l’on ne croit plus en rien. On nous a promis des choses en juillet (augmentation du prix de la viande bovine et porcine et du prix du lait, ndlr), mais personne n’a tenu sa parole. Le syndicat espère encore obtenir des accords, mais rien ne se passe. On les mène en bateau.» «On est condamnés avec un tel prix du lait, s’emporte Pierre. Alors, maintenant, même si on ne veut pas de casse, on est prêts à aller jusqu’au bout.»

L’Etat doit accentuer la pression sur les distributeurs
Depuis plusieurs mois, les difficultés qui pèsent sur l’agriculture, particulièrement sur l’élevage français s’accumulent : surproduction laitière, embargo russe, guerre des prix dans la grande distribution, échec des négociations pour garantir un prix minimum avec le ministère de l’Agriculture. Lancé en Bretagne, à la mi-janvier, le mouvement de contestation s’est propagé sur tout le territoire. De vastes opérations escargot, des blocages, des opérations péage gratuit, des barrages filtrants se sont déroulés partout en France. La Somme, elle, est entrée dans la «danse» le 3 février.
Sur la gestion des dossiers en cellule départementale d’urgence, «le versement doit être accéléré, car il faut gérer l’urgence. On n’arrive plus à payer nos emprunts et les banques ne font pas de cadeau», rappellent les JA. Malgré les aides Fac et la possibilité de restructuration des prêts, les éleveurs ne tiendront pas longtemps dans un contexte de prix aussi bas. Et un contexte qui risque encore plus de se dégrader au vu des négociations en cours entre distributeurs et transformateurs. Les premiers ont ouvert les négociations en réclamant une baisse de 10 % des prix d’entrée de jeu, sous prétexte que tout baisse aujourd’hui. Aussi les agriculteurs attendent-ils de l’Etat un encadrement des prix et une pression politique sur le secteur de la distribution pour obtenir la transparence de ses marges.
En attendant que l’Etat joue son rôle, les agriculteurs maintiennent la pression sur la grande distribution. Après avoir rencontré les responsables de la centrale d’achat de Simply Market, Olivier Thibaut, président de l’UPLP de la Somme, explique qu’il leur a été demandé cette année de ne pas faire de baisse de prix sur les produits vendus. «Nous n’arrêterons pas de leur mettre la pression pour qu’ils arrêtent cette guerre des prix qui détruit toute notre filière élevage. Nous ont-ils entendus ? Je ne sais pas. Mais nous continuerons à les harceler, c’est notre seul moyen de pression. On doit tenir jusqu’à début mars, jusqu’à la fin des négociations», ajoutait-il.
La tension reste vive, comme en témoignent les dernières bennes déversées devant d’autres enseignes sur le chemin du retour.

La mobilisation repart de plus belle
Mercredi 10 février, 22 heures. Les agriculteurs de toute la Somme convergent vers les quatre plateformes du département : Intermarché à Chaulnes, la plateforme de produits frais de Simply Market et celle des produits de grande consommation à Amiens Nord, et la plateforme d’Auchan à Amiens Nord. Ils sont plus de 150 à rejoindre toutes les plateformes. Les uns sont partis des arrondissements de Montdidier et de Péronne, les autres des plateaux picards nord et sud, du Vimeu et du Ponthieu. Pas de bennes accrochées aux tracteurs, juste les tracteurs. Au même moment, les agriculteurs du Nord-Pas-de-Calais bloquent leurs centrales d’achat.
Leurs revendications n’ont pas changé d’un iota. Ce qu’ils veulent : que les responsables des plateformes agissent au sein de leurs groupes pour aboutir à une hausse des prix et qu’ils s’engagent à signer la charte des valeurs. Ce n’est qu’ensuite qu’ils mettront fin à leur blocage. A l’heure où nous bouclons notre édition, les événements sont en cours.
Leur prochaine cible ? Les parlementaires qui ne font pas le «job». La mobilisation n’est pas près de cesser et devrait même prendre de l’ampleur. Mais jusqu’où devront-ils aller pour se faire entendre ? Ils ne le savent pas encore, mais ne reculeront pas. Beaucoup étant au bord de la rupture, ils n’ont plus grand-chose à perdre…

Pour un retour à la compétitivité

- Fin de la surenchère administrative et normative (dossiers Ecophyto, compte pénibilité, évaluation environnementale des projets, etc.). La pause normative annoncée par le Premier ministre le 3 septembre dernier doit se concrétiser sans délai.
- Allègement des charges : baisse des cotisations sociales pour le premier trimestre 2016, application du CICE pour tous les exploitants agricoles
- Participation au financement de l’investissement en exploitation : cf. PCAE, fonds Feader…

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout {nom-site}.

Les plus lus

Le sol doit être ressuyé pour la préparation du lit de semences et suffisamment réchauffé pour optimiser la levée des plantes.
Lin fibre de printemps : bien préparer son semis

Le semis est une étape essentielle pour la réussite de la culture. Il conviendra d’assurer une bonne structure en travaillant…

Pour Julie Macron, membre des Jeunes agriculteurs de la Somme, cet après-midi  a permis de «familiariser les enfants avec notre quotidien d’agriculteurs».
Quand la visite à la ferme rime avec découverte et transmission

Le 10 mars, les élèves de CE1-CE2 de l’école de Bernaville ont enfilé leurs bottes pour une immersion à la ferme de Julie…

Violence dans les champs
« Violence dans les champs » : à quoi s’attendre avec ce documentaire engagé sur l’agriculture française

Diffusé ce dimanche 3 mai sur France 5 (21h05), Violence dans les champs revient sur les transformations de l’…

Isabelle Dumont vend toutes ses fraises en direct, à la ferme et aux marchés.  Un contact avec les clients qu’elle adore.
Les fraises du Santerre rougissent à Crémery depuis près de cinquante ans

En cette fin de semaine, c’est la première cueillette de la saison aux Fraises du Santerre, à Crémery. Pierre Dumont y a fait…

Denis Bully, président de la FDSEA de la Somme : en 2026 plus encore qu'en 2025, il ne faut planter que ce qu'on est  sûr de vendre.
Denis Bully : «Gérer la crise de la pomme de terre et ne pas l’amplifier»

Face à une crise inédite des excédents de pommes de terre, la filière s’organise pour écouler des volumes considérables en un…

Champagne : 40 % des bourgeons gelés

En zone champagne, 40 % des bourgeons auraient été détruits par le gel, selon l'interprofession. 

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 1 € par semaine
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Action Agricole Picarde
Consultez les versions numériques de l'Action Agricole Picarde et du site, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de l'Action Agricole Picarde