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Interview
Les questions qui occupent le quotidien du président de l’ITB

Agriculteur dans l’Oise, Alexis Hache exploite 240 hectares en grandes cultures (betteraves, lin blé, orge, maïs, colza). Il représente la 7e génération sur cette ferme située au cœur du Vexin. Accès à l’eau, politique agricole commune, protection des cultures, il nous dévoile son quotidien face aux nombreuses contraintes qu'il subit. 

Alexis Hache ITB syndicalisme
Alexis Hache est président de l’Institut technique de la betterave, membre du conseil d’administration de la FNSEA et maire adjoint de sa commune chargé des finances.
© Christophe Soulard

En quelques mots quel est votre parcours ? 

Après des études d’ingénieur agro à Beauvais, anciennement ISA devenu depuis UniLaSalle, je suis devenu expert marchandises transport. J’œuvrais dans les ports pour contrôler les importations et exportations de marchandises brutes, notamment les containers d’ananas, de bananes… J’ai ensuite changé d’orientation pour devenir juriste fiscaliste au centre de gestion de l’Eure. Puis un de mes amis m’a appelé pour reprendre avec lui une unité de découpe de gibier en Belgique. Nous avions 25 salariés. Mais dans ma tête, j’avais toujours l’idée de reprendre la ferme familiale. Ce que j’ai fait en 2012, aussi bien par conviction que par passion. Je suis également investi sur le plan syndical, technique et communal*. 

Quelle est votre vision de l’agriculture aujourd’hui ? 

Je constate une trop grande déconnection entre que certains veulent nous proposer et la réalité du terrain. Certains ne se rendent pas compte des énormes efforts de la recherche aux travaux des champs, que la profession agricole dans son ensemble, a effectués au cours des cinq dernières décennies. Si je ne devais citer qu’un exemple, ce sont par exemple les traitements réalisées sur les adventices qui, à l’aide de caméras et de buses orientables, permettent de réduire de 70 % en moyenne les doses de produits. 

La réduction de certaines molécules vous inquiète-t-elle ? 

Bien évidemment. L’enrobage des semence de betteraves par les néonicotinoïdes était la technique la plus aboutie pour réduire l’emploi de produits phytosanitaires. Avec l’enrobage, nous étions à 65 g/ha pour une graine enfouie à 3 cm, limitant considérablement les risques éventuels pour la biodiversité. Je rappelle également que les betteraves ne sont pas des plantes mellifères. Nous sommes contraintes aujourd’hui de passer plusieurs fois le pulvérisateur pour aboutir à un résultat peu probant… je précise que la ferme accueille depuis 20 ans 50 ruches en permanence et qu’il n’y a eu aucun problème dans les miellées. 

A force de vouloir axer le discours sur l’écologie, nos politiques ont oublié que derrière leur objectif environnemental, au demeurant fort louable, il y avait aussi une dimension économique et sociale. Ils ont oublié que la durabilité est la combinaison de ces trois facteurs et non la mise en valeur du seul domaine écologique. J’ai d’ailleurs une définition très personnelle de l’écologie : si je n’étais plus là, est-ce que celui qui me remplacerait ferait mieux ? Je n’en suis pas sûr. 

Vous avez néanmoins pris en compte cette dimension sur votre exploitation

Bien sûr. Je me conforme en tous points aux réglementations en vigueur et j’essaie d’y contribuer en ayant développé une unité photovoltaïque. A la reprise de l’exploitation, j’avais des toitures à désamianter et à refaire. Les études techniques ont démontré que le projet était jouable et surtout viable. J’en ai profité pour installer des panneaux photovoltaïques sur 1300 m2. Je produis aujourd’hui un peu plus de 300 Kwh par an. J’en revends une grande partie à mon opérateur et j’en conserve une autre pour l’autoconsommation. 

Quelle est votre prochaine étape sur votre exploitation ? 

Diversifier mes cultures. J’envisage de produire des légumes pour l’industrie : oignons, pommes de terre et haricots verts, sur une surface d’environ 10 à 15 ha pour chaque culture. Je dispose déjà des débouchés économiques, car l’idée est bien de solidifier l’exploitation et d’y ramener de la valeur ajoutée. Il me faut cependant lever les contraintes de l’accès à l’eau. J’essaie d’anticiper le changement climatique. J’ai besoin d’irriguer car il n’y a pas d’agriculture sans eau et je ne souhaite pas dépendre uniquement de la pluie pour ces cultures. Je l’ai constaté dans le sud de l’Oise où je me trouve : nous avons perdu entre quelques années entre 10 et 15 tonnes/ha sur la production de betteraves. C’est un dossier sur lequel je travaille depuis de nombreux mois avec l’administration. L’enquête publique démarre le 1er juillet pour un mois. A ce stade, je ne sais pas si je ferai l’objet de recours. C’est pourquoi la proposition de loi Duplomb permettant de lever les contraintes du métier d’agriculteur est si importante à nos yeux, pour l’accès à l’eau, pour la protection de nos cultures. Nos hommes et femmes politiques doivent prendre conscience que ce qu’une exploitation ne peut pas produire, c’est, in fine, du revenu en moins pour le PIB de la France. De grâce, ne restons pas des herbivores au milieu des carnivores, car la compétition est rude sur les marchés européens et internationaux. 

Êtes-vous inquiet sur la configuration de la prochaine PAC ? 

Bien entendu. Nos craintes de voir le verdissement se poursuivre à marches forcées est réel. La Commission entend noyer le budget de la PAC dans le budget général, ce qui remettrait en cause les fondements mêmes de la seule politique intégrée sur laquelle s’est forgée l’Union européenne. Le souci est qu’aujourd’hui, les agriculteurs français et européens n’ont pas les moyens de financer les 100 milliards d’euros que nous coûterait une intégration, quasi inéluctable, de l’Ukraine au sein de l’Union. C’est ce que nous avons fait pour les dix Pays d’Europe centrale et orientale après la chute du Mur de Berlin. Ce n’est plus possible. J’ajoute que l’Ukraine devra pour intégrer l’Europe agricole, s’aligner sur nos standards, sans quoi, la concurrence intra-européenne serait faussée. 

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