Faune sauvage
Les dégâts de gibier, toujours sources de tension
L’épineuse question de l’indemnisation des dégâts agricoles causés par le grand gibier a agité les débats du congrès de la FNC qui s’est tenu le 19 mars dernier à Deauville.
L’épineuse question de l’indemnisation des dégâts agricoles causés par le grand gibier a agité les débats du congrès de la FNC qui s’est tenu le 19 mars dernier à Deauville.
Malgré la signature en 2023, au Salon de l’Agriculture, de deux accords entre les représentants des chasseurs et les ministères de l’Agriculture et de l’Écologie d’une part, et le monde agricole (syndicats et Chambres d’agriculture de France) d’autre part, pour faire évoluer le dispositif, la Fédération nationale des chasseurs continue (FNC) de contester le principe même de la contribution des chasseurs mais a aussi accusé les pouvoirs publics de ne pas respecter les termes financiers de l’accord.
Devant ses administrés, le président de la FNC Willy Schraen a ainsi dénoncé un système «à bout de souffle» (…) «qui va conduire les fédérations (départementales, ndlr) des chasseurs dans un mur financier». «Que croyez-vous qu’il reste dans les caisses de nombreuses fédérations pour agir concrètement sur les aménagements pour le petit gibier, pour mener des études scientifiques sur les migrateurs, et (…) pour la sauvegarde de la biodiversité… lorsqu’ils ont fini de payer la facture des dégâts ?», s’est-il interrogé. Selon le président de la FNC, la facture annuelle des dégâts de gibiers — plus ou moins 100 M€ pour les fédérations départementales —, fait des chasseurs «des vaches à lait», alors même que certains dégâts sont souvent «générés par les zones de non-chasse». Une charge en outre aggravée par le nouveau recul du nombre de permis de chasse : 910 000 validés cette année, contre 925 000 l’année dernière.
Le gouvernement pour cible
Alors que Willy Schraen avait évoqué en 2025 l’éventualité d’une contribution financière des agriculteurs, le président de la FNC a cette fois ciblé le gouvernement, accusé de ne pas avoir respecté les termes de l’accord de 2023. «Notre ministre de tutelle, Monique Barbut (à la transition écologique, ndlr), nous doit (…) 10 M€ sur l’enveloppe que nous avons négociée et signée avec l’État et le monde agricole en 2023», a-t-il assuré. «(…) Nous n’avons pas été payés, alors que nous avons rempli les conditions de ces accords : la baisse de l’impact des dégâts sur les surfaces agricoles atteint 28 % pour cette saison», a-t-il précisé à propos de cet accord dans lequel l’État s’engageait financièrement dans l’indemnisation en contrepartie d’une trajectoire de réduction des dégâts. Conformément à une motion votée lors de son précédent congrès, la FNC a décidé de refuser de payer «les petits dossiers» au monde agricole «puisqu’ils correspondent financièrement aux termes de l’accord».
État et territoires doivent «prendre leur part»
Selon Willy Schraen, c’est l’État qui porte la responsabilité de la perpétuation des tensions avec le monde agricole. «L’État comme les territoires doivent désormais prendre leur part», a-t-il assuré. «Il ne s’agit pas d’accorder un privilège aux chasseurs, mais de répondre à un enjeu national, qui touche directement nos agriculteurs et notre souveraineté alimentaire, la sécurité des Françaises et des Français avec les risques de collisions sur les routes, sans oublier l’équilibre sylvo-cynégétique.»
Dans leurs revendications, les chasseurs savent pouvoir compter sur des soutiens de poids au sein du Parlement. Pierre Cuypers, président du groupe d'études Chasse et Pêche du Sénat, a ainsi assuré que les engagements pris par les pouvoirs publics en matière d’indemnisation devaient «être tenus», soulignant «une progression des prélèvements très remarquée des sangliers, avec 881 372 individus en 2025».
Quant à Daniel Labaronne, président du groupe d’études «Chasse et pêche» à l’Assemblée nationale, fort d’une centaine de députés, il s’est félicité de la création d’une sous-commission sur les dégâts du grand gibier et de l’ouverture de «pourparlers» avec le ministre délégué auprès de la ministre de la Transition écologique Mathieu Lefebvre. «Sur la question des dégâts de gibier, il nous faut engager une négociation plus large avec les pouvoirs publics en vue d’obtenir une réforme globale de l'État sur la gestion de la faune sauvage», a suggéré Thierry Coste, le conseiller politique de la FNC.