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Les distributeurs de billets, une espèce menacée à la campagne

Dans la Somme, comme ailleurs en France, les distributeurs automatiques de billet se font de plus en plus rares. Exemple à Picquigny et Pont-Rémy, récemment dépourvues de leur machine. 

Depuis le 28 novembre 2020, Huguette, une Picquinoise de soixante-quinze ans, ne peut plus consulter le solde de son compte en banque. Pour cause : le distributeur automatique de billets (DAB) Crédit agricole* de la commune du sud-ouest d’Amiens, qui permettait aussi la consultation des comptes, a été retiré. «Sans permis de conduire, il faudrait que je prenne le train jusqu’à Ailly-sur-Somme (à 5 km, ndlr) pour me rendre à l’agence la plus proche, mais les horaires sont très espacés. Et ne me parlez pas de l’Internet. Je n’ai jamais touché à un ordinateur !» Alors désormais, Huguette se rend à l’un des deux cafés-tabac équipés pour retirer du liquide à l’aveugle : «en fin de mois, j’ai la boule au ventre, parce que je ne sais pas si le retrait va être accepté. Si ce n’est pas le cas, j’ai honte.»

Picquigny n’est pas une exception. Il y a de moins en moins de distributeurs de billets automatiques dans les zones rurales françaises. De fin 2015 à fin 2018, «le nombre de distributeurs de billets a diminué de 5,3 % en France, pour s’établir à un peu moins de 52 700 machines», révèle une étude de la Banque de France publiée en juin 2019. Et seulement 6,7 % des distributeurs automatiques de billets du territoire sont implantés dans les villes de moins de deux-mille habitants, contre 77,8 % dans des villes de plus de cinq-mille habitants. Au total, selon la Banque de France, entre fin 2015 et fin 2018, ce sont «198 communes qui ont été déséquipées, c’est-à-dire qu’elles ont perdu tous les distributeurs qui étaient présents sur leur territoire à fin 2015». 600 000 Français résident à plus d’un quart d’heure de trajet d’un DAB, car 60 % des communes françaises ne sont pas pourvues d’un DAB…

La raison ? Elle s’expliquerait par la fermeture d’agences bancaires en zone rurale et par le coût que représente un distributeur pour une banque  : 90 000  € minimum. Mais aussi par la montée en puissance du paiement sans contact. En France, la moitié des paiements sont maintenant effectués via cette technologie. «Chez nous, cette disparition du DAB était courue d’avance, se désole José Herbé, maire de Picquigny. Il y a une trentaine d’année, il s’agissait d’une agence. Puis elle a été fermée pour ne laisser place qu’à un distributeur. Mais le local était de moins en moins entretenu. On se doutait qu’il serait mis en vente un jour. C’est désolant pour la population.» 

 

Des retraits dans les commerces

Pour pallier en partie à cette disparition de DAB, les banques proposent généralement aux commerçants de devenir un point de retrait. À Picquigny, le café-tabac Le Campanella et le Bar de l’Hôtel de ville sont désormais «relais Crédit agricole». Le retrait d’argent liquide est donc toujours possible, mais limité aux horaires d’ouverture des commerces, aux clients du Crédit agricole uniquement, et dans une limite de 100 € par jour. «Heureusement qu’il nous reste ça, sinon, ce serait la catastrophe. On a de moins en mois de service de proximité», se désole David Levazeux, client du Campanella. Jérôme Bridel, le patron, assure que la demande de retrait de liquide est forte. «En début de mois, c’est même tendu au niveau de la caisse», assure-t-il. Marie Sellier, gérante du Bar de l’Hôtel de ville, met en avant un autre inconvénient : «certains clients sont gênés, car le retrait n’est plus confidentiel comme avec un DAB.» De plus en plus de ruraux devraient vivre ce genre d’inconvénients à l’avenir.

* Le service communication du Crédit agricole Brie Picardie n’a pas répondu à nos sollicitations. 

 

Pont-Rémy fait de la résistance 

La nouvelle avait révolté les 1 500 habitants : en janvier 2021, Pont-Rémy, à l’Est d’Abbeville, devait être dépourvue de son distributeur automatique de billets, près de la mairie. «Pour l’instant, il bénéficie d’un sursis, puisqu’il est toujours là, assure Annie Roucoux, maire de la commune. J’espère qu’il s’agira d’un grand sursis, car je n’ai pas l’intention de lâcher l’affaire ! On a déjà plus de banque, et La Poste est plus ou moins ouverte… Ce distributeur est un service que la population réclame.» Dès l’annonce de ce retrait, les élus ont rédigé un courrier à l’attention de la direction du Crédit agricole Brie Picardie. Les habitants souhaitaient même rédiger une pétition. «Mais pour l’instant, on attend la réponse de la banque avant de passer à l’étape suivante.» Affaire à suivre, donc…
 

La crise de la cinquantaine 

Rue Aubert (Paris IXe), le 2 juillet 1968. La première caisse automatique française est inaugurée, un an après le premier DAB outre-Manche.

Retirer de l’argent de son compte en banque en quelques secondes, sans attendre au guichet, juste en insérant une carte et en tapant un code sur une machine... Cette scène était inconcevable jusqu’au 27 juin 1967, date de la mise en service du premier distributeur automatique de billets (DAB), à Londres. En France, il faudra attendre un an de plus, le 2 juillet 1968, pour l’inauguration de la première caisse automatique, rue Aubert, dans le  IXe arrondissement de Paris. Les DAB ont donc cinquante-quatre ans. Et il semblerait qu’ils peinent à surmonter la crise de la cinquantaine. Selon les professionnels du secteur, un distributeur doit, pour être rentable, réaliser aujourd’hui plus de cinq-mille opérations par mois contre un peu plus de trois-mille il y a quelques années. Et ce, au moment où la montée en puissance de nouvelles technologies (carte sans contact, paiement par smartphone, etc.) pousse à la diminution du liquide dans les paiements du quotidien. D’après la banque de France, chaque carte bancaire est néanmoins encore utilisée vingt-deux fois par an pour retirer de l’argent. Nombreux sont encore les commerces qui n’acceptent pas de paiement par carte en dessous d’un certain montant. Dans les marchés locaux, qui connaissent un engouement depuis le premier confinement, les producteurs et marchands ne sont pas tous équipés non plus d’un terminal de paiement par carte. La monnaie n’est pas encore morte. 

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