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Concours
Les maraîchers de l’Île aux fruits parmi les dix finalistes de Graines d'agriculteurs

Depuis 2011, le concours Graines d’agriculteurs récompense des exploitants nouvellement installés qui innovent. Cette année, les maraîchers de l’Île aux fruits font partie des dix meilleurs à avoir répondu à l’enjeu de la protection des ressources naturelles. Le public a jusqu’au 29 août pour voter. 

Pour Alexandre Cabral, gestionnaire, la réussite de l’Île aux fruits réside dans le travail en collectif. «Chacun a un rôle essentiel.»
Pour Alexandre Cabral, gestionnaire, la réussite de l’Île aux fruits réside dans le travail en collectif. «Chacun a un rôle essentiel.»
© A. P.

Quand ils ont créé le projet de l’Île aux fruits, en juillet 2017, certains les ont pris pour des hurluberlus. Cinq ans plus tard, les maraîchers hors du commun montrent que leur modèle tient la route. «Au départ, il y avait un message politique. On voulait prouver qu’il existe une autre manière de produire qu’en intensif, au moins en maraîchage. L’enjeu était de cultiver sur une petite surface, en péri-urbain, en bio, et d’en tirer un maximum de rendement et de rentabilité pour faire vivre plusieurs personnes de leur travail», rappelle Alexandre Cabral, le gestionnaire.

Leur nomination au concours Graines d’agriculteurs, piloté entre autres par le ministère de l’Agriculture et le fonds de dotation des JA, appuie leur légitimité. Les amiénois font partie des dix finalistes présélectionnés par un jury d’agriculteurs et de mécènes, pour lesquels le grand public doit voter en ligne*.

La thématique de l’édition 2022 est celle de la protection des ressources naturelles. Les valeurs encouragées chez les candidats : le sens de l'entreprenariat, la vision à long terme, la démarche durable, les innovations produit et méthode, le business model, ou encore la capacité à servir de référence pour d’autres. Des sujets centraux à l’Île aux fruits. La ferme, installée sur l’Île Sainte-Aragone, au quartier Saint-Maurice d’Amiens, fait écho aux hortillons situés de l’autre côté de la cathédrale. Un petit hectare y est consacré à la culture de légumes primeurs. Avec les activités qui y ont été développées, six salariés en vivent, dont deux maraîchers, un gérant de la ferme pédagogique et un chef cuisinier responsable d’un food truck qui transforme les produits de la ferme.

Comment vit-on d’un hectare à plusieurs ? «Au prix d’une grosse gymnastique», confie Alexandre Cabral. «L’espace est pensé à la manière de celle de Jean-Martin Fortier et sa Ferme des Quatre-temps, au Canada. Chaque m2 est optimisé», ajoute Théophile, un des maraîchers. La parcelle est divisée en jardins, composés de planches de 80 cm. «C’est un vrai Tetris à l’année. Nous anticipons chaque rotation. Nous associons les plantes selon leurs différents temps de croissance pour en faire pousser un maximum.» Les principes de la permaculture sont largement utilisés. 

Le modèle économique, lui, porte essentiellement sur la vente directe hebdomadaire. «Nous ne bénéficions d’aucune subvention», tient à préciser Alexandre. Tous les jeudis de 17 heures à 21 heures, rue de Verdun, l’Île aux fruits tient un marché atypique avec dégustation des produits locaux, guinguette, concerts, animations pour les enfants... Il attire des centaines personnes chaque semaine. 150 producteurs locaux y sont partenaires, 2 000 familles sont adhérentes et une vingtaine de bénévoles œuvrent. Un vrai lieu social et pédagogique. Reste que «le monde d’après», tant vanté lors du premier confinement et de la ruée des consommateurs vers les produits locaux, n’était qu’une utopie. «Comme tous les maraîchers, nous subissons des chutes de vente de l’ordre de - 30 % par rapport à avant la crise Covid. Les gens n’ont jamais été aussi nombreux à venir boire un verre le jeudi, mais la queue pour l’achat des légumes est beaucoup moins longue.»

 

3 000 € à la clé

Alors même si l’Île aux fruits parvient toujours à payer ses salariés, difficile d’investir. Les 3 000 € que gagneront les trois vainqueurs du concours Graines d’agriculteurs seraient un coup de pouce appréciable. «Ça nous permettrait par exemple de construire un abris digne de ce nom pour accueillir les écoles et les groupes à la ferme, ou de planter une haie comestible.» Les membres rêvent aussi de la création d’une pépinière, dans le sens d’un incubateur, afin d’accueillir de jeunes agriculteurs ou artisans pour les aider, les former et leur permettre de développer leur propre modèle agricole.

* Votes ouverts jusqu’au 29 août 2022 à minuit sur demainjeseraipaysan.fr 

 

 

D’autres régionaux en lice

Louise Devienne, à Bailleul (59),  aimerait que son projet devienne une vitrine pour les générations futures.
Les nouveaux agriculteurs des Hauts-de-France ont fait part de créativité. Ils sont en force parmi les dix finalistes du concours Graines d’agriculteurs. 
Dans le bassin minier, à Carvin (62), Cyrielle Deswarte représente la troisième génération d’agriculteurs sur la ferme familiale. Installée depuis décembre 2020, cette ingénieure agronome de formation cultive diverses céréales, des légumineuses et, depuis cette année, de la betterave sucrière en agriculture biologique. «L’assolement très diversifié, avec plus d’une dizaine de cultures, permet d’être résilient face aux à-coups climatiques qui risquent de s’intensifier.» Désherbage mécanique plantation de haies et bandes fleuries font partie de ses pratiques. Grâce aux actions mises en place, elle observe, entre 2015 et 2020, une baisse des indices de fréquence de traitement (IFT) de 80 % et une baisse des émissions de gaz à effet de de - 30 %. Cyrielle Deswarte souhaite développer une cueillette à la ferme afin que les habitants puissent se fournir en nourriture de qualité et de proximité. 
Toujours dans le Pas-de-Calais, à Bucquoy, Benoît Guilbert s’est installé sur l’exploitation familiale en mars 2019. Il cultive près de 170 ha de céréales, oléagineux, protéagineux, lin textile, miscanthus, pommes de terre, petits pois et betteraves sucrières. «J’ai axé le développement de la ferme sur le celui de l’agroécologie dans les parcelles. Pour moi, l’agroécologie c’est beaucoup de couverture végétale, de la réduction du travail du sol, impliquant du semis direct et du strip-till, et une rotation allongée avec l’intégration de nouvelles cultures sur l’exploitation», détaille l’agriculteur. Benoît Guilbert réalise des partenariats avec des apiculteurs, implante des bandes fleuries, des arbres et des haies… Il partage largement ses pratiques en accueillant à la ferme et avec des vidéos. Aujourd’hui, la ferme Rettemoy est labelisée HVE3 et une partie est en agriculture biologique. «La baisse du travail du sol et l’augmentation de la biomasse restituée au sol m’ont permis de monter le taux de matière organique de 0,1 % par an. Les sols sont plus portants et absorbent et retiennent mieux l'eau.» À l’avenir, Benoît Guilbert souhaite travailler davantage sur les désherbages alternatifs et travailler les produits de biocontrôle pour protéger les plantes.
Louise Devienne, 37 ans est installée à Bailleul (59), avec son mari, depuis sept ans. Elle possède une surface de huit hectares qu’elle cultive en agriculture biologique. À son arrivée sur la ferme du NooteBoom en 2015, tout était à construire. «Nous avons créé une mare pour récupérer les eaux de pluie du bâtiment avec une éolienne de pompage pour l’oxygéner. Nous utilisons des engrais verts et nous avons planté presque un kilomètre de haies. Nous avons vu apparaître toute une biodiversité», détaille-elle sur demainjeseraipaysan.fr. Elle aimerait que son projet devienne une vitrine pour les générations futures. A. P.
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