Betteraves
Les pucerons signent un retour précoce dans les champs de betteraves
À peine les semis achevés, les premiers traitements sont déjà engagés dans de nombreuses parcelles. Face à une invasion de pucerons verts exceptionnellement précoce, la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB) alerte sur une impasse technique et relance le débat réglementaire.
À peine les semis achevés, les premiers traitements sont déjà engagés dans de nombreuses parcelles. Face à une invasion de pucerons verts exceptionnellement précoce, la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB) alerte sur une impasse technique et relance le débat réglementaire.
Dans les plaines betteravières, les pucerons verts sont déjà là, en nombre. Une situation jugée anormalement précoce par les producteurs, qui observent leurs jeunes betteraves au stade deux feuilles déjà colonisées. Les conditions climatiques de ce début de printemps expliquent en grande partie cette dynamique. Les températures, largement supérieures aux normales saisonnières, ont favorisé des vols précoces et massifs de ces insectes vecteurs de la jaunisse virale. Une maladie bien connue des betteraviers, capable d’entraîner jusqu’à 70 % de pertes de rendement dans les situations les plus sévères.
Dans de nombreuses régions, les observations de terrain convergent. Plusieurs bassins de production ont constaté ces derniers jours une présence de pucerons, voire l’atteinte du seuil d’intervention.
Le spectre de 2020 toujours présent
Derrière cette précocité, c’est le souvenir encore vif de la crise de 2020 qui ressurgit. Cette année-là, la jaunisse avait provoqué une chute de 30 % de la production nationale, représentant près de 280 millions d’euros de pertes, avec des situations locales catastrophiques.
Aujourd’hui, la filière se trouve dans une position fragilisée. L’augmentation des charges pèse lourdement sur les exploitations : le prix du GNR a doublé, tandis que celui des engrais a progressé de 20 %, dans un contexte international tendu.
Des interventions précoces qui interrogent
Sur le terrain, les agriculteurs n’ont pas d’autre choix que d’intervenir rapidement. Les premiers traitements insecticides sont déclenchés alors que les betteraves sont encore très jeunes, parfois plus petites qu’une pièce de deux euros. Une stratégie qui interroge, tant sur le plan technique qu’économique. Si la pression se maintient, un second passage pourrait être nécessaire sous une dizaine de jours.
Dans un communiqué du 15 avril, la CGB dénonce une situation absurde. « Les semis sont à peine terminés que les betteraviers se voient contraints de traiter ces minuscules betteraves », souligne l’organisation. Elle pointe surtout l’absence d’outils jugés suffisamment efficaces dans le cadre réglementaire actuel.
Une impasse technique dénoncée
Au cœur des tensions, la question des moyens de lutte disponibles. La filière met en avant des solutions existantes ailleurs en Europe, comme le flupyradifurone en enrobage de semences ou l’acétamipride en traitement foliaire, mais qui restent inaccessibles aux producteurs français.
Un différentiel réglementaire qui alimente un sentiment de distorsion de concurrence. « Cette solution (…) est accessible à tous les betteraviers européens mais les betteraviers français en sont privés, ce qui plombe leur compétitivité », insiste la CGB.
L’organisation s’appuie notamment sur les conclusions d’un rapport de l’INRAe publié en octobre 2025, qui souligne l’absence d’alternatives pleinement efficaces en cas de forte pression de pucerons.
Un appel renouvelé à l’évolution de la loi
Face à cette situation, la CGB appelle une nouvelle fois les pouvoirs publics à faire évoluer le cadre législatif. L’objectif : permettre l’accès à des solutions validées par les autorités sanitaires, déjà utilisées dans d’autres pays européens.
Pour Franck Sander, président de la CGB, l’urgence est réelle : « La précocité et l’ampleur des invasions de pucerons nous inquiètent beaucoup. Depuis 2023 nous redoutons ce scénario à chaque nouvelle campagne. Sans moyen de lutte efficace contre ces fortes invasions, c’est toute la filière sucrière française qui est en péril. » Et de conclure : « Il est urgent que les pouvoirs publics mesurent la menace qui plane sur nos cultures et que la loi soit changée pour nous permettre enfin de mieux protéger nos cultures et garantir notre souveraineté. »