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Elevage
Les poulets bio plein air de Beaurepaire dénichent leur voie

Depuis six mois, Nicolas Dumont élève des poulets bio plein air à Beaurepaire, hameau de Forcigny. Un élevage de niche et une conduite particulière qui lui permettent de tirer son épingle du jeu. Les commandes affluent. 

Pour optimiser l’espace, Nicolas Dumont a fait le choix de poulaillers mobiles.
Pour optimiser l’espace, Nicolas Dumont a fait le choix de poulaillers mobiles.
© A. P.

La vie de poulet est belle au poulailler de Beaurepaire. Voilà six mois qu’ils gambadent dans ce parcours plein air d’un peu plus d’un hectare, que mène Nicolas Dumont. Le jeune agriculteur, fort d’un diplôme d’ingénieur en agronomie et d’une expérience de trois ans dans une exploitation de grandes cultures, s’est officiellement installé il y a un an. Cette maison de campagne à vendre à Forcigny était une opportunité. «Je suis issu du milieu agricole, et j’ai toujours eu pour projet de m’installer. La vie a fait que je n’ai finalement pas repris l’exploitation familiale à laquelle je pensais, alors j’ai monté un nouveau projet.»

Il lui fallait le moyen de valoriser sa toute petite surface. L’élevage avicole lui semblait des plus adaptés. «Je suis parti vers le bio plein air car il y a une vraie demande. C’est une valeur ajoutée. Et puis le bien-être animal et le respect de l’environnement ont toujours fait partie de mes valeurs.» Le circuit court lui correspond pleinement. «Dans mon tracteur toute la journée, le contact humain me manquait. Je l’ai retrouvé avec la vente directe.» Ce mode de commercialisation est tout de même chronophage. «Entre le magasin à la ferme, quelques marchés de producteur, les livraisons… Le téléphone n’arrête pas de sonner et je fais des kilomètres. Mais c’est le jeu.» Les clients apprécient son modèle d’élevage. «Certains sont sensibles au bio. D’autres plutôt au plein air et au local.» Le bio lui a notamment ouvert les portes des cantines des collèges du département. «La loi Egalim impose une part de bio dans les menus, or, le poulet bio est rare dans la Somme.»

Pour répondre à la forte demande – «je n’y arrive pas en continu» –, l’hectare de parcours est optimisé. Les lots de poulets sont répartis en bandes, dont chacune est dotée d’un poulailler mobile de 40 m2, sans fond. «Ils restent plus propres. Ils ont surtout l’énorme avantage de pouvoir être déplacés. Cet été, je les ai mis sous les arbres pour bénéficier de l’ombre. Ça permet aussi de faire des rotations dans les emplacements de parcours et de permettre la pousse de l’herbe.»  Ces petites bandes sont un plus pour le bien-être des volailles : moins de concurrence, moins de piquage… Même les abreuvoirs sont nettoyés à la main quotidiennement. Du temps à passer qui en vaut la peine : «Je n’ai quasiment pas de perte.»

Le choix de la race des poulets, lui, a été fait pour la conduite en bio. «J’ai choisi le cou nu, une race rustique, peu sensible aux variations de température.»  Ce poulet fermier à croissance rapide est réputé pour sa viande goûteuse et sa peau fine très croustillante. Au poulailler de Beaurepaire, les poussins arrivent à un jour, et sont tués quatre-vingt-deux jours plus tard au minimum, comme l’impose le cahier des charges bio. «Il font entre 1,5 et 2,5 kg. Il en faut pour tous les clients.» Le cou nu a aussi l’avantage d’être une bonne pondeuse. «J’ai gardé quinze poulettes pour la ponte. Elles donnent des œufs d’oie !», rit-il. Des œufs totalement hors-calibre qui font le bonheur de la clientèle locale. «Je prévois de conserver quarante-cinq pondeuses.» Elles aussi sont logées en 5*, dans un poulailler mobile avec porte automatique que Nicolas a fabriqué sur une remorque. «C’est zéro contrainte.»

 

Vers l’autonomie alimentaire

Le coût alimentaire est néanmoins énorme pour Nicolas. «C’est le plus important.» Aujourd’hui, l’éleveur achète 100 % des aliments bio à Novial et à la coopérative Biocer, qui dispose d’un silo à quelques kilomètres. «L’achat de céréales en vrac me permet de réduire un peu les coûts.» Pour les diminuer davantage, Nicolas mise sur l’autoproduction future. «Je récupère 12 ha de terres familiales ces jours-ci, puis 35 ha dans trois ans. Après la conversion, mes poules valoriseront les cultures, probablement des cultures associées du type triticale-pois.» 

L’agriculteur veut aussi miser sur l’agroforesterie. «Je pense à des noyers, dont je pourrais valoriser les noix et le bois avec du BRF (bois raméal fragmenté) en paillage dans les parcelles.» Cette méthode développée au Canada consiste à broyer de jeunes rameaux ligneux de feuillus comprenant des bourgeons et de la sève, qui facilitent le développement des champignons. De l’or pour la fertilité du sol. Les parcours eux-mêmes devraient bénéficier de plantations. «Les haies et arbres offrent un refuge aux volailles, qui détestent le vent. Je pense à des fruitiers dont elles raffolent.» 

 

La menace grippe aviaire

La toute jeune activité de Nicolas Dumont est exponentielle. Mais il garde dans un coin de sa tête l’éventualité d’un cas de grippe aviaire dans les parages, alors que plusieurs foyers ont été détectés dans la Somme, voire d’une mise à l’abri des volailles obligatoire. L’avis de l’Anses sur ce point est «annoncé pour cet automne», indique le Synalaf (volailles Label rouge) dans un communiqué le 27 septembre. L’éleveur a préféré anticiper. «Je n’ai fait rentrer que deux-cents volailles au lieu de quatre-cents au cas où il faudrait les enfermer, pour qu’elles ne soient pas trop serrées.»
Un rapport sur «l’opportunité de définir des modalités de prévention différentes en fonction des périodes de l’année», est aussi prévu pour mars 2023, a précisé le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau. «Peu d’acteurs remettent en cause le dispositif, c’est plutôt sa durée qui pose question», avait indiqué le cabinet du ministre de l’Agriculture en juillet, lors de la présentation de la feuille de route 2022 pour l’influenza. Au lieu d’un seul niveau de risque au plan national, l’idée serait de «mieux prendre en compte les spécificités des territoires et des modes de production».

 

Coût énergétique : l’épine dans la patte

L’alimentation, dont le coût est fortement lié à celui de l’énergie nécessaire à sa production, et le gaz pour chauffer la poussinière sont les deux plus gros postes de dépense de Nicolas Dumont. L’éleveur samarien n’échappe pas à la règle. «Les aviculteurs, dont le coût de production dépend à plus de 60 % du coût de l’alimentation, sont particulièrement touchés», pointe la CFA (confédération française de l’aviculture). En conférence de presse le 7 septembre, l’interprofession des volailles de chair Anvol ajoute que les industriels devront faire passer d’ici la fin de l’année des hausses de prix allant de 5 à 7 % en raison de la flambée de l’énergie. La hausse des prix du gaz et de l’électricité affecte surtout les transformateurs, et, dans une moindre mesure, les éleveurs (l’énergie représente 3,4 % du coût de production d’un poulet). «Certaines espèces [de volailles] annoncent jusqu’à 9 % de hausses», précise le vice-président d’Anvol Gilles Huttepain. «Après le premier mur des matières premières arrive le deuxième mur, celui de l’énergie», résume de son côté Jean-Michel Schaeffer, le président d’Anvol. Dans le cadre des renégociations commerciales liées à la guerre en Ukraine, la filière volailles a déjà fait passer entre 30 et 35 % de hausses de prix aux distributeurs. Entre le premier trimestre 2020 et le premier trimestre 2022, le coût de production d’un poulet a gonflé de 45 à 50 % (sortie élevage), porté notamment par un quasi-doublement du prix de l’alimentation animale (deux tiers du coût de production).
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