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Les funérailles symboliques de l’élevage dans la Somme

Samedi 30 janvier, à l’appel de la FDSEA et des JA de la Somme, les agriculteurs organisaient à Amiens les funérailles de l’élevage.

Une soixantaine d’agriculteurs s’étaient réunis à Amiens, le 30 janvier dernier, pour «enterrer» l’agriculture.
Une soixantaine d’agriculteurs s’étaient réunis à Amiens, le 30 janvier dernier, pour «enterrer» l’agriculture.
© AAP

«Faites vos jeux. Rien ne va plus», Telle est l’expression consacrée au jeu de la roulette dans les casinos. Rien ne va plus, les jeux sont faits. Telle pourrait devenir l’expression consacrée de l’élevage français. «On va être obligés de tout abandonner, parce qu’on nous laisse crever. La grande surface se sucre sur notre dos et les politiques ne font rien. S’ils veulent nous enterrer, on leur fournit le cercueil, mais on ne va pas s’enterrer nous-mêmes», explique la présidente de la FDSEA de la Somme, Françoise Crété à la soixantaine d’agriculteurs réunis à Amiens, le 30 janvier dernier, à 8h du matin, devant le Cirque.
Avant d’ajouter : «Nous, on a fait des efforts énormes pour faire de bons produits. On a un véritable savoir-faire, on s’est adapté à tous les changements. On a toujours la passion de notre métier, mais si cela continue ainsi, on ne va pas survivre à cette crise. Les conséquences vont être terribles sur le territoire.»
A circonstances exceptionnelles, actions exceptionnelles. Celle choisie, ce samedi-là, était l’enterrement symbolique de l’agriculture. Le temps semblait s’être accordé à la «cérémonie» : ciel bas et gris, pluie fine et incessante, ajoutant à la tristesse de l’heure et au désarroi des hommes.
Loin des blocages, déversement de fumier ou brulement de tas de pneus, c’est en procession silencieuse que sont partis les agriculteurs, suivant le cercueil porté par quatre jeunes, qui ont déposé leur «fardeau» à l’entrée de la rue de la République, siège de la préfecture. Un symbole fort comme un cri de détresse avant que tout cela ne devienne réalité.
Comme lors de funérailles, dans un silence recueilli devant le cercueil vide, les agriculteurs ont écouté l’oraison funèbre prononcé par Françoise Crété, au son du glas. Puis, un à un, chacun s’est approché du cercueil, le touchant en signe d’un dernier adieu, avant d’y déposer sa cotte de travail. Puis, pendant qu’ils restaient regroupés devant la rue de la République, quelques agriculteurs ont porté le cercueil devant les portes de la préfecture, où il a été abandonné dans un silence de mort, toujours sous une pluie fine et glaciale.

Dans le département
Au même moment, à Oisemont, des croix en bois, des palettes et une banderole, sur laquelle était inscrit «Fin de l’agriculture», étaient déposées devant la permanence du sénateur, Jérôme Bignon. A Feuquières-en-Vimeu, devant la permanence du député Jean-Claude Buisine, une remorque de fumier était déversé, un cercueil déposé, et des inscriptions au sol indiquaient «L’agriculture, c’est la fin. Merci la politique». A Villers-Bocage, devant la permanence du sénateur Christian Manable, des agriculteurs déversaient du fumier et déposaient un cercueil. A Corbie, sur les vitrines de la permanence du député Alain Gest, des avis mortuaires étaient collés.
A Amiens, devant les permanences des députés Barbara Pompili et Pascal Demarthe, un cercueil et des palettes étaient déposés et des affichettes collées sur les vitrines, avec pour inscription, «Maintenant, je suis dans la merde». A Amiens, comme dans les autres villes de la Somme, tout s’est déroulé sans heurts, dans le plus grand calme.

«On va se battre»
Défaitistes, certains le sont certainement. «Je sais que dans les campagnes, ça hurle, commente la présidente du syndicat agricole. Beaucoup d’éleveurs arrêtent sans rien dire. Nous vivons un marasme complet, mais on va se battre.» Constatant que les actions avec bennes et tracteurs, blocages de routes, de centrales d’achat et de grandes surfaces n’aboutissent plus à rien, l’heure est venue de changer de stratégie.
«Désormais, prévient-elle, on va mettre devant leurs responsabilités ceux qui sont en cause, là où ils sont. On va cibler les bonnes personnes, en leur demandant de prendre leurs responsabilités. On va commencer le harcèlement politique, dénoncer les abus, les prises d’intérêt illégal, les immobilismes, mais aussi reprendre le relevé des prix dans les grandes surfaces. Notre cible sera dorénavant les politiques et la grande surface. On ne va plus les lâcher.»
Mais si rien n’avance, des blocages de camions et de denrées pourraient reprendre prochainement. Une fois la «cérémonie» achevée, les agriculteurs partaient par groupe pour relever les prix dans les grandes surfaces.

Opérations : relevé des prix

Cette semaine, les agriculteurs ont surveillé les grandes surfaces en effectuant des relevés de prix. D’après les premières analyses, quelques constats. Le prix de la brique de lait premier prix est en moyenne de 0,67 euro le litre. Cependant, certaines promotions sur du lait de marque nationale, comme à Carrefour, Leclerc ou à Auchan, font passer le litre de lait en-dessous du prix premier prix entre 0,57 et 0,65 euro le litre. Même constat pour le beurre ou les yaourts, les promotions sur les produits de marques nationales font baisser les prix au niveau des produits premiers prix.
Au niveau de la viande, de grandes disparités de prix au kilo sont observées : du simple au double pour un produit équivalent. Il faut souligner, toutefois, une mise en avant de la viande française.

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