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Circuit court
Les marchés au patrimoine immatériel ? Celui de Dury en incarne déjà l’esprit

Les traditionnels marchés français entreront-ils prochainement au patrimoine culturel immatériel national, voire à l’Unesco ? Une pétition des professionnels du secteur est en cours pour cela. Dans la Somme, le Marché des produits de la ferme chaque vendredi à Dury a pignon sur rue, et mériterait ce titre.

Comme chaque vendredi matin, ce 9 janvier, Dominique vient faire le plein de provisions au Marché des produits de la ferme, à Dury. Son chariot est plein de pommes, poires, pommes de terre, volaille, saucisson et steak de bœuf. «Ici, on sait d’où viennent les produits. Dans un supermarché, on n’est sûr de rien», confie-t-il. Jean-Claude, lui aussi habitué du marché, ajoute : «On a un vrai lien avec les gens. Certains marchands sont devenus des amis.» Ce marché de producteurs, qui fête ses vingt-cinq ans cette année, est l’un des plus dynamiques de la Somme. Si aucune des personnes interrogées n’a entendu parler de la démarche lancée pour faire entrer les marchés au patrimoine culturel immatériel national — et peut-être un jour à l’Unesco —, tous pensent que leur marché favori mériterait cette distinction.

En effet, l’organisateur de marchés, Sébastien Bensidoun, du groupe du même nom qui gère des marchés en Île-de-France et à l’étranger, a proposé avec la Fédération nationale des marchés de France d’inscrire les marchés au patrimoine culturel immatériel français. Ce dernier, créé en 2008, «vise à répertorier des pratiques vivantes», traditions, jeux, ou encore savoir-faire. Une étape indispensable avant l’inscription à l’Unesco. L’homme d’affaires a lancé une pétition en septembre pour soutenir son projet. Celle-ci doit atteindre au moins cinq mille signatures pour lancer la procédure.

Une initiative que Marie, dans son camion itinérant «Du grain à moudre» voit d’un bon œil. «Les marchés méritent d’être mis en valeur. J’ai choisi cette manière de vendre, plutôt que de le faire en ligne, parce que j’aime les gens. L’Homme a besoin de l’Homme pour vivre ! Certains clients, isolés, nous disent même qu’ils mourraient s’il n’y avait pas le marché», confie la vendeuse de «bon café». Ce 9 janvier, jour de tempête Goretti, n’est pourtant pas le plus agréable. «Le marché de plein vent porte bien son nom aujourd’hui, rit-elle. Travailler dehors implique de supporter les intempéries. Mais les paysages changent à chaque fois. Et quand je retrouve les personnes qui nous sont fidèles, mon cœur est réchauffé.»

Quelques mètres plus loin, Isabelle vend les pommes et les poires de sa ferme Les Fraises du Santerre, à Crémery, avec le même amour pour la vente directe. «Cela fait trente ans que je fais les marchés. J’aime le contact humain. Et puis, c’est très chronophage, mais c’est plus rentable que le circuit long», souffle-t-elle. Les marchés au patrimoine immatériel français ? Elle non plus n’en a pas entendu parler. L’actualité du traité du Mercosur a bien plus occupé l’espace médiatique. «Ça nous met en rage, nous les producteurs. On ne peut pas supporter la concurrence déloyale d’une agriculture mondiale qui ne respecte aucune de nos normes.»

Animations et qualité

C’est justement pour assurer un approvisionnement local que ce Marché des produits de la ferme a été créé il y a vingt-cinq ans. «C’est un fonctionnement atypique, car nous sommes une association de producteurs, et travaillons en partenariat avec l’IME de Dury qui nous accueille sur son parking», présente Maxime Letellier, son président. L’ostréiculteur de Blainville-sur-Mer, dans le Cottentin, fait la route chaque vendredi pour vendre ses huîtres à Dury le matin puis à Villers-Bocage l’après-midi, car la concurrence est faible et les clients fidèles.

Le secret de la longévité de ce marché ? «Au départ, les créateurs ont su trouver l’endroit stratégique, et ont bénéficié d’une bonne communication grâce au relais de la chambre d’agriculture. Aujourd’hui, on continue de le dynamiser avec, par exemple, l’organisation de l’anniversaire du marché chaque année, lors duquel les clients gagnent des lots ou des bons d’achat chez les producteurs.» La qualité des produits est toujours le premier critère. «Nous sommes une petite vingtaine de producteurs réguliers, ainsi que quelques saisonniers. Lorsque l’un de nous arrête, nous trouvons un remplaçant avec un produit et une qualité équivalente.»

Le juste prix, jeu d’équilibriste

Le président avoue que si ce marché «résiste mieux que d’autres», la baisse du pouvoir d’achat est palpable, alors que les charges des agriculteurs ne cessent d’augmenter. Dans ce contexte, établir un juste prix, rémunérateur mais accessible au consommateur, est un jeu d’équilibriste. Le défi est aussi d’«anticiper le vieillissement de la clientèle». «Nous n’avons pas la recette miracle, mais nous faisons de notre mieux pour combler les attentes.»

 

Les bistrots à l'Unesco ?

Le président de la République, Emmanuel Macron, s’est dit favorable, le 5 janvier dernier, à l'inscription des bistrots et cafés français au patrimoine immatériel de l'Unesco lors de la traditionnelle remise de la galette de l'Épiphanie à l'Élysée. «Cette équipe de France, qui a obtenu la reconnaissance de la baguette, a envie de se battre pour que les bistrots et cafés de France soient pleinement reconnus à l’Unesco. C’est le combat qu’on veut conduire», a indiqué le chef de l’État. L’initiative est portée par l'association des Bistrots et Cafés de France, présidée par le restaurateur Alain Fontaine, qui a déjà obtenu le classement au patrimoine immatériel français l’année dernière. Son association fait valoir que le nombre d’établissements a dégringolé ces dernières années, aussi bien dans les villes que dans le secteur rural. Les promoteurs du projet passeront leur grand oral le 27 janvier 2026 devant la Commission nationale du patrimoine culturel immatériel (CNPPI). C’est en février ou en mars que le ministère de la Culture devrait annoncer officiellement le dossier que la France présentera à l’Unesco.

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