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Les betteraviers préparent la fin des quotas

Les betteraviers misent sur la compétitivité pour affronter dans de bonnes conditions la libéralisation du marché dans deux ans et donner de nouvelles perspectives aux planteurs.

Eric Lainé, président de la CGB : «notre salut, c’est l’export, le marché mondial».
Eric Lainé, président de la CGB : «notre salut, c’est l’export, le marché mondial».
© Gabriel Omnès

La Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB) se prépare à la libéralisation du marché du sucre. Certes, si la suppression des quotas sucre et celle du prix minimum de la betterave seront effectives dès 2017, le dispositif interprofessionnel et contractuel qui s’applique actuellement pour la filière betteravière sera maintenu et la CGB restera habilitée à négocier collectivement l’ensemble des conditions contractuelles figurant dans l’accord interprofessionnel et le contrat. Il n’en reste pas moins que la suppression des quotas ne sera pas sans conséquence pour les planteurs.
Selon la CGB qui tenait son assemblée générale le 9 décembre à Paris, la production de sucre dans l’Union européenne va augmenter alors que les débouchés intérieurs vont se réduire du fait du développement de l’isoglucose et de l’accroissement des importations en provenance des pays tiers. La Commission de Bruxelles ne cesse en effet de signer des accords de libre-échange et d’ouvrir le marché européen du sucre. En l'espace de deux ans, l’Europe a cédé 0,5 million de tonnes à des fournisseurs des pays tiers. Sans oublier les futurs accords en cours de négociation avec le Mercosur, la Thaïlande et les Etats-Unis sur le sucre et l’éthanol qui vont imposer de nouveaux contingents d’importation.

Marché mondial
C’est la raison pour laquelle, la filière betteravière met tout en œuvre pour améliorer sa compétitivité. Objectif principal : être présente sur le marché mondial, pour compenser la perte des débouchés communautaires. «Notre salut, c’est l’export, le marché mondial», insiste Eric Lainé, le président de la CGB. Il estime aujourd’hui à 30 % l’écart de coût de production à rattraper avec le Brésil et autant avec la Thaïlande qui mise à fond sur le développement de sa production de sucre.
Outre l’allongement de la durée des campagnes betteravières (objectif 130 jours, contre 116 jours pour la campagne 2014-2015), la réduction de la tare terre, l’amélioration des process industriels, la CGB compte beaucoup sur le programme Aker pour augmenter la productivité de la betterave. L’objectif est de doubler la progression des rendements et les porter à 3,5/4 % par an contre 1,7 % actuellement.
Les betteraviers comptent également sur le développement de l’éthanol pour élargir leurs débouchés. Alors que l’objectif d’incorporation a été fixé à 7 %, celui-ci plafonne à 5,6 % et la consommation d’éthanol stagne. La CGB plaide pour un aménagement de la fiscalité en faveur du SP 95 E 10 pour dynamiser les ventes.

Recette en baisse
En attendant, la récolte 2014 se solde par de bons rendements. Avec 93 tonnes/ha à 16 % de richesse en sucre, ils sont supérieurs à la moyenne quinquennale (89 t/ha) et se situent en troisième rang historique. La production de betterave quant à elle va atteindre 37,6 millions de tonnes, soit la deuxième performance après 2011, en lien avec l’augmentation des surfaces qui se sont établies à 405 000 hectares.
Mais compte tenu de la baisse des cours du sucre, la recette betteravière 2014-2015 sera en baisse. D’ores et déjà le supplément de prix aux betteraviers qui porte sur la récolte 2013 et qui sera versé en mars prochain ne devrait être que de 8 €/t, contre 13,9 €/t l’année précédente. Et pour l’année 2015, la CGB propose de réduire de 5 % les surfaces contractualisées pour ajuster la production aux débouchés.

Une mission ministérielle pour l’après quotas

L’excès et l’enchevêtrement des réglementations, les contrôles jugés trop fréquents et excessifs, crispent les relations entre les pouvoirs publics et les betteraviers comme d’ailleurs la plupart des agriculteurs. A cela s’ajoute les incertitudes qui vont accompagner la libéralisation du secteur. Eric Lainé s’en est fait l’écho auprès du ministre de l’Agriculture.
Stéphane Le Foll est parvenu à les apaiser en répondant à un certain nombre de craintes sur la modernisation des réceptions des betteraves. On sait que la CGB et les industriels du sucre sont parvenus à un accord interprofessionnel sur le forfait collet et la tare terre pour les deux ans qui viennent. Mais sur la réduction des pertes au lavage des échantillons et l’automatisation de la saccharimétrie, aucun compromis n’a pu être trouvé. «Les fabricants traînent les pieds» déplore Eric Lainé.
Pour désamorcer le conflit entre planteurs et industriels, le ministre a décidé de créer une mission ministérielle associant les professionnels et pilotée par deux hauts fonctionnaires pour travailler à l’avenir de la filière, une fois les quotas supprimés. Son premier rôle sera de faire des propositions «sur les contrats et le lavage» avec la fixation de règles dès le début de l’an prochain, a-t-il précisé.

Convergences sur l’éthanol
Les planteurs ont également accueilli favorablement l’accord du ministre à leur proposition d'aménagement de la fiscalité sur l’éthanol. «Nous avons besoin d’un différentiel de 6 à 7 cts/litre en faveur du SP95-E10 par rapport au SP95 ainsi qu’une homologation des kits Flexfuel», a plaidé Eric Lainé. «Je suis favorable à avancer dans ce sens. Les discussions ont commencé avec le ministère de l’Environnement», a répondu Stéphane Le Foll. Sans précisions supplémentaires.
Mais il est un sujet sur lequel betteraviers et le ministre de l’Agriculture ne se retrouvent pas, c’est celui de l’agro-écologie. «Trop d’agro-écologie tue l’agro-écologie», s’est exclamé Eric Lainé à l’adresse du ministre. «Je veux sortir de la logique de la norme, créer une dynamique et mettre en place un nouveau modèle de production pour éviter d’ajouter des normes aux normes», a répondu Stéphane Le Foll. Pas sûr que ce message ait été bien reçu.

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