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Les premières parcelles de chanvre samarien sont récoltées

La coopérative Noriap mène un projet de R&D pour construire une filière chanvre régionale. Les 14 ha semés au printemps étaient récoltés ces derniers jours. Un processus complexe.

Une fois récolté, le chènevis (graines) sera séché puis transformé à destination de l’alimentation humaine. La paille doit être fauchée, pressée et défibrée.
Une fois récolté, le chènevis (graines) sera séché puis transformé à destination de l’alimentation humaine. La paille doit être fauchée, pressée et défibrée.
© © A. P.

La moissonneuse, équipée pour l’occasion, avance prudemment, à un petit 3 km/h. Régulièrement, Emmanuel Lefranc, le chauffeur, s’arrête pour enlever la filasse qui s’accumule, puis repart, et règle sans cesse la hauteur de la barre de coupe. Ce n’est pas une surprise pour Nathalie Ternois, directrice innovation de Noriap et des techniciens qui l’accompagnent : «la récolte du chanvre est une étape très délicate». La technicité se confirmait ce 16 octobre, lors de la récolte d’une parcelle de 3 ha à Fricamps, près de Poix-de-Picardie.
La coopérative, avec des adhérents, tous agriculteurs bio, ont semé 14 ha de chanvre au printemps, dans le cadre d’un projet de R&D. L’objectif : «créer une filière de A à Z, qui offrira de nouveaux débouchés aux coopérateurs, grâce à une culture qui répond aux enjeux agro-environnementaux», explique Nathalie Ternois. La culture n’a posé aucun problème. «Une fois semé, le chanvre pousse tout seul», s’accordent à dire les agriculteurs. La récolte est une autre affaire.
Première étape : déterminer la date de récolte des graines, appelées chènevis. En théorie, elle s’effectue quatre à six semaines après la date de pleine floraison. Mais pour une même plante, les graines n’arrivent pas à maturité en même temps. «La date de récolte reste un compromis entre la quantité de chènevis mature et les conditions météorologiques qui, si elles se dégradent, peuvent provoquer un égrenage ou la germination sur pied impactant fortement le rendement en chènevis et compromettant la qualité de la paille», prévient Terres Inovia, l’institut technique de la filière des huiles et protéines végétales et de la filière chanvre. Un premier essai de récolte a été mené en septembre, mais la plante n’était pas suffisamment mûre. Ensuite, la météo pluvieuse a retardé les travaux. «C’est ça, les projets de R&D ! On s’investit beaucoup, on essaie de faire le mieux possible, mais on tâtonne car nous avons très peu de références techniques sur lesquelles nous appuyer», confie Nathalie Ternois.

Moissonneuse adaptée
Ce vendredi, l’enjeu était donc de récolter le chènevis. «Nous avons dû adapter la moissonneuse, explique Emmanuel Lefranc, de Somat, concessionnaire Massey Fergusson et filiale de Noriap. Il s’agit d’une machine à secoueurs, dont le séparateur rotatif a été escamoté car la filasse s’enroule partout où elle peut !» Un carter permet de protéger les tuyaux hydrauliques car les chaumes sont corrosives. Des diviseurs ont aussi été placés devant les roues. Après plus de trois heures de travail pour 3 ha à récolter, il faudra au moins deux heures aux deux professionnels de la Somat pour nettoyer la machine. «Nous devons carrément utiliser la disqueuse pour couper la filasse enroulée.»
Les graines, elles, doivent être traitées dans les trois heures après être entrées dans la trémie. Direction SFP (Semences fourragères de Picardie), à Longpré-les-Corps-Saints, autre filiale de Noriap, pour le séchage. «Elles peuvent arriver à 35 % de matière sèche, et nous devons les amener à 12 %», précise Géraldine Poiret, de SFP. Le protocole sanitaire à suivre est des plus stricts, car ces graines de chanvre bio seront à destination de l’alimentation humaine. Les tiges seront fauchées et subiront une dizaine de jours de rouissage. Elles seront ensuite ensilées pour une partie et pressées en balles pour la plupart, puis défibrées à la Calira (Coopérative linière de la région d’Abbeville). Des tests seront réalisés sur la fibre et la chènevotte (partie ligneuse de la tige, la moelle interne qui reste quand on en a séparé la fibre, ndlr).

Partenariats locaux
«Pour que la filière soit porteuse, nous devons pouvoir valoriser toutes les parties de la plante», assure Nathalie Ternois. Les débouchés se trouvent dans les filières de l’éco-construction, du béton, du textile… La clé de la réussite serait le débouché régional. Des partenariats sont d’ailleurs montés avec des acteurs locaux, dont la Région Hauts-de-France, qui finance le projet à hauteur de 50 %. La coopérative espère aussi ouvrir le marché à la culture du chanvre conventionnel.

En images
Retrouvez une vidéo de la récolte de chanvre

 

 

 

 

 

 


La plante écologie par excellence
Impossible de passer à côté d’un champ de chanvre sans s’en apercevoir. Son odeur, qui en fait rire plus d’un, suscite le questionnement. Mais surtout, à maturité, la plante est impressionnante. Elle peut atteindre 3 à 4 m de haut. Son système radiculaire est très développé autour d’une racine pivotante. Sa tige, rarement ramifiée, creuse et cannelée, a un diamètre moyen de 1 à 3 cm. «C’est une plante écologique par excellence», assure-t-on chez Noriap. Le chanvre ne nécessite aucun traitement fongicide, ni insecticide, ni herbicide au champ : l’implantation et la récolte constituent les deux seules interventions du producteur. «Elle casse le cycle des mauvaises herbes, s’avère un excellent précédent avec 10 % de rendement en plus pour la récolte suivante, son système racinaire profond structure le sol et, en termes d’absorption de carbone, 1 ha de chanvre équivaut à 1 ha de forêt», résume Nathalie Ternois. La construction d’une nouvelle filière serait donc une sacrée opportunité pour les agriculteurs de la Somme.

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